« L’écologie en action »

CHRONIQUE / C’était le titre d’une exposition de 36 tableaux produite par le Programme de l’Homme et de la Biosphère (MAB) de l’UNESCO à l’occasion de son dixième anniversaire en 1981. Chacun faisait la synthèse de projets de recherche menés un peu partout sur la planète pour imaginer une alternative au développement économique conventionnel.

À l’époque, j’en avais obtenu une copie à Paris. Avec quelques amis, nous l’avons fait circuler dans la région du Saguenay Lac-Saint-Jean. Vingt mille visiteurs avaient ainsi pu être sensibilisés au « développement durable » (DD), un terme qui était inconnu au Québec à l’époque. L’objectif était de faire de l’éducation à l’environnement dans une région qui en avait bien besoin. Au début des années 1980 en effet, le Québec était « un paradis de la pollution ». Il y avait du chemin à faire !

L’écologie est une science qui existe depuis la fin du 19e siècle. Elle étudie les interrelations des organismes vivants avec leur environnement. Très longtemps, les biologistes ont étudié les organismes, les communautés vivantes, l’évolution des milieux biophysiques et bien d’autres sujets fascinants dans le milieu naturel. Mais il est devenu évident, dans les années 1950, qu’une espèce avait dans son environnement d’énormes impacts sur les autres. L’écologie en action, c’était la manière dont il fallait concevoir la coexistence de l’humanité avec la biosphère dans le temps. Il fallait se relever les manches et agir au lieu de pleurer sur le lait renversé.

Le rapport Halte à la croissance, commandé par le Club de Rome en 1969, affirmait que la menace combinée de la pollution de l’environnement, de l’épuisement des ressources naturelles et de la pression démographique, laissait présager le pire à l’horizon 2010, selon les ordinateurs du MIT.

Depuis, l’humanité a doublé ses effectifs, l’urgence climatique menace, la biodiversité bat de l’aile, il y a du plastique et des traces de pesticides partout sur la planète. Suzanne et moi avons quatre petits-enfants, quel monde sommes-nous en train de leur laisser ?

Les concepteurs de l’idée de DD voyaient venir l’impasse. Ils ont proposé une réponse articulée au Club de Rome. L’écologie en action a fait son chemin et en 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement a établi la définition moderne du DD : « Un développement qui permet de satisfaire les besoins de la génération actuelle tout en préservant la capacité des générations futures de répondre aux leurs. »

Depuis, nous avons tenté de rendre le DD opérationnel avec des outils utilisables par les citoyens, les collectivités, les entreprises et les gouvernements. Ce sont des outils de questionnement qui permettent le dialogue et la confrontation des idées, mais aussi des outils d’analyse qui éclairent les incertitudes, les synergies et les antagonismes, et qui permettent d’établir des actions prioritaires dans le respect des personnes, des générations futures et des composantes de la biosphère. C’était notre modeste contribution à L’écologie en action.

Le DD est à la fois un objectif lointain et vertueux, une hypothèse optimiste sur la capacité des humains à résoudre des problèmes de manière pacifique, mais surtout un processus pour intégrer la durée, la complexité, l’incertitude, le respect et la générosité dans les prises de décision. Il est aussi fondé sur des théories issues de multiples disciplines des sciences naturelles, humaines et sociales, et il permet la transdisciplinarité par la participation des chercheurs, des citoyens et des professionnels du terrain.

C’est une révolution par rapport au modèle mortifère dans lequel on veut nous enfoncer sous prétexte d’une croissance économique hégémonique. Le DD offre des solutions innovatrices et réalisables, mais c’est un projet dans la durée.

Il s’agit d’éduquer le bébé plutôt que de le jeter avec l’eau du bain.

On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, mais L’écologie en action a permis de faire d’énormes progrès et elle est plus nécessaire que jamais.

Car le DD c’est beaucoup plus que la protection de l’environnement. Les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies touchent 169 cibles qui vont de l’éradication de la pauvreté et de la faim à l’égalité des genres, l’éducation pour tous, la protection des océans et des forêts, la réduction des gaz à effet de serre, l’adaptation aux changements climatiques, la santé à tous les âges, la paix, la justice, l’efficacité énergétique et j’en passe.

Les pays, les entreprises, les villes grandes et petites adhèrent aujourd’hui aux ODD et mettent en œuvre des plans d’action concrets pour contribuer à en atteindre les cibles. Dans les scénarios examinés pour la prochaine série de rapports du GIEC, l’application des 17 ODD est le seul qui nous permettra, en 2100, d’espérer une planète vivable et une humanité pacifiée, plus égalitaire, en meilleure santé et mieux éduquée. C’est ce que je souhaite pour les petits-enfants de nos petits-enfants.

Le DD a toujours été galvaudé. Les gens préfèrent les choses simples et les propositions binaires, les bons et les méchants.

Politiciens, entreprises et écologistes l’ont réduit à leurs intérêts immédiats dans des interprétations discutables. Dans le discours public, on en est encore au binôme économie-environnement. Mais à quoi doit-on s’attendre d’autre ? Faut-il abandonner le féminisme parce que certains politiciens ou groupes de pression ont galvaudé le terme ?

Depuis l’origine, le DD suscite des questionnements et beaucoup de gens se perdent dans des débats sémantiques plutôt que d’agir. Quand on agit, on dérange. Tant pis pour ceux qui ne veulent pas se salir les mains. Il est plus facile de rejeter que de construire. Bien faire et laisser braire, dit le proverbe. Longue vie à L’écologie en action.