L’envers de l’assiette

CHRONIQUE / Samedi dernier, j’étais invité à un débat dans le cadre du congrès annuel de l’Association québécoise des distributeurs de fruits et légumes, à Québec. À cette occasion, on posait la question : « Quels seront les impacts de la recommandation de la plus récente édition du Guide alimentaire canadien de garnir de fruits et légumes la moitié de l’assiette ? » Dans une perspective de développement durable, c’est une question intéressante, car elle trouve des échos directs dans 15 de 17 objectifs de développement durable de l’agenda 2030 des Nations Unies.

L’alimentation est un besoin essentiel de tout organisme vivant. Les humains ne font pas exception, mais ils ajoutent une couche de complexité à la simple ingestion de calories. Nos choix alimentaires mettent à contribution les écosystèmes de la planète et justifient un système de production, de transformation et de distribution des denrées aussi diverses que les fruits et légumes bien sûr, mais aussi la viande de divers animaux, des poissons de toutes les mers, des céréales et des produits laitiers. Tout cela frais ou transformé au gré des cultures, des modes, des technologies et, plus généralement, des exigences des marchés et des réseaux de distribution.

La plupart des gens se préoccupent peu d’où viennent les denrées alimentaires qu’ils consomment chaque jour, de la façon dont elles ont été produites, des conditions des travailleurs tout au long de la chaîne d’approvisionnement. La réclame des supermarchés se résume souvent au « panier le moins cher ». Pourtant, les aliments, comme tous les biens de consommation, ont un cycle de vie qui ne se termine pas dans notre assiette. L’envers de l’assiette, c’est l’empreinte écologique de nos choix alimentaires et c’est cela qui interpelle le développement durable.

Actuellement, on cultive 1,6 milliard d’hectares sur la planète. La production en termes caloriques pourrait permettre de nourrir 12 milliards de personnes, mais il y a encore près de 10 % de l’humanité qui éprouve des difficultés à s’alimenter correctement, en termes qualitatifs et quantitatifs. En effet, une partie significative des surfaces cultivées sert à nourrir les animaux, à produire des biocarburants ou des textiles, comme le coton ou le chanvre. En plus, selon les types de cultures, les filières alimentaires, le niveau de développement des agriculteurs et les préférences des consommateurs, c’est près de 40 % de la production alimentaire mondiale qui est gaspillée et qui ne nourrit personne.

Alors, quels sont les enjeux liés à la recommandation du Guide alimentaire canadien ?

La production de fruits et de légumes jouit habituellement d’une meilleure empreinte écologique par calorie que la viande, mais moins bonne que celle des grandes cultures. On peut améliorer cette empreinte en favorisant les circuits courts et en consommant les produits de saison. Les pertes liées à la transformation, au transport et à la distribution contribuent au gaspillage, mais elles peuvent être réduites de façon structurelle, par exemple avec les banques alimentaires. Dans un contexte d’économie circulaire, l’usage des composts et de digestats comme fertilisants peut réduire de façon importante les impacts locaux et globaux. La régie biologique est gagnante pour la réduction de la majorité des impacts environnementaux locaux et globaux de l’alimentation. Les changements climatiques peuvent présenter des menaces, mais aussi des opportunités pour la filière fruits et légumes. Enfin, l’enjeu des emballages doit être réglé en amont des consommateurs pour réduire les impacts des plastiques dans les écosystèmes. Dans ces conditions, manger plus de fruits et légumes sera un plus pour le développement durable.

Il y a là tout un terrain de réflexion. Les enjeux liés à l’envers de l’assiette sont majeurs. Il faut mieux les connaître et les communiquer pour amorcer des changements nécessaires.