Mélanie Lemire tente par ses recherches de comprendre l’influence des contaminants sur la santé des populations nordiques.

UNIVERSITÉ LAVAL AU CŒUR DE NOS VIES

Le Nunavik, cœur de la lutte contre les contaminants

Plusieurs contaminants, comme des métaux et des polluants organiques persistants (POP), voyagent et s’accumulent en Arctique en raison des courants atmosphériques et marins. Pour suivre de près l’exposition aux contaminants des habitants du Nunavik, Mélanie Lemire, professeure adjointe au Département de médecine sociale et préventive de la Faculté de médecine de l’Université Laval, et ses collègues travaillent de concert avec la santé publique au Nunavik, la population locale et le Centre de toxicologie de l’Institut national de santé publique du Québec pour réaliser des recherches. Et leurs résultats peuvent susciter des changements sur toute la planète.

Les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables aux contaminants. Le mercure par exemple peut traverser la barrière placentaire et affecter le développement du fœtus, puis avoir des conséquences sur le développement neurologique des enfants, tel que montré par les travaux de Gina Muckle, professeure à l’Université Laval. C’est pour cette raison que les femmes enceintes sont au cœur d’un grand projet de recherche mené depuis 1992 au Nunavik. 

En 2016-2017, près de 100 femmes enceintes dans différents villages du Nunavik ont participé à l’étude menée par la Chaire de recherche Nasivvik en approches écosystémiques de la santé nordique, dont Mélanie Lemire est titulaire. Les participantes faisaient une prise de sang et répondaient à un questionnaire sur leur alimentation et leurs conditions de grossesse. 

Les chercheurs ont identifié différents contaminants à des concentrations sanguines élevées, dont du mercure, même s’il est en baisse puisque les gens mangent moins d’aliments traditionnels. «Le mercure dans le sang a diminué de 66% depuis 1992 chez les femmes enceintes au Nunavik, mais encore 23% des participantes présentent une exposition élevée au mercure, contrairement à 2% dans le Sud du pays, précise Mme Lemire. Lorsqu’une femme enceinte présentait un niveau élevé de mercure dans le sang, un suivi clinique était entrepris par le réseau de santé local.»

L’alimentation traditionnelle, souvent à base de produits de la mer, est de qualité exceptionnelle. Toutefois, quelques aliments sont plus concentrés en mercure que d’autres, comme la chair de certains mammifères marins et de poissons prédateurs dans le haut de la chaîne alimentaire. 

Ces informations permettent d’orienter les choix alimentaires des femmes enceintes, mais l’objectif ultime de ces travaux de recher­che est de faire diminuer les émissions de mercure causées par l’activité humaine sur la planète. C’est ce que tente de réaliser la Convention de Minamata, ratifiée par le Canada en 2017, qui repose notamment sur les travaux réalisés au Nunavik par Gina Muckle et Pierre Ayotte, aussi professeur à l’Université Laval. 

Éliminer les munitions de plomb

L’étude sur les contaminants a aussi révélé que l’exposition au plomb est en diminution, mais encore 5% des femmes enceintes présentaient un niveau élevé. «L’utilisation de grenaille de plomb pour la chasse a diminué au Nunavik, mais des efforts se font actuellement par les chasseurs et la santé publique pour aussi diminuer l’utilisation des balles en plomb parce qu’elles libèrent des fragments dans la chair», explique Mélanie Lemire. Ils font plutôt la promotion de l’utilisation de munitions de cuivre qui ne sont pas néfastes pour l’environnement et la qualité de la viande. 

«Dans le Sud, on commence à peine à entendre parler de cet enjeu, précise Mme Lemire. Le Nunavik est donc à l’avant-garde et a le potentiel de faire changer la donne partout au pays pour améliorer la santé des popu­lations et des écosystèmes.»

Mélanie Lemire, professeure adjointe au département de médecine sociale et préventive de la Faculté de médecine de l’Université Laval

Difficile surveillance des POP

Mélanie Lemire et ses collègues surveillent aussi l’exposition des femmes enceintes aux POP, dont la majorité est en diminution. Cependant, certains demeurent utilisés par l’industrie dans la composition d’objets de nos vies quotidiennes, comme des pesticides, des emballages alimentaires, du Gore-Tex et du Teflon. 

«Par exemple, la concentration de PFOS (acide perfluorooctanesulfonique), un con­taminant banni par la Convention de Stockholm de 2004, est en diminution chez les femmes enceintes, mais comme l’industrie s’est ensuite mise à utiliser le PFNA (acide perfluorononanoïque), l’exposition à ce contaminant est maintenant en augmentation», explique Mme Lemire.

Le PFNA est maintenant banni au Canada, mais encore permis dans d’autres pays. «Lorsqu’on bannit une molécule, l’industrie chimique en produit une de remplacement, alors les chercheurs doivent toujours rester à l’affut», affirme Mme Lemire. Ces défis ne sont toutefois pas près de lui faire baisser les bras. 

«Plusieurs contaminants au Nunavik viennent de notre mode de vie au Sud et affectent la qualité de l’alimentation traditionnelle des Inuits, affirme Mme Lemire. C’est une injustice environnementale. Les recherches sur les contaminants auxquelles près de 3000 Inuits du Nunavik ont participé depuis 1992 ont contribué à la mise en œuvre des Conventions de Stockholm et de Minamata. Ils ont directement contribué à la réduction de l’exposition aux POP, en Arctique bien sûr, mais aussi partout sur la planète! La colla­boration des Inuits dans ces recherches est donc cruciale et je suis privilégiée d’avoir la chance de travailler avec eux.»

Pour en savoir plus sur les travaux de Mélanie Lemire, consultez sa page sur le site ULaval: www.vrrc.ulaval.ca/fileadmin/ulaval_ca/Images/recherche/bd/chercheur/fiche/2663225.html.