Université Laval au cœur de nos vies

L’humain doit-il toujours être performant ?

En collaboration avec Le Soleil, l’Université Laval signe une série d’articles présentant les retom­bées de ses recherches sur le quotidien des gens. Cette semaine, nous mettons en lumière la Faculté de théologie et de sciences religieuses. 

Lorsqu’il étudiait en anatomie et en biologie cellulaire en vue de devenir chirurgien, Cory Andrew Labrecque a vu sa grand-mère atteinte d’alzheimer venir s’installer dans la résidence familiale. Très proche d’elle, il trouvait la situation extrêmement difficile et faisait le maximum pour s’en occuper. Or, des collègues lui disaient de ne pas trop s’en faire parce que, maintenant qu’elle était atteinte d’alzheimer, sa grand-mère n’était plus vraiment elle-même. 

Une personne avec ce genre de maladie demeure-t-elle une personne? La vieillesse et la mort sont-elles des ennemies à combattre? Des pistes de réflexion à ces questions peuvent-elles être trouvées dans les grandes religions? Voilà le genre d’enjeux éthiques qui ont commencé à intéresser Cory Andrew Labrecque. Il a finalement changé ses plans de carrière pour bifurquer vers l’éthique théologique et la bioéthique. Il est maintenant professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval.

«Qu’on soit dans le do­­maine de la médecine, du génie ou des sciences sociales, qu’on soit croyant ou pas, ces ques­­tions liées à la bioéthique en fin de vie, comme l’aide médicale à mourir et la cessation de l’alimentation et de l’hydratation assistées, nous touchent tous parce que nous avons tous des membres de la famille qui sont rendus là», affirme le chercheur, qui s’est installé à Québec après un séjour comme professeur à l’Université Emory à Atlanta, en Géorgie. 

La dignité humaine est-elle liée aux fonctions humaines ?
Dans notre société, on définit souvent une personne par ses fonctions et ses capacités cognitives et com­mu­­­­­­nicationnelles. «C’est pourquoi, lors­qu’on commence à perdre ces aptitudes, c’est comme si on perdait notre dignité humaine», constate M. Labrecque, qui a consacré sa maîtrise à ce sujet.

Cory Andrew Labrecque, professeur à la Faculté de théologie et  de sciences religieuses  de l’Université Laval.


Or, les religions, et principalement la tradition catholique sur laquelle il s’est penché, se positionnent différemment par rapport à cette question. 

«La définition de la dignité humaine n’est pas liée aux fonctions, c’est quelque chose d’intrinsèque», explique le professeur, qui aime susciter, dans ses cours de bioéthique, des débats autour de ce genre de questions entre des étudiants issus de différentes disciplines.

Jusqu’où peut aller le vieillissement?
Demeurer fonctionnel, voilà un enjeu inquiétant alors que la société est de plus en plus vieillissante.

L’Institut national de santé publique du Québec prévoit d’ailleurs que, d’ici une vingtaine d’années, on sera l’une des sociétés les plus vieilles en Occident. Selon les experts, une personne sur quatre sera âgée de 65 ans ou plus en 2031.

Jusqu’où ce vieillissement ira-t-il? Biologiquement, la limite de la durée de vie de l’humain serait actuellement autour de 122 ans, voire 125. L’«enveloppe» ne serait pas faite pour vivre davantage. Toutefois, on essaie de repousser la limite. C’est un des objectifs du transhumanisme: développer des bio­technologies pour augmenter les capacités intellectuelles, physiques et émotionnelles de l’espèce. 

Le professeur Labrecque en discussion avec une collègue.

Cory Andrew Labrecque s’intéresse aux questions d’éthique en lien avec la prolon­gation radicale de la vie humaine. «Est-ce que, disons, 200 ans, c’est assez? Ou trop? Et 300 ans?», questionne-t-il. Il réfléchit à ce que pourrait en penser l’Église catholique et il prépare d’ailleurs un livre sur le sujet, qui doit sortir cette année. 

Le professeur constate que l’Église ne s’est pas opposée aux progrès qui ont déjà grandement augmenté l’espérance de vie, comme le développement des mesures d’hygiène et des vaccins. Ainsi, il ne croit pas qu’elle s’opposerait d’emblée au concept de prolongation radicale de la vie. 

«Par contre, je pense que l’Église catholique pourrait s’y opposer si on y arrive par des moyens qu’elle considère comme inacceptables, affirme-t-il, par exemple, par les manipulations génétiques au niveau des cellules embryonnaires qui viendraient changer le cours des générations.»


« La définition de la dignité humaine n’est pas liée aux fonctions, c’est quelque chose d’intrinsèque. »
Cory Andrew Labrecque

Certains pensent que se reporter à l’Église catholique pour réfléchir à des questions aussi futuristes comporte une bonne dose d’anachronisme. «Il y a une sagesse profonde dans les traditions religieuses qui réfléchissent aux questions de mortalité, de vie et de souffrances depuis des siècles, affirme le professeur. Qu’on soit croyant ou pas, c’est une vraie richesse lorsque vient le temps de discuter d’enjeux contemporains.»

Pour en savoir plus sur les travaux de Cory Andrew Labrecque, consultez sa page sur le site de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval: http://www.ftsr.ulaval.ca/faculte/personnel/professeurs/coryandrewlabrecque/

Cet article est le dernier de cette série.