La foresterie durable, c’est aussi de concilier activités récréatives et aménagement forestier.

Une forêt de possibilités

Une forêt au naturel: utiliser la forêt tout en la respectant

Nous nous entendons tous pour dire que la forêt n’a pas besoin des humains pour fonctionner, puisque depuis des millénaires les arbres grandissent, se reproduisent, meurent et créent des écosystèmes complexes et irremplaçables. Les forêts sont ainsi indispensables dans le cycle du carbone et pour le maintien de la biodiversité terrestre. En contrepartie, l’humain a besoin de la forêt pour combler une multitude de ses besoins, notamment la qualité de l’air et de l’eau et l’approvisionnement en nourriture et en bois. Le bois est un matériau non seulement apprécié pour son apparence, mais également considérablement plus écologique que ses alternatives comme le béton ou l’acier.

S’inspirer de la nature
Les spécialistes de la forêt peaufinent depuis longtemps leurs procédés d’aménagement forestier qui visent, entre autres, à recréer les dynamiques de perturbations naturelles des forêts, ce qu’on nomme dans le jargon l’aménagement écosystémique. Ces perturbations font partie des cycles naturels de la forêt et agissent à des échelles diverses, allant d’un seul arbre à des millions d’hectares de forêts. Elles incluent les feux (l’épisode de Fort McMurray en est un bon exemple), les épidémies d’insectes ravageurs (la tordeuse des bourgeons de l’épinette, ça vous dit quelque chose?), les maladies des arbres (la maladie hollandaise de l’orme, par exemple), le chablis (déracinement d’un arbre par le vent) ou même le broutement par les herbivores comme le cerf de Virginie. Après une perturbation naturelle, la forêt revient toujours… comme après une coupe forestière! Que ce soit par régénération naturelle ou par plantation, la forêt repousse et aucune déforestation n’a ainsi lieu en forêt publique au Québec. Au contraire, la déforestation se produit principalement dans les zones urbanisées, pensons notamment à l’étalement urbain. 

L’aménagement écosystémique vise à recréer les dynamiques de perturbations naturelles comme les épidémies de la tordeuse des bourgeons de l’épinette.


Une forêt, des fonctions infinies!
Nous savons depuis longtemps qu’une forêt en santé est une forêt non seulement plus riche sur le plan écologique, mais également plus productive. C’est pourquoi cette approche va bien au-delà de la simple récolte des arbres. Au Québec, la forêt est en effet aménagée afin de maintenir son intégrité écologique tout en répondant aux besoins multiples de la société. Le rôle des professionnels de la forêt est ainsi complexe et vise à jongler avec une multitude d’enjeux tels que le maintien de la biodiversité, la production de bois, les économies régionales, la gestion participative, la collaboration avec les communautés autochtones, les habitats fauniques, la multiplication des utilisateurs, la compétition internationale, l’évolution du marché, etc. Gérer des écosystèmes de manière globale est un grand défi, ceux-ci étant complexes et opérant à une échelle de temps bien différente de la nôtre. La forêt, ce n’est pas uniquement des 2x4. C’est une multitude d’essences d’arbres, un réservoir de biodiversité végétale et animale, un lieu de plein air, de culture, de patrimoine et de vie, un filtre pour l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons, une source d’emplois et un moteur économique, ainsi qu’un outil très efficace dans la séquestration et le stockage du carbone.

Étudiant à la maîtrise en sciences forestières de l’Université Laval.


Savoir adapter la recherche
Pour améliorer notre compréhension de ce milieu complexe, et ainsi notre capacité à gérer adéquatement la forêt, il est essentiel de diversifier les axes de recherche. C’est pourquoi la recherche en sciences forestières est variée, intégratrice et multidisciplinaire, se concentrant autant sur des aspects microscopiques qu’à l’échelle planétaire. Pour ne nommer que quelques thèmes, on pense à la recherche sur la productivité, la conciliation des usages, la biodiversité, la compréhension des perturbations naturelles, les interactions faune-forêt, les impacts des changements climatiques, la gestion de l’eau, les opérations forestières, l’amélioration génétique des arbres, la conservation, etc. Sur le plan scientifique, le Québec est très actif et est reconnu comme chef de file quant à plusieurs aspects de l’aménagement forestier. C’est parce que le patrimoine forestier du Québec est unique qu’il faut savoir le mettre en valeur pour la société d’au-jourd’hui et de demain. Telle est la mission que se donne la relève dans le milieu forestier.  

Anne Bernard, Marine Duperat, Karelle Gilbert et Olivier Villemaire-Côté, candidats au doctorat en sciences forestières à l’Université Laval