La course à la carboneutralité

CHRONIQUE / Les changements climatiques sont causés par un ensemble d’activités humaines qui changent la composition de l’atmosphère en y ajoutant plus de gaz à effet de serre (GES) que les écosystèmes n’arrivent à en recycler.

En raison de leur consommation d’énergie, toutes les activités humaines contribuent peu ou prou aux changements climatiques. En effet, plus de 80 % de l’énergie primaire utilisée sur la planète est d’origine fossile et il faut brûler les carburants à base de carbone pour produire de l’électricité, de la chaleur ou du mouvement. Cette combustion produit du dioxyde de carbone (CO2), qui est le principal GES. 

Mais le CO2 est une molécule indispensable à la vie qui est captée par les plantes et constitue l’assise de toutes les molécules organiques du vivant. Il se dissout aussi dans les océans, où il donne des carbonates qui forment les coquillages et éventuellement les roches calcaires. Dans le cycle du carbone, il y a donc des sources de GES, mais aussi des puits et des stocks.

L’approche du bilan carbone consiste à équilibrer les sources et les puits. C’est une approche comptable, mais au lieu de calculer les dollars pour équilibrer le budget, on calcule les kilos de CO2 émis dans l’atmosphère et les kilos de CO2 captés et retirés de l’atmosphère. On dit qu’un produit, une activité, une ville ou un pays est carboneutre quand son bilan est égal à zéro. 

Ce qui est intéressant dans cette approche, c’est que, comme l’atmosphère n’a pas de frontières politiques, il n’est pas nécessaire que les activités constituant des sources soient situées au même endroit que les activités qui constituent des puits. Donc, une molécule de CO2 émise en Chine peut être captée au Canada. Tant que le bilan reste zéro, on peut se dire carboneutre. 

Ainsi, quelqu’un qui effectue un vol d’avion ou une croisière, s’il sait calculer combien de kilos ou de tonnes de CO2 ont été émis, peut les compenser par la plantation d’arbres. Par exemple, la Chaire en éco-conseil offre depuis 2008 le service de calcul et de compensation permettant de carboneutraliser des émissions de GES. Plus d’un million d’arbres permettent ainsi de financer la recherche.

Mais à l’échelle globale, le défi est important. En effet, les humains émettent chaque année l’équivalent de 50 milliards de tonnes (Gt) d’équivalent CO2 et les systèmes naturels ne peuvent en capter que 32 ou 33 Gt. Notre budget carbone planétaire est donc globalement déséquilibré. C’est un peu comme si l’on ne paie que le solde minimum sur sa carte de crédit : cela ne peut pas durer longtemps. C’est pourquoi il faut chercher à rééquilibrer notre budget carbone. 

Dans son dernier rapport, le GIEC a statué que pour stabiliser le climat à + 1,5 °C à la fin du siècle, il fallait que l’humanité dans son ensemble soit carboneutre en 2050. Comment faire ? C’est possible techniquement. Ainsi, un article paru dans Science, le 5 juillet (Bastin, J.F. et al. 2019), indique qu’une reforestation majeure et accélérée de plus d’un milliard d’hectares de forêts pourrait capter les 2/3 des dépassements historiques de l’humanité. Alors on plante ?

Une chose est certaine, on ne risque rien à réduire ses émissions, le bilan sera d’autant plus facile à équilibrer. Mais pourquoi attendre 2050 ? Il est possible aujourd’hui de rendre carboneutre des évènements, des produits, des installations industrielles, des villes et même des pays. Un palmarès récent a démontré que deux pays, le Bhutan et le Suriname, étaient déjà carboneutres et que 15 pays représentant environ 16 % de l’économie mondiale avaient des engagements pour être carboneutres en 2050 ou avant. Le 16 juillet, la nouvelle présidente de la Commission européenne a fixé cet objectif pour l’ensemble des pays de l’UE. Pourquoi pas une course à la carboneutralité ?

À vos marques…