UNIVERSITÉ LAVAL AU CŒUR DE NOS VIES

Faculté de médecine: comprendre le mécanisme de l’obésité pour s’y attaquer

En collaboration avec Le Soleil, l’Université Laval signe une série d’articles présentant les retom­bées de ses recherches sur le quotidien des gens. Cette semaine, nous mettons en lumière la Faculté de médecine.

Pour rester mince, il faut simplement bien manger et faire du sport, pensez-vous? C’est en partie vrai, mais nous ne sommes pas tous égaux lorsque vient le temps de lutter contre l’obésité. Il se cache tout un processus complexe derrière l’apparition du surplus de poids et c’est ce qu’étudie Mathieu Laplante, professeur agrégé au Département de médecine de l’Université Laval. Son objectif? Qu’on arrive à faire fondre ces excédents de graisse une bonne fois pour toutes!

En 2016, près de deux milliards de personnes avaient un surplus de poids et plus de 650 millions étaient obèses d’après l’Organisation mondiale de la santé. La prévalence de l’obésité a presque triplé entre 1975 et 2016 et touche maintenant aussi les pays à faible revenu. Pas moins de 2,8 millions de personnes meurent chaque année des conséquences d’un surplus de poids et de l’obésité.

«L’obésité a un impact social majeur lorsqu’on sait qu’elle joue un grand rôle dans le développement des maladies cardiovasculaires, du diabète de type 2, de l’hyper­tension et de plusieurs types de cancer», explique Mathieu Laplante, également chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et pneumologie de Québec (CRIUCPQ).

Mathieu Laplante, professeur agrégé à la Faculté de médecine de l’Université Laval

Malheureusement, garder sa taille de guêpe n’est pas qu’une question de bonne volonté. «Certaines personnes sont plus enclines à prendre du poids que d’autres, indique le chercheur. La génétique joue un rôle important dans le développement de l’obésité.» Très injustement, les adipocytes, les cellules qui accumulent la graisse, ne sont pas présents en quantité égale chez les gens. «Certains en ont plus que d’autres et des études ont montré que le nombre de cellules adipeuses est défini principalement lorsqu’on est enfant et adolescent, explique Mathieu Laplante. Le problème, c’est que lorsqu’on perd du poids, on ne perd pas ces cellules, mais on les vide de leur gras. Ensuite, tout ce qu’elles cherchent à faire, c’est de se remplir à nouveau de graisses! C’est entre autres pour cette raison que les gens qui ont beaucoup de ces cellules adipeuses ont tendance à reprendre du poids facilement.»


« La génétique joue un rôle important dans le développement de l’obésité. »
Mathieu Laplante

Mathieu Laplante s’intéresse particu­liè­rement aux mécanismes moléculaires du développement des adipocytes. Son laboratoire, qui vient d’obtenir du financement des Instituts de recherche en santé du Canada, a d’ailleurs découvert, en 2017, une protéine, VSTM2A, qui joue un rôle clé dans le développement précoce de ces cellules adipeuses.

Le chercheur tente de comprendre ce qui influence les cellules adipeuses à devenir blanches ou brunes. Les blanches étant celles qui font augmenter le tour de taille. Les brunes, qu’on pensait jusqu’à récemment absentes chez l’humain adulte, sont celles qui brûlent des calories et nous aident à maintenir notre température corporelle. «Certains chercheurs pensent qu’on pourrait exploiter ce tissu adipeux brun pour améliorer le métabolisme des personnes obèses», constate Mathieu Laplante.

Étudiants de Mathieu Laplante : Mathilde Mouchiroud, Blandine Secco et Romain Villot dans son laboratoire au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et pneumologie de Québec

Vers une réduction du nombre de cellules adipeuses

Grand vulgarisateur, le chercheur compare son travail à celui du mécanicien. «Pour ré­parer un moteur, on doit savoir comment il fonctionne, dit-il. C’est la même chose avec les cellules adipeuses. On doit comprendre comment elles se développent pour ensuite essayer de normaliser leur nombre chez quelqu’un qui veut perdre du poids.»

Toutefois, si son labo­ratoire réalise de la recherche fondamentale, selon lui, ce n’est pas une raison de ne pas rapidement effectuer des études sur l’humain. C’était le cas d’ailleurs lors de la découverte de la protéine VSTM2A. Son équipe l’a découverte dans des cellules en culture, puis a vérifié qu’elle était présente dans certains dépôts adipeux chez la souris, puis chez l’humain.

Le chercheur Mathieu Laplante lors d’une conférence donnée à la 12e Journée Scientifique du Centre de Recherche du Diabète de Montréal, en février 2018.

«L’objectif de mon laboratoire est toujours de faire le pont entre les découvertes faites dans nos modèles expérimentaux et l’humain, précise-t-il. On utilise beaucoup, par exemple, les banques de tissus qu’on a au CRIUCPQ pour faire un début de translation vers l’humain. Parce qu’il y a aussi des choses qu’on découvre chez la souris qui ne se manifestent pas chez l’humain. C’est souvent à très long terme qu’on peut voir des retombées, mais nous mettons des briques dans le mur de la connaissance.»

Il faudra donc s’armer de patience avant d’obtenir la solution clinique pour réduire le nombre de cellules adipeuses chez les gens qui souhaitent perdre du poids. D’ici là, on continuera bien sûr de miser sur une bonne hygiène de vie!

SAVIEZ-VOUS QUE ?

  • La cellule adipeuse blanche vit en moyenne 10 ans.
  • Le tissu adipeux est dynamique et se régénère constamment.
  • VSTM2A est une protéine découverte par l’équipe de Mathieu Laplante. Produite par les précurseurs adipeux, sa présence favorise le développement des cellules adipeuses.
  • Les humains ont beaucoup de graisse blanche et peu de graisse brune.
  • L’exposition au froid stimule le développement de la graisse brune.

Pour en savoir plus sur les travaux de Mathieu Laplante

PROCHAIN RENDEZ-VOUS : le samedi 26 octobre avec la Faculté des sciences de l’administration