Éloge des arbres

CHRONIQUE / Peut-être avez-vous un arbre de Noël dans la maison. C’est chose commune chez nous en cette période de l’année. Mais au-delà de son rôle symbolique et de sa propension à accumuler les paquets bien emballés jusqu’à l’heure du dépouillement, avez-vous pensé à célébrer cet invité avec tout le respect qu’il mérite ?

Peut-être avez-vous un arbre de Noël dans la maison. C’est chose commune chez nous en cette période de l’année. Mais au-delà de son rôle symbolique et de sa propension à accumuler les paquets bien emballés jusqu’à l’heure du dépouillement, avez-vous pensé à célébrer cet invité avec tout le respect qu’il mérite ?

Les arbres sont des végétaux remarquables. Ils ont préfiguré la devise du Roi Soleil Louis XIV « Nec pluribus impar » (Je m’élève au-dessus de la masse) grâce à leurs tissus vasculaires composés de cellulose et de lignine qui forment le bois. Grâce à leur tronc, qui s’allonge et se rigidifie à mesure de leur croissance, les arbres peuvent déployer leurs feuilles au-dessus de tous les autres végétaux. Ils peuvent ainsi bénéficier de la lumière qui est essentielle à la photosynthèse et de l’eau qui est pompée des racines jusqu’au feuillage dans les vaisseaux du bois. En passant, avez-vous remis de l’eau à votre sapin récemment ?

Quand des arbres poussent près les uns des autres, ils sont en compétition pour la lumière et privilégient la croissance en hauteur. Lorsque la densité est moins grande, ils développent des branches basses et un feuillage plus compact. C’est pourquoi on cultive les sapins à quelques mètres l’un de l’autre. Le sauvageon qu’on coupe sur le lot de l’oncle Georges risque d’avoir une autre allure. En effet, les arbres adaptent leur forme aux conditions locales qui sont fortement influencées par la végétation environnante. Ils ont leur personnalité propre. D’ailleurs, les arbres communiquent entre eux. Par leurs racines, par l’intermédiaire des champignons du sol, mais aussi par des composés organiques volatils qu’ils vont émettre lorsqu’ils sont stressés. Ça sent dont bon un sapin, mais qui sait s’il n’est pas en train de crier « Au secours ! » ?

Il y aurait 3000 milliards d’arbres sur la planète, 7 milliards dans le seul bassin versant du Saguenay qui draine quand même l’équivalent de 1/6e de la superficie de la France. Il faut dire que si les forêts tropicales regroupent 26 % des arbres de la planète, les forêts boréales ne sont pas loin derrière avec 24 %. En revanche, le nombre d’arbres n’est pas un bon indicateur de l’activité biologique, car comme l’a constaté Catherine Potvin, une chercheure de l’Université McGill qui travaille au Panama, un seul arbre géant là-bas peut contenir autant de carbone qu’un hectare de forêt boréale. Selon certaines évaluations, il faudrait 1000 milliards d’arbres de plus en 2050 pour nous aider à résoudre la crise climatique.

Dans l’écosystème forestier, les arbres ont de multiples rôles qui favorisent la biodiversité. Ils captent bien sûr le CO2 et s’en servent pour constituer leurs tissus. Ils le transportent aussi dans le sol sous forme de sucres qui serviront à l’alimentation de leurs racines, mais aussi des champignons, bactéries et de la microfaune du sol. Ils perdent leurs feuilles et leurs branches qui contribuent aussi à former l’humus. Surtout, les arbres par l’évapotranspiration contribuent à maintenir l’humidité et à réguler les précipitations à l’échelle locale et régionale. C’est pourquoi on craint qu’avec les changements climatiques et l’ouverture du couvert forestier tropical, l’assèchement des forêts restantes et une amplification des feux. Finalement, les arbres créent une structuration verticale de l’écosystème, ce qui permet à des plantes et à des animaux spécialisés d’y occuper des niches écologiques particulières. C’est pourquoi la déforestation réduit autant la biodiversité.

Il faut respecter les arbres. Même l’humble sapin de Noël, quand il a terminé son heure de gloire au solstice d’hiver, peut encore se rendre utile si vous le portez à la collecte municipale. Comme agent structurant dans le compost, il favorisera la bonne santé des sols et y retiendra du carbone pour lutter contre les changements climatiques. N’est-ce pas une bonne raison pour le regarder partir avec une certaine sympathie ?