Une forêt de possibilités

De l’industrie forestière aux « économies de la forêt »

La forêt est centrale à l’économie de centaines de municipalités québécoises. Pour nombre d’entre elles, l’exploitation économique de la forêt est à l’origine de leur création et continue aujourd’hui de contribuer à leur vitalité et à leur développement.

Cependant, l’économie forestière n’est plus ce qu’elle était. Depuis plusieurs années, elle s’est diversifiée et a évolué. C’est pourquoi, dans le cadre du Forum des communautés forestières de novembre 2017, la Fédération québécoise des municipalités (FQM) a choisi de réaliser un portrait de l’ensemble des économies de la forêt. Elle a alors constaté que, dans l’ombre des conflits commerciaux et des restructurations, la réalité des régions s’est profondément transformée et qu’il est maintenant essentiel de parler des économies de la forêt plutôt que d’une économie de la forêt.

Une contribution économique de 9,5 milliards $ au PIB québécois 
Si la production de l’industrie forestière (coupe, pâtes et papiers, fabrication de produits de bois) demeure sans aucun doute l’activité économique dominante dans l’exploitation du potentiel forestier, elle est loin d’être la seule. De l’acériculture à la chasse en passant par la cueillette de bleuets sauvages, des dizaines d’activités économiques ont comme facteur commun notre forêt. 

Au total, nous avons estimé l’apport économique des différentes activités découlant de la forêt au PIB du Québec à 9,5 milliards de dollars, soit plus de 106000 emplois à temps plein. Et nous parlons ici d’un minimum, puisque plusieurs activités créatrices de richesses pour nos communautés forestières, comme les industries de la fabrication chimique ou les activités récréotouristiques de plein air effectuées en forêt, n’ont pas pu être incluses dans nos calculs, faute de données récentes. 

En guise de comparaison, la valeur ajoutée des économies de la forêt représente 2,8% du PIB québécois, soit une contribution supérieure à celle de l’industrie aéronautique (1,8%) et comparable à celle de l’industrie culturelle et de l’information (2,9%). Loin d’être négligeables, les économies de la forêt sont essentielles à notre développement économique.


Encore plus étonnant: les activités économiques de la forêt que nous pouvons définir comme « non conventionnelles » contribuent de plus en plus à la mise en valeur de nos forêts. De l’apport de 9,5 milliards  de dollars à l’économie québécoise mentionné plus haut, c’est près de 1 milliard qui est lié à l’exploitation de produits forestiers non ligneux et aux activités récréatives, comme l’acériculture, la biomasse, la pêche sportive, la cueillette de bleuets, de champignons sauvages et la vente de sapins de Noël. Ce sont plus de 15000 emplois qui découlent de ces activités économiques dites non conventionnelles de la forêt. 

Des économies en croissance et tournées vers l’international
Si l’industrie forestière a traversé une période plus difficile au début des années 2000, elle a dernièrement atteint une certaine stabilité qui lui permet aujourd’hui de maintenir près de 90000 emplois au Québec. Cependant, d’autres secteurs semblent avoir pris le relais pendant cette période et ont connu une importante croissance. Entre 2011 et 2016, les recettes monétaires agricoles issues du sirop d’érable, des arbres de Noël et des bleuets ont annuellement augmenté de respectivement 7,5%, 7,1% et 1,4%. 


De plus, si l’avenir est aux entreprises et aux secteurs qui profitent d’une croissance des exportations, le secteur forestier semble en position favorable pour tirer bénéfice de ce nouveau paradigme économique. Conjointement, en 2016, les produits issus des économies de la forêt représentaient 17% de la valeur des exportations du Québec. Dans le cas précis du bleuet, des produits de l’érable et des arbres de Noël, c’est plus de 80% de la production québécoise qui a été exportée hors du Canada. 

Des économies à développer en collaboration avec le milieu municipal
Si nous parlons régulièrement de la résilience des communautés forestières, c’est que leurs économies, loin d’être dépendantes d’une seule activité de production, se sont transformées pour se construire autour d’une multitude d’activités économiques ayant comme facteur commun la forêt. Ce passage d’une économie de la forêt aux économies de la forêt est bénéfique et les municipalités peuvent jouer un rôle important pour faciliter cette transition. 

Cette transformation que nous avons évoquée peut aussi se traduire dans les modes de gestion de la forêt. Depuis plusieurs années, la FQM prône la mise en place de « forêts de proximité » qui permettraient de déléguer la gestion de territoires forestiers à des communautés locales et autochtones. Il est à souhaiter que les acteurs de l’industrie forestière et le gouvernement du Québec s’engagent plus formellement à concrétiser la mise en place de forêts de proximité dans différentes régions du Québec. Avec l’avènement des gouvernements de proximité, il est dorénavant temps d’accorder plus d’autonomie aux régions dans la gestion de leurs ressources naturelles.

Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités