Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Faire atterrir le développement durable

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Le grand défaut des utopies c’est qu’elles fonctionnent tant qu’elles restent des idées. Le discours politique les corrompt, l’avidité financière les salit, l’opportunisme sabote les plus savantes élucubrations. Rien n’empêche alors de rebaptiser l’utopie, d’opposer des chapelles et de débattre entre convaincus dans des festivals, des colloques, des discussions savantes entre exégètes, ou moins savantes qui ne mènent nulle part et alimentent la logorrhée des réseaux sociaux. Pour faire atterrir les utopies, rien ne sert de manifester, il faut agir. Mettre la main à la pâte et trouver des solutions.

Il y a plus de soixante ans qu’on craint que l’expansion de la population humaine dans des économies industrielles pose des risques aux équilibres planétaires. Le « printemps silencieux » de Rachel Carson en 1962 anticipait le désastre dû à l’incurie des acteurs du développement. Il y a cinquante ans cette année, le terme développement durable est apparu lors d’une réunion préparatoire à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement humain qui a eu lieu à Stockholm en 1972. L’intention était noble : permettre aux pays qu’on disait à l’époque sous-développés de répondre aux besoins de leurs populations croissantes sans détruire les ressources et l’environnement. Ces derniers réclamaient au contraire de suivre le même chemin que les pays industrialisés sans contraintes. Le développement durable offrait une alternative. Mais comme personne ne savait comment y arriver...

En 1987, le rapport Brundtland, puis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, avec l’Agenda 21, ont balisé la voie, mais il y avait encore loin de la coupe aux lèvres. La nature universelle et utopique du développement durable se heurtait au néolibéralisme triomphant et à la financiarisation de l’économie mondiale. Depuis, malgré la croissance économique, jamais les inégalités n’ont été plus prononcées et les équilibres planétaires plus menacés. En 2012, devant la lenteur des progrès, le Sommet Rio+20 a appelé à l’opérationnalisation du développement durable pour changer le cours des choses. Enfin, il n’y avait plus de distinction entre pays développés et pays en développement. Nous étions tous devenus des pays en voie de développement durable. Trois ans plus tard, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait l’Agenda 2030 pour le développement durable.

Les 17 objectifs de développement durable (ODD) comportent 169 cibles qui s’adressent à tous les pays qui doivent faire rapport de leurs avancements à intervalles réguliers. Le programme est universel, mais il doit être adapté à la réalité de chacun. Universalité ne veut pas dire uniformité. Les cibles des ODD doivent être considérées dans leur ensemble et à travers leurs interactions synergiques ou antagonistes. On doit appliquer une approche systémique et prendre en considération le cycle de vie. Enfin, il ne faut laisser personne de côté. Il y a donc place à l’empathie, à la générosité et à la pensée à long terme pour protéger les plus précaires, les générations à venir et la Nature.

Sommes-nous encore dans l’utopie? En réalité, l’Agenda 2030 nous offre des moyens de la réaliser par un processus qui s’appelle la localisation des ODD. C’est-à-dire l’appropriation des cibles des ODD par tous les acteurs, gouvernements, municipalités, entreprises, institutions et organismes de la société civile. Chacun doit, dans la mesure de sa mission, de ses compétences et de ses moyens, traduire en actions pertinentes ses contributions potentielles au développement durable. En adoptant un langage commun et des objectifs partagés, on peut y arriver.

C’est ce que la Ville de Québec a fait dans la préparation de sa Stratégie de développement durable 2030 qui est en consultation publique jusqu’au 9 avril. L’équipe de la Chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi a été étroitement associée à ce processus. Les outils que nous avons développés pour l’analyse systémique de la durabilité ont été très utiles. L’équipe de la Ville et ses partenaires ont réussi à faire atterrir le développement durable, à donner du sens et de la cohésion à leurs actions pour assurer la qualité de vie de leurs concitoyens. Nous nous attaquons maintenant à la localisation des cibles du développement durable dans un secteur industriel majeur. L’approche constructive de la localisation des ODD et la vision systémique suscitent l’adhésion. Voilà une façon de faire atterrir une utopie!