L’idée est belle, mais…

CHRONIQUE / L’urgence climatique nous force à penser autrement notre développement. En effet, malgré les « efforts » déployés depuis 1990 pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), elles ont augmenté de 40 % et continuent de croître encore cette année. L’automne dernier, le GIEC publiait un rapport qui concluait qu’il est encore possible de limiter l’augmentation de la température globale de la planète à 1,5 degré à la fin du siècle, mais pour y arriver, il faudra avoir réduit les émissions de 45 % en 2030 et devenir carboneutres en 2050. Méchant retournement !

Alors, quoi faire ? Pour viser les émissions zéro en 2050, il faut se lever de bonne heure ! Mais pourquoi pas rendre carboneutre toute nouvelle source d’émissions ? Toute nouvelle usine, toute nouvelle centrale électrique, mais aussi toute nouvelle auto, toute nouvelle bicyclette, tout nouveau tuyau de PVC sera dorénavant carboneutre ! L’idée est belle.

Comme ça au moins, on pourrait stopper l’augmentation des émissions, quitte à remplacer d’ici 2050 les vieilles installations polluantes, planter des milliards d’arbres, installer des millions de panneaux solaires carboneutres, des centaines de milliers d’éoliennes carboneutres et des milliers de kilomètres de tuyaux de PVC carboneutres. Je rêve. L’idée est belle, mais il faut commencer quelque part.

Le 9 septembre, nous avons rendu public un rapport de recherche qui visait à répondre à la question : « Comment une entreprise qui sera un grand émetteur final canadien peut-elle trouver des moyens crédibles pour devenir carboneutre dans le contexte mondial actuel ; quelles solutions peuvent être mises en œuvre et selon quel ordre de priorité ? »

Le rapport peut être téléchargé à ecoconseil.uqac.ca.

Il a été réalisé par notre équipe à la demande de l’entreprise GNL Québec, qui a un projet majeur au Saguenay et qui voudrait le rendre carboneutre. Pourquoi pas ?

L’exercice a été fort intéressant et les résultats sont surprenants à maints égards. Dans un premier temps, nous avons parcouru plus de 300 articles scientifiques publiés dans les cinq dernières années qui en recensaient eux-mêmes des dizaines.

L’état de la science nous a donné une réponse claire : oui, c’est théoriquement possible. Bien. Et alors, par quoi on commence ? En effet, chaque usine, chaque voiture, chaque tuyau de PVC ont leur histoire propre, selon qu’ils soient produits en Chine, en Suède ou au Saguenay. Pour planter des arbres, il faut des terrains propices ; pour acheter des crédits compensatoires, il faut que quelqu’un les mette en marché. Nous avons donc exploré quatre pistes privilégiées par le promoteur pour voir comment il pourrait prendre des moyens concrets et vérifiables pour atteindre son objectif. Planter des arbres, valoriser ses émissions de CO2, acheter du gaz naturel renouvelable produit à partir de la biomasse forestière résiduelle et acheter des crédits compensatoires.

L’analyse économique montre que toutes ces options, combinées en un portefeuille d’actions concrètes et mesurables, peuvent être mises à contribution d’ici 2050 pour montrer un bilan carboneutre à chaque année d’opération prévue pour le projet.

L’idée est belle, mais…

Mais nous sommes au Québec. Malgré ses belles paroles, le gouvernement est très mal équipé au point de vue règlementaire pour réaliser un tel objectif.

Partout, nous nous sommes heurtés à des obstacles qui rendent la route périlleuse. Il y a beaucoup de choses à changer pour favoriser une telle initiative. Dommage, car l’idée est si belle !

On ne peut pas changer le cours des choses sans innover. Toute la question est là. Des solutions comme l’écologie industrielle, l’écoconception et la compensation carbonique sont à notre portée.

L’exercice a été intéressant et il peut éclairer les décideurs, pas seulement le promoteur. Il reste à voir maintenant comment nos recommandations seront prises en considération.