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Environnement

Des limites à ne pas franchir

CHRONIQUE / Depuis une vingtaine d’années, la notion de points de bascule ou de seuils de non-retour titille la communauté des scientifiques qui s’intéressent aux changements climatiques. Par analogie, j’avais comparé cette question avec celle d’un fumeur qui demande à son médecin « combien de cigarettes est-ce que j’ai encore le droit de fumer avant d’avoir le cancer ». Bien malin le docteur qui peut répondre à une telle question. Il y a des seuils difficiles à déterminer, à plus forte raison lorsqu’on parle des mécanismes qui régulent le climat planétaire. On est donc confrontés à des dilemmes insolubles. Nous ne saurons que nous avons franchi l’un de ces points de bascule que lorsqu’il sera effectivement franchi et que le système se mettra à évoluer de façon erratique.

Dans un article publié dans la revue Nature le 28 novembre 2019, une équipe internationale de scientifiques qui travaille sur les frontières du système planétaire mettait en garde les gouvernements du monde à l’aube de la 25e conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques : « Les conséquences de franchir un point de bascule climatique pourraient être si catastrophiques pour l’avenir de l’humanité qu’il faut éviter à tout prix de s’en approcher davantage. »

Environnement

Peut-on sauver les coraux?

CHRONIQUE / L’évolution nous apprend que dans une grande population d’individus qui peuvent se reproduire librement, la proportion des allèles (formes de gènes différents) tend à demeurer constante d’une génération à l’autre si ces allèles ne présentent pas une valeur sélective. Cela s’explique par le hasard des combinaisons entre les gamètes. La valeur sélective est un avantage adaptatif qui permet à certains individus de survivre à des conditions hostiles du milieu mieux que les autres. Assez de théorie, voyons un exemple.

Les coraux sont des animaux invertébrés qui comptent environ 800 espèces. Ils ont deux stades vitaux. La phase juvénile (planula) est mobile dans le zooplancton. Ils dérivent alors dans la couche supérieure de l’océan où ils se nourrissent de microorganismes. La phase adulte (polype) est fixe. Certains peuvent aussi se multiplier de façon asexuée. Les polypes se fixent à une surface accueillante (souvent un récif corallien préexistant ou sur un fond rocheux propice). Là, l’animal se protège des prédateurs en secrétant une coquille de calcaire qui va s’élaborer tout au long de sa vie. Il se nourrit grâce à des algues symbiotiques comme les zooxanthelles ou en filtrant les particules qui passent à sa portée. Lorsque les polypes meurent, leurs squelettes restent en place et forment des récifs comme ceux qui composent la grande barrière australienne ou les atolls polynésiens. Les coraux se reproduisent en rejetant leurs gamètes mâles et femelles qui remontent à la surface où ils ont quelques heures pour se rencontrer.

Environnement

Carboneutre ou zéro-émissions?

CHRONIQUE / Une journaliste m’a demandé la semaine dernière de lui expliquer la différence entre les termes carboneutre et zéro-émissions qui sont utilisés de plus en plus couramment pour qualifier des produits, des services ou même des pays. Dans la perspective où les négociations sur le climat se tiendront dans quelques jours, lors de la 25e Conférence des parties (COP 25), à Madrid en Espagne, j’ai pensé partager cette réponse avec vous. En effet, on y discutera de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, dont l’objectif est de limiter le réchauffement du climat à moins de 2 degrés d’ici 2100. Pour cela, il faut impérativement que l’humanité atteigne la carboneutralité en 2050.

