Garder les travailleurs expérimentés en emploi est un enjeu assez criant dans les sociétés industrialisées, et particulièrement au Québec.

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55 ans et plus: maintien en emploi, retraite ou retour au travail ?

En collaboration avec Le Soleil, l’Université Laval signe une série d’articles présentant les retom­bées de ses recherches sur le quotidien des gens. Cette semaine, nous mettons en lumière la Faculté des sciences de l’administration.

Mieux répondre aux attentes des travailleurs de 55 ans et plus pour les inciter à rester actifs plus longtemps sur le marché du travail : au-delà des bonnes intentions, cela devient de plus en plus un impératif. Alors que la population québécoise vieillit rapidement, à l’instar des autres nations industrialisées, ces travailleurs représentent une partie de la solution à l’enjeu de pénurie de main-d’œuvre auquel font face les entreprises. Ce phénomène est étudié depuis une dizaine d’années par Marie-Ève Dufour, professeure et chercheuse en ressources humaines à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval (FSA ULaval). 

La retraite n’est plus le chemin à sens unique d’autrefois. Dans le cadre d’un projet de recherche, on a observé qu’environ 55 % des travailleurs du secteur des soins de la santé qui ont pris leur retraite sont soit retournés par la suite sur le marché du travail, soit ont tenté de le faire. Dans le secteur des hautes technologies, on atteint près de 61%. 

«La retraite n’est plus un moment ponctuel dans le temps, mais un processus qui s’étend sur une certaine période et au cours duquel on peut observer des entrées et des sorties du marché du travail », explique Marie-Ève Dufour qui a fait ces constats à la suite de sondages réalisés auprès de milliers de travailleurs en 2014-2015 avec Tania Saba, sa collègue de l’Université de Montréal. 

Pourquoi tous ces allers-retours ? Ce n’est pas qu’une question d’argent, a découvert la chercheuse.  «En fait, la majorité des retraités que nous avons questionnés avaient une perception de leur situation financière à la retraite allant d’acceptable à saine, précise-t-elle. Nous avons découvert plusieurs raisons plus personnelles à ces retours sur le marché du travail, comme l’offre d’un emploi intéressant, le désir de continuer à contribuer ou encore la recherche de défis.»

Marie-Ève Dufour, professeure et chercheuse en ressources humaines à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval (FSA ULaval)

Travailler, mais pas à n’importe quel prix

Les retraités sondés par les chercheuses effectuaient leur retour en grande majorité dans leur domaine d’emploi, mais pas à n’importe quelles conditions. «La plupart acceptaient de retourner travailler à temps partiel, d’autres signaient un contrat à durée déterminée, alors que les autres devenaient travailleurs autonomes», explique Marie-Ève Dufour. 

Elle a aussi découvert, sans surprise, que la flexibilité dans les aménagements de tra­vail est très importante pour les gens qui reviennent sur le marché du travail. D’autres éléments sont aussi cruciaux, comme la possibilité de contribuer à des projets spéciaux et d’occuper de nouveaux rôles. 

«Plusieurs travailleurs en fin de carrière ont le désir de transférer leurs connaissances en devenant mentors par exemple, remarque Marie-Ève Dufour. C’est une piste de solution pour les organisations qui souhaitent garder leurs employés plus longtemps, ou les sortir de la retraite.»

Attention par contre! Il ne faudrait pas que les organisations mettent en place des pratiques s’adressant seulement aux travailleurs près de la retraite, au détriment des autres, et ainsi venir créer des inégalités. 

Marie-Ève Dufour est d’avis que les organisations doivent mettre en place des mesures qui peuvent bénéficier à l’ensemble des employés, mais pour des raisons différentes. La flexibilité dans l’horaire, par exemple, peut être tout autant intéressante pour les parents de jeunes enfants, pour les célibataires engagés dans divers projets personnels, que pour les gens près de la retraite qui veulent voyager et être présents pour leurs petits-enfants. 


« Plusieurs travailleurs en fin de carrière ont le désir de transférer leurs connaissances en devenant mentors par exemple. »
Marie-Ève Dufour

Une priorité nationale 

Marie-Ève Dufour continue, avec ses collaborateurs, à creuser ces questions. «Il y a encore des éléments à comprendre sur les attentes des travailleurs près de la retraite pour voir comment les organisations peuvent y répondre afin de maximiser leurs chances de les garder en emploi», affirme-t-elle. 

Après tout, les baby-boomers plus âgés ont déjà quitté le marché du travail, mais plusieurs sont encore en emploi. Il est donc encore temps d’agir pour les garder. Le gouvernement du Québec a d’ailleurs inclus dans sa Stratégie nationale sur la main-d’œuvre 2018-2023 quelques mesures inci­tatives pour encourager les travailleurs expérimentés à rester sur le marché du travail, comme la bonification du crédit d’impôt et le soutien à la recherche d’emploi. 

« Garder les travailleurs expérimentés en emploi est un enjeu assez criant dans les sociétés industrialisées, et particulièrement au Québec », précise-t-elle. Dans la province, 72 % des gens de 55 ans et plus étaient actifs sur le marché du travail en 2016, contre 80 % dans l’ensemble du Canada. 

Pour en savoir plus sur les travaux de Marie-Ève Dufour, consultez sa page sur le site de FSA ULaval : www4.fsa.ulaval.ca/enseignants/marie-eve-dufour/.