Haro sur les bovins?

CHRONIQUE / Avec la sortie du nouveau guide alimentaire canadien, la montée du véganisme, les dénonciations des écologistes et des apôtres du bien-être animal, la consommation de viande de bœuf et de produits laitiers semble être devenue suspecte. On associe aussi la réduction de la consommation de viande rouge à la lutte aux changements climatiques. Qu’en dit la science ?

Je n’ai pas de compétences approfondies en nutrition et en santé, mais ce qu’on peut lire sur les avantages d’une diète plus riche en fibres et en légumes frais ne semble pas faire l’objet de controverses. Les médecins et nutritionnistes soulignent aussi les liens entre la consommation de viande rouge et certaines maladies. Fort bien : mangez mieux, vivez plus vieux. Mais comment la consommation de viande de bœuf et de produits laitiers est-elle mauvaise pour la santé de la planète ?

Dans le domaine de l’environnement, les principaux dommages qu’on attribue à l’élevage industriel des bovins sont multiples : déboisement de la forêt tropicale, consommation d’eau, production de gaz à effet de serre (GES) et réchauffement climatique. Il y a bien sûr anguille sous roche. Selon les analyses de cycle de vie recensées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les enjeux de la production de viande de ruminants sont sérieux. Dominée à 79 % par le bœuf, alors que la production de lait est attribuable à 83 % aux vaches laitières, la demande mondiale, qui devrait augmenter de 50 % d’ici 2050, soulève des préoccupations pour le climat. En effet, l’élevage des bovins était responsable globalement, en 2010, de 4,6 milliards de tonnes d’équivalent CO2 par année, soit environ 10 % de l’ensemble des émissions totales de GES de l’humanité.

Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas du CO2 qui est expiré par les animaux. Ces émissions-là ne sont pas comptabilisées puisqu’elles sont biogéniques comme notre propre respiration. Les émissions préoccupantes sont le méthane provenant de la fermentation entérique, le méthane et le protoxyde d’azote provenant de la gestion des fumiers, le protoxyde d’azote associé à l’usage d’engrais azotés pour la culture de leur alimentation et les émissions de CO2 liées à la consommation de carburants fossiles des tracteurs, du transport des animaux et de la production d’électricité. Enfin, la viande et les produits laitiers voyagent souvent sur de grandes distances et doivent être conservés au froid, ce qui occasionne des émissions de gaz réfrigérants qui contribuent eux aussi au réchauffement planétaire. Imaginez, un litre de lait dans le meilleur des cas produit environ 1 kilo de CO2 équivalent. Un kilo de viande de bœuf peut en produire jusqu’à 30 kilos, un peu moins au Québec si on considère la faible empreinte carbone de l’électricité et la production de viande des vaches de réforme dont l’empreinte totale est divisée entre le lait et la viande. La fermentation entérique provoquée par les bactéries de leur estomac produit du méthane et représente la plus grande partie de l’empreinte carbone avec 43 % et 46 % respectivement. Boire deux litres de lait par semaine correspond à brûler 40 litres d’essence par année, mais manger un seul steak de 150 grammes correspond à en brûler 2 litres. Comme les bovins sont une source de protéines de grande qualité pour alimenter les humains, il importe de savoir où se situent les sources d’émissions les plus importantes et où on peut intervenir pour les réduire.

En effet, cela peut être amélioré. On apprend dans une révision des études de cycle vie réalisées pour les producteurs de lait du Canada, qu’entre 2011 et 2016, les émissions de GES par litre de lait ont été réduites de 8 % en raison d’une augmentation de la productivité de 12,8 % par vache dans la même période et à des changements dans l’alimentation.

Haro sur les bovins ? Pas si vite, mais il faut y réfléchir.