Une foule d’informations numériques sont générées par les gens quotidiennement.

UNIVERSITÉ LAVAL AU CŒUR DE NOS VIES

Faculté de droit: Comment le droit peut-il mieux encadrer la protection des données?

Chaque jour, par nos interactions sur les médias sociaux, nos requêtes dans les moteurs de recherche et nos allées et venues enregistrées dans des applications installées sur notre téléphone intelligent, nous générons des données personnelles. Mises ensemble grâce à l’intelligence artificielle (IA), domaine en pleine effervescence, elles en disent long sur qui nous sommes. Or, la protection de ces renseignements personnels est encore mal encadrée sur le plan légal. Pierre-Luc Déziel, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval, travaille à améliorer la situation.

Il n’y a pas si longtemps, nous révélions nos renseignements personnels sur des formulaires papier, pour devenir membre d’un club vidéo par exemple. Elle semble bien loin, cette époque! Aujourd’hui, les données que nous divulguons massivement – souvent à notre insu – sont numériques, donc facilement stockables et transférables.

«Une foule d’informations numériques sont générées par les gens quoti­diennement. Et grâce à des techniques d’analyse et de croisement des données toujours plus fines, on peut extraire une foule de nouvelles connaissances sur les personnes, qui peuvent ensuite être utilisées de différentes façons par les organisations. Notamment, en vue d’influencer les comportements individuels ou collectifs», explique Pierre-Luc Déziel.

Il s’intéresse à la façon dont le droit peut encadrer les pratiques de collecte, d’utilisation et de divulgation des renseignements personnels afin de protéger la vie privée. Un enjeu qui touche les organisations privées et publiques. «Les lois actuelles sont bien construites, mais elles datent d’une vingtaine d’années, donc avant l’arrivée de ces technologies, indique le chercheur. Les gouvernements provincial et fédéral gagneraient à faire un travail en pro­fondeur pour voir comment on peut et on doit réformer le droit à la vie privée.»

Le professeur participe déjà à des travaux en ce sens, alors que Facebook n’en est pas à un scandale près et que le Mouvement Desjardins a été victime d’un vol massif de données personnelles.
«Il y a une conjoncture favorable actuellement, constate-t-il, mais il faut que les gouvernements poursuivent leur travail pour que, rapidement, on protège mieux les personnes par des solutions concrètes et complètes.»

Pierre-Luc Déziel, professeur à la Faculté de droit de l’Université Laval

Faire profiter les gens de l’IA

Arrivé à l’Université Laval il y a trois ans, Pierre-Luc Déziel élabore aussi des projets de recherche pour aider différents secteurs d’activités à naviguer dans ce monde de possibilités, qui peut avoir des retombées posi­tives pour la popu­lation. Le chercheur se penchera notamment sur l’uti­­­li­sation de données personnelles dans le domaine de l’assurance. «Nous regardons, par exemple, comment les compagnies d’assurance pourraient utiliser des données personnelles des clients de manière responsable pour évaluer le risque en vue de baisser leur prime», affirme-t-il.


« Les gouvernements provincial et fédéral gagneraient à faire un travail en profondeur pour voir comment on peut et on doit réformer le droit à la vie privée. »
Pierre-Luc Déziel

De plus, en partenariat avec l’Institut national de santé publique du Québec, il réalise un projet avec des collègues de la Faculté de médecine et du Départe­ment de génie électrique et de génie informatique pour faciliter le suivi de certaines maladies, comme l’hépatite C. «Pour éviter d’utiliser des procédures de suivi invasives, on pourrait construire, grâce à l’IA, un modèle avec des données récoltées sur les habitudes de vies et les symptômes des patients», explique-t-il.

Toutefois, il faut considérer l’enjeu des découvertes fortuites. «L’IA fait parler les données, mais on ne sait pas d’avance ce qu’elles diront, indique le chercheur. Que faire si on découvre quelque chose qui n’était pas prévu ? Comme société, il faut bien baliser tout ça.»

Pierre-Luc Déziel lors d’une table ronde sur le thème «Les juristes sont-ils bien préparés à la révolution technologique?». De gauche à droite: Pierre-Luc Déziel, Me Patrick Gingras, avocat et directeur de la Direction du droit des technologies de l’information et de la propriété intellectuelle, ministère de la Justice du Québec, Me Vincent Bergeron, avocat et agent de marque, associé ROBIC et Me Lise Girard, présidente du Tribunal administratif des marchés financiers.

Pierre-Luc Déziel, qui a étudié en science politique avant de faire son doctorat en droit des technologies de l’information, s’intéresse aussi à la notion de biais. «Si l’on utilise que des hommes blancs de 50 ans et plus pour construire nos modèles, les conclusions qu’on peut en tirer ne valent que pour eux, explique-t-il. Pour que l’ensemble de la population mondiale puisse bénéficier de ces avancées, il faut des modèles bâtis à partir de données provenant d’une grande diversité de personnes. D’autant plus que souvent, ce ne sont pas les sociétés occidentales qui ont le plus besoin de ces outils.»

SAVIEZ-VOUS QUE... 

  • Un peu plus de 56 % de la population mondiale est connectée à Internet, soit plus de 4,3 milliards de personnes. Chaque minute dans le monde :
  • près de 190 millions de courriels sont envoyés;
  • plus de 18 millions de messages textes sont envoyés;
  • près de 4,5 millions de recherches se font sur Google;
  • environ 4,5 millions de vidéos sont regardées sur YouTube.
    Sources : Institut national de santé publique du Québec, Diabète Québec et BMC Family Practice

Pour en savoir plus sur les travaux de Pierre-Luc Déziel

En collaboration avec Le Soleil, l’Université Laval signe une série d’articles présentant les retom­bées de ses recherches sur le quotidien des gens. 

Prochain rendez-vous : le samedi 7 décembre 2019 avec la Faculté de Pharmacie