La génétique apporte la possibilité de personnaliser d’avantage les traitements contre le cancer et plusieurs autres maladies.

UNIVERSITÉ LAVAL AU CŒUR DE NOS VIES

Faculté de pharmacie: Des médicaments contre le cancer de plus en plus personnalisés

Les médicaments n’agissent pas tous de la même façon chez les gens. De plus, après un traitement contre le cancer, il est très difficile de prédire si le patient aura une récidive. Ce sont les deux grands enjeux sur lesquels se penche Chantal Guillemette, professeure titulaire à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval et chercheuse au CHU de Québec – Université Laval. Son outil de travail : les informations qu’on retrouve dans le génome humain. Son but : optimiser les traitements selon la génétique du patient et les caractéristiques de la maladie, en vue de maximiser l’efficacité et de minimiser les effets indésirables. Afin de la soutenir dans ses recherches, elle a reçu cet été près de 3,3 millions de dollars en financement pour sept ans des Instituts de recherche en santé du Canada.

Alors que le cancer de la prostate se classe au deuxième rang des nouveaux cas de cancer diagnostiqués chez les hommes, son traitement renferme encore des mystères. Par exemple, pourquoi, même après s’être fait retirer la prostate, certains patients sont-ils frappés par une récidive? L’équipe de Chantal Guillemette, directrice de la Chaire de recherche du Canada en phar­ma­cogénomique, étudie la question. Elle travaille sur ce projet avec Éric Lévesque, hémato-oncologue et chercheur spécialisé dans le cancer de la prostate, ainsi qu’avec les urologues du CHU de Québec – Université Laval.

«Nous voulons comprendre comment l’environnement hormonal du patient influence la récidive et quelle incidence la génétique peut avoir sur l’environnement hormonal du patient et l’évolution de la maladie», explique Chantal Guillemette. 

Chantal Guillemette, professeure titulaire à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en pharmacogénomique, et chercheuse au CHU de Québec – Université Laval

Pour réaliser ce projet, les chercheurs ont notamment accès à la biobanque Procure du cancer de la prostate au Québec, qui comprend des biospécimens de plus de 2000 patients. 

En regardant les variantes du génome, les chercheurs souhaitent identifier des marqueurs pour mieux prédire les récidives et optimiser la réponse aux traitements pharmacologiques. Ils interrogent également le métabolome, qui est constitué de l’ensemble des petites molécules, incluant les hormones, présentes dans les échantillons des patients (sang, urine, tumeur). L’équipe de recherche vise à identifier des vulnérabilités métaboliques pouvant être ciblées afin d’améliorer le traitement du cancer.

«Grâce à ces outils moléculaires d’aide à la décision, l’équipe traitante pourrait par exemple offrir aux patients à très haut risque de récidive un traitement d’hormonothérapie – qui vise à bloquer les effets des hormones sexuelles sur les cellules cancéreuses pour empêcher leur prolifération – avant ou après la chirurgie afin de prévenir ou de retar­der la récidive», expli­que madame Guillemette.


« La génétique nous aide énormément à raffiner le traitement pharmacologique, ainsi que les outils de prédiction du risque de progression de la maladie ou de la récidive. »
Chantal Guillemette

Les hormones sexuelles jouent-elles un rôle dans la leucémie?

La Chaire de recherche du Canada en phar­ma­cogénomique se penche aussi sur la leucémie de type lymphoïde chronique, le type de leucémie le plus courant chez les adultes. Cette maladie touche deux fois plus les hommes que les femmes. Les hommes ont aussi souvent des formes de la maladie plus agressives que les femmes et qui répondent moins bien aux traitements. Récemment, l’équipe de Chantal Guillemette a découvert un marqueur associé à une progression rapide de la maladie et à une réponse moins bonne au traitement. 

«Il s’agit d’une protéine responsable de l’inactivation des hormones sexuelles, précise Chantal Guillemette. C’était inattendu comme découverte, puisqu’on ignorait que les hormones sexuelles pouvaient jouer un rôle dans ce type de leucémie.»

L’équipe de chercheurs tente maintenant de comprendre les mécanismes moléculaires derrière cette observation en vue d’arriver à retarder la progression de la maladie et à améliorer la réponse au traitement chez les gens qui ont ce marqueur. 

«Il faut d’abord prouver que les hor­mo­nes sexuelles jouent un rôle dans la leucémie et déterminer si la protéine agit via d’autres molécules importantes dans les cellules cancéreuses», explique Chantal Guillemette, qui travaille de près avec des cliniciens-chercheurs aussi bien du CHU de Québec – Université Laval que du Canada et d’Europe pour réaliser ce projet.  

Certaines approches participatives impliquant l’équipe traitante, le patient et les familles, permettent des accompagnements plus personnalisés dans le traitement pharmacologique.

La chercheuse travaille également en synergie avec des collègues de la Faculté de pharmacie, les professeures Isabelle Laverdière et Sophie Lauzier, afin d’optimiser les approches pharmaco­logiques dans la lutte contre la leucémie. Les travaux de ces deux professeures visent à développer des interventions et des outils pour mieux accompagner les jeunes patients dans la prise optimale et sécuritaire de leur chimiothérapie à domicile.

 «En résumé, la génétique nous aide énormément à raffiner le traitement pharmacologique, ainsi que les outils de prédiction du risque de progression de la maladie ou de la récidive, en plus de nous informer sur de nouvelles cibles thérapeutiques pour les patients à haut risque, résume la chercheuse. Ainsi, la génétique nous permet d’offrir des thérapies de plus en plus ciblées.»

Les travaux de Mme Guillemette font évoluer notre compréhension de la biologie du cancer et de son traitement, alors que la génétique représente un outil complémentaire à ceux existants pour la prévention et le traitement des cancers. 

LE CANCER EN CHIFFRES 

  • Environ un Canadien sur deux aura un cancer au cours de sa vie et un sur quatre en mourra.
  • Plus de 220 000 nouveaux diagnostics de cancer et plus de 82 000 décès causés par cette maladie sont estimés pour 2019.
  • Les cancers du poumon, colorectal, du sein et de la prostate représenteront environ la moitié de tous les diagnostics et décès par le cancer en 2019. 

Source : Société canadienne du cancer

Pour en savoir plus sur les travaux de Chantal Guillemette

En collaboration avec Le Soleil, l’Université Laval signe une série d’articles présentant les retom­bées de ses recherches sur le quotidien des gens.