En anglais, la carboneutralité se traduit « net-zero-emissions ». Cela exprime la notion de bilan comptable. Il s’agit du bilan des émissions et des absorptions ou des suppressions d’émissions de gaz à effet de serre. En gros, chaque tonne de GES émise par une activité comme le transport doit être neutralisée par une absorption équivalente comme la plantation d’arbres supplémentaires. Un plus est annulé par un moins. On peut alors considérer que le bilan ne contribue pas au réchauffement du climat. Dans le cas d’un produit ou d’une activité carboneutre, il faut d’abord définir un périmètre de référence et établir un inventaire des sources d’émissions pour ensuite équilibrer le bilan avec des activités compensatoires. Le périmètre peut aller d’une installation, un bâtiment ou même englober l’ensemble du cycle de vie, de l’extraction des ressources jusqu’à la disposition des déchets.

Environnement

L’urgence de la prévention

CHRONIQUE / Le 13 novembre, le journal médical The Lancet publiait son rapport annuel sur les enjeux de la santé dans un monde en pleine crise climatique. Le constat n’est pas gai *. On peut y lire qu’un enfant né aujourd’hui devra vivre les conséquences d’un réchauffement du climat planétaire qui pourrait excéder 4 degrés, « si la tendance se maintient ». Si, dans un monde qui s’est réchauffé d’un degré à peine depuis un siècle, on peut déjà mesurer des impacts, imaginer le futur donne froid dans le dos.

Il y a deux semaines, je faisais par ailleurs une conférence à l’Association des médecins de langue française du Canada sur ce sujet. L’intérêt du monde médical pour le sujet n’est pas l’effet du hasard. En effet, si les humains d’hier se sont adaptés à tous les climats de la planète et à leur variabilité « normale », ils ont aussi adapté les plantes et les animaux dont ils se nourrissent, les bâtiments qu’ils habitent et leurs activités économiques à ce climat coutumier. Cette adaptation explique en partie notre santé et notre espérance de vie. Bravo ! Mais les choses risquent de ne pas être aussi évidentes dans les prochaines décennies.

Environnement

Concevoir des règles équitables

CHRONIQUE / Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et limiter le réchauffement du climat planétaire sous la barre des 2 degrés à la fin du siècle, il faudra que l’humanité soit carboneutre dès 2050. Le mois prochain, à Madrid, la 25e Conférence des Parties (CdP25) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) va tenter d’adopter des mécanismes de marché pour favoriser l’atteinte des objectifs des pays qui ont ratifié cette convention. Les États-Unis, qui se sont officiellement désengagés de l’Accord de Paris, sont toujours membres de la CCNUCC. On peut se douter que les sbires du président Trump seront là pour mettre du sable dans l’engrenage.

Plusieurs pays se sont engagés à la carboneutralité pour 2050. La semaine dernière, la Nouvelle-Zélande a même enchâssé cet objectif dans une loi. Lors de la campagne électorale qui vient de se terminer, le Parti libéral du Canada a promis que le pays serait carboneutre en 2050 s’il était élu. On verra comment cette promesse va évoluer vers un plan d’action sérieux. En effet, jusqu’à maintenant, la performance des gouvernements successifs à la tête du Canada a été très décevante. La promesse du premier ministre de planter 2 milliards d’arbres est sympathique, mais même si cela était fait au complet dans la seule année 2020, le total annuel des absorptions de CO2 qui en résulteraient en 2050 serait de l’ordre de 2 à 3 % des émissions actuelles du pays. Bref, il va falloir trouver un autre truc.

Par exemple, on pourrait mettre un moratoire sur tout nouveau développement dans les sables bitumineux et les gaz de schiste et interdire d’ouvrir de nouvelles mines de charbon. En Australie, une cour a bien rejeté l’ouverture d’une telle mine le mois dernier en arguant la contribution supplémentaire aux émissions de gaz à effet de serre qui en résulterait. C’est une première mondiale, mais ce genre de décision demeure anecdotique. Les règles du commerce international font qu’on peut impunément déplacer les externalités vers d’autres pays et ensuite importer des marchandises sans payer pour les dommages environnementaux. C’est ainsi que depuis la fin des années 1990, une proportion énorme de la production manufacturière a été délocalisée en Asie, à l’abri des contraintes antipollution.

Le défi est donc d’établir de nouvelles règles du jeu économique pour intégrer le coût du carbone de manière équitable pour les pays qui respectent leurs engagements. Comment cela peut-il se faire ? La solution est d’appliquer un prix élevé aux activités qui génèrent d’importantes émissions, ce qui va permettre une transition vers des modes de production plus propres. Il est démontré que c’est beaucoup plus efficace de faire cela que de subventionner la production d’énergie renouvelable. Cela peut se faire à l’intérieur d’un pays ou d’un groupe de pays comme l’Union européenne. Mais comment éviter la concurrence déloyale des pays qui n’imposeraient pas un tel prix sur leurs propres émissions ? 

C’est aux frontières que se trouve la solution. Toute marchandise importée devrait faire la preuve de son empreinte carbone et payer un droit compensatoire égal à celui en vigueur dans le pays importateur. Ainsi, par exemple, l’aluminium canadien vendu aux États-Unis bénéficierait de sa plus faible empreinte carbone que celui produit en Chine ou dans les émirats arabes. De même, les produits chinois que nous retrouvons sur les tablettes de nos magasins seraient taxés à la frontière en proportion de leur empreinte carbone. Tout le monde serait sur un pied d’égalité, ce qui répond à un principe économique de base.

Le principe est élégant, mais les forces en présence sont inégales. Il est peu probable que les États-Unis dirigés par Donald Trump souscrivent à une telle idée. Quant à la Chine, même si elle a amorcé sa transition vers une électricité plus propre, elle est très loin de la carboneutralité. Le Canada aussi d’ailleurs. 

Environnement

Les villes font partie de la solution

CHRONIQUE / Le monde municipal est au premier rang quand il s’agit de s’adapter aux effets des changements climatiques, mais qu’en est-il de lutter contre ce phénomène ? La question mérite qu’on s’y attarde. La mobilisation des jeunes appelle à l’engagement de tous.

Qu’ont en commun New York, Paris, Londres, Austin (Texas), San Francisco (Californie), Oslo (Norvège), Stockholm (Suède), Lisbonne (Portugal) et Venise (Italie) ? Ces villes font partie d’un groupe de 94 cités qui ont déjà plafonné leurs émissions et commencé leur décroissance. Le C40 est un regroupement de grandes villes qui ont pris l’engagement d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris, indépendamment de leurs politiques nationales, en utilisant les moyens qui sont à leur portée. Ainsi, il faut d’abord savoir mesurer, par des inventaires annuels, les émissions de GES qui sont sous leur responsabilité, pour ensuite travailler pour atteindre des cibles de réduction. La ville assume le leadership de concert avec les partenaires locaux et les gouvernements supérieurs s’il y a lieu. Il s’agit donc d’une approche d’amélioration continue menée de bas en haut.

Les grandes sources d’émissions sur lesquelles les villes peuvent avoir un contrôle sont surtout liées aux bâtiments (normes de construction, incitatifs au solaire, chauffage et climatisation, incitatifs à l’utilisation du bois de structure) Ce n’est pas négligeable. Pour la ville de Vancouver, par exemple, l’inventaire a montré que 60 % des émissions de GES étaient dans le secteur du bâtiment. Les villes ont aussi un parc de véhicules et d’équipements motorisés qui servent à des fins variées. Des normes d’achat de véhicules moins gourmands, hybrides ou électriques, peuvent soulager le bilan de GES de plusieurs points de pourcentage. Le C40 a préparé une trousse à outils pour aider les gestionnaires municipaux à réduire leurs émissions. On peut la trouver à https ://resourcecentre.c40.org/resources#cities-leading-the-way . 

On pourrait les appliquer ici. Lors d’une conférence que j’ai donnée récemment au congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités, j’ai reçu une très bonne écoute. On parle même de villes et de villages qui veulent être carboneutres avant 2030. C’est un défi intéressