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Le Russe Alexei Prokopenko a patiné pour la première fois en six mois jeudi à l’aréna Baribeau sous la supervision de Louis Robitaille et de Raphaël-Pier Richer.
Le Russe Alexei Prokopenko a patiné pour la première fois en six mois jeudi à l’aréna Baribeau sous la supervision de Louis Robitaille et de Raphaël-Pier Richer.

Les sacrifices de Prokopenko

Jean-François Plante
Jean-François Plante
Le Droit
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Ce n’est pas d’hier que le nouvel attaquant russe des Olympiques de Gatineau s’impose des sacrifices pour atteindre son rêve de jouer dans la LNH.

Débarqué à l’aéroport de Montréal le 4 février, Alexei Prokopenko est sorti de son confinement jeudi cette semaine.

Pour la première fois en six mois, il a pu faire glisser les lames de ses patins sur une patinoire à l’aréna Baribeau. Capitaine de l’équipe nationale russe au Défi mondial des moins de 17 ans l’an dernier, Prokopenko avait pris le pari qu’il parviendrait à rejoindre l’équipe qui l’a sélectionnée au 8e rang du repêchage de la Ligue canadienne de hockey l’été dernier.

À son année de repêchage dans la LNH, le risque était grand. Les frontières étant fermées en raison de la pandémie, il aurait pu gaspiller une saison cruciale s’il n’avait pas été en mesure de rentrer à Gatineau. S’il avait signé un contrat avec l’équipe où il était attaché à Omsk, il lui aurait fallu faire une croix sur son ambition de jouer en Amérique du Nord pendant sa carrière junior. Le contrat exigeait qu’il reste là-bas pendant trois ans.

Être à l’écart du jeu, dans une résidence située à neuf heures de route de son foyer familial, c’était un sacrifice inestimable dans une saison aussi importante. S’il a été nerveux pendant son attente interminable, Prokopenko l’a bien caché dans son entrevue Zoom avec Le Droit jeudi soir. Il ne parle pas encore l’anglais, mais son coéquipier Evgeny Kashnikov et la dame qui l’héberge ont pu traduire pour lui.

« Je n’ai jamais douté. J’ai fait confiance au processus. Je ne suis pas resté chez moi à rien faire. Je me suis entraîné chaque jour hors glace comme un forcené », a-t-il raconté après avoir participé à un entraînement privé avec les entraîneurs Louis Robitaille et Raphaël-Pier Richer jeudi.

Chez les Olympiques, on souhaite qu’il fasse partie du noyau qui pourra aspirer aux grands honneurs d’ici deux ans.

Sérieux, discipliné et réservé de nature, Prokopenko s’est dit très heureux de recommencer à patiner.

« Ce n’était pas facile. Je n’ai pas disputé un match depuis 10 mois. Je n’avais pas patiné depuis six mois. Je viens de terminer une quarantaine de 14 jours. Il y a un peu de rouille. »

Quitter la maison à 11 ans

Doué dès un jeune âge, Prokopenko a laissé parents et amis derrière lui dès l’âge de 11 ans pour se joindre à la structure de l’Avangard d’Omsk. La distance entre les deux villes est considérable. Il y a un changement de fuseau horaire entre Iskitim et Omsk. Comme plusieurs joueurs élites de son pays, il a grandi en résidence dans un environnement où le hockey passe avant tout.

Le plan de carrière de Prokopenko a donc été décidé très tôt dans sa vie. Dans ce contexte, le Russe a dû éprouver un soulagement énorme en traversant les douanes à Montréal au début du mois de février. S’il avait dû rebrousser chemin comme d’autres hockeyeurs russes qui devaient venir dans la LHJMQ, sa saison aurait été perdue. La fenêtre pour joindre une équipe en Europe était fermée. Devant cette éventualité, le joueur de 18 ans s’est encore montré de glace.

« Une fois que nous avons eu tous les documents nécessaires, je n’ai pas eu peur qu’on me retourne chez moi à la frontière. Le coach des Olympiques a été en contact constant avec moi depuis le jour où il m’a repêché. Je suis juste très content d’être ici maintenant. »

Pour le moment, son seul objectif, c’est de reprendre sa forme sur glace. Hors glace, il n’y a aucun problème.

« Je veux me mettre en forme sur glace le plus rapidement possible pour jouer un match le plus rapidement possible. »

Quant à ses attentes chez les Olympiques cette saison, il a préféré garder cette information pour lui.

« J’ai un plan en tête, mais c’est un secret! »

Prokopenko, comme plusieurs joueurs russes, est un jeune homme de peu de mots. Doté d’un bon gabarit, il a indiqué qu’il n’avait pas peur d’aller dans le trafic, qu’il affectionne le jeu rude et qu’il veut être bon dans les deux sens de la patinoire.

« Je vais laisser mon jeu parler pour moi. »

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UN ENDROIT FAMILIER POUR LES RUSSES

Le choc culturel peut être assez brutal quand un jeune hockeyeur natif de la Russie traverse l’Atlantique pour venir jouer au hockey au Canada.

Les Olympiques de Gatineau ont compris l’ampleur de cette situation. Depuis quelques années, ils ont fait des pieds et des mains pour leur trouver des familles de pension où la transition se fera en douceur.

Tanya et Sylvain ont commencé à héberger un joueur russe en 2017-18. Mikhail Shestopalov a été leur premier pensionnaire. Le couple a ensuite abrité Yaroslav Likhachev. Il accueille maintenant Alexei Prokopenko et Evgeny Kashnikov sous son toit.

Sylvain est Québécois. Tanya est d’origine serbe.

«La phonétique est similaire entre le Russe et le Serbe, alors j’arrive à bien communiquer avec les joueurs russes qui viennent à la maison. Ce n’est pas parfait. Nous rions beaucoup de nos accents ou de nos expressions, mais nous arrivons à nous comprendre», raconte Tanya.

Son mari est policier. Il est également un partisan de longue date des Olympiques. La Police de Gatineau a un programme de parrainage avec les Olympiques.

«Mon mari adore le hockey. Il faisait partie du programme Jeu de puissance de la Police de Gatineau avec les Olympiques. Nous avons connu Vitaly Abramov et Yakov Trenin par l’entremise de ce programme et avec leurs familles de pension. Nous nous sommes prêtés au jeu par la suite», a dit la dame qui parle quatre langues et demie.

Selon Tanya, il ne faut pas sous-estimer le choc culturel à l’arrivée des hockeyeurs russes.

«C’est un gros changement pour eux. Des choses que nous tenons pour acquises ici dans notre vie quotidienne ne le sont pas pour eux. Par exemple, dans leur pays, l’autobus s’immobilise à chaque arrêt. Ils ne savent pas qu’il faut sonner la cloche pour débarquer ici! Les Olympiques sont conscients de cela et je peux vous dire qu’ils ont élevé leur jeu d’un cran cette année. L’organisation nous supporte énormément. Ce ne sont pas tous les marchés de la LHJMQ qui peuvent placer des joueurs dans des familles où le Russe est parlé.»

De Prokopenko, elle peut déjà dire que son approche disciplinée ressemble à celle de Yakov Trenin. «Il s’entraîne extrêmement fort. Il est très rigoureux et mature pour son âge. Il sait comment prendre soin de lui-même. Il est déterminé à apprendre l’anglais et son professeur me dit qu’il apprend rapidement.»

Tanya et Sylvain sont heureux avec leurs pensionnaires russes. Ne leur manque qu’une chose à présent.

«Nous aimerions pouvoir être capables d’aller les voir jouer!»