Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Quelques raisons d’espérer pour la biodiversité

CHRONIQUE / La crise mondiale de la biodiversité semble être une fatalité. Si on regarde les projections, l’humanité est en train de provoquer une sixième extinction catastrophique à la mesure de celle qui a entraîné la disparition des dinosaures il y a 65 millions d’années.

L’indice Planète vivante 2020 du Fonds mondial pour la Natureindique un déclin moyen de 68 % des 21 000 populations de vertébrés (mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons) entre 1970 et 2018. Il est important de noter ici qu’il s’agit de populations, pas d’espèces. La différence est importante. Par exemple, il y a plusieurs populations de caribous forestiers au Canada. Elles font partie de la même espèce, Rangifer tarandus, qui regroupe également les caribous toundriques et montagnards, mais aussi les rennes sauvages de Sibérie et domestiqués de Laponie. De même, la population de bélugas du Saint-Laurent est dans un état précaire, mais l’espèce à laquelle elle appartient, Delphinapterus leucas, qui comporte plusieurs populations dans l’océan Arctique, n’est pas en déclin.

Cette distinction établie, il est très légitime de se préoccuper de la biodiversité à l’échelle locale, nationale et globale et d’adopter les mesures nécessaires pour la protéger.

Mais il y a des nuances à faire. Une population se définit comme un groupe d’individus d’une même espèce occupant un territoire donné. La réduction de la taille d’une population inscrite dans l’indice Planète vivante est présumée être un indicateur de la disparition d’espèce, ce qui ne se vérifie pas dans les faits, selon une étude parue dans la revue Nature cette semaine.

Selon Brian Leung de l’Université McGill, la prédiction catastrophique du déclin de la biodiversité serait liée à un problème mathématique dans les modèles qui calculent les tendances. La réalité, bien que sérieuse, ne serait pas si catastrophique que le laisse entendre l’indice Planète vivante. En effet, en focalisant sur des populations et non pas des espèces, on amplifie indûment le phénomène. En examinant un échantillon de 14 000 populations de l’indice Planète vivante, les chercheurs ont identifié que 1 % de celles-ci subissaient un déclin fulgurant. Si on isole cette catégorie, le calcul des tendances change énormément. Au lieu de prédire la sixième extinction, les autres observations donnent au contraire de l’espoir pour l’avenir de la biodiversité. Il y a des régions où il faut intervenir d’urgence, mais somme toute, on est loin du désert mondial annoncé pour demain.

La notion d’espèce biologique et l’indicateur portant sur l’occurrence numérique est aussi sujet à des variations qui n’ont rien à voir avec la présumée sixième extinction. Surprise! La semaine dernière, la biodiversité australienne s’est enrichie de deux espèces nouvelles. Le Phalanger volant (Petauroides volans), un petit marsupial vivant dans les forêts d’Eucalyptus, a donné naissance à deux autres espèces, Petauroides minor et Petauroides armillatus, d’après des études génétiques réalisées à l’Université James Cook. Comme l’espèce était considérée comme menacée, dorénavant les trois vont augmenter l’indice Planète vivante...

Au-delà des chiffres, des projections catastrophiques et des découvertes anecdotiques, l’enjeu de la biodiversité est crucial. Le 28 octobre, un collectif de 10 auteurs a lancé un livre qui examine la question en profondeur. La Terre, la Vie et nous, parlons d’espoir et de solutions plaide pour une nouvelle solidarité planétaire entre les humains et le vivant pour sortir grandis de la crise qui menace. Sans se fermer les yeux sur la possibilité d’une sixième extinction, les auteurs (dont votre humble serviteur) examinent la situation avec lucidité, mais en apportant des réponses constructives pour inverser les tendances négatives.

Si l’avenir de la biodiversité vous préoccupe, mon chapitre est en libre accès sur Constellation. Bonne lecture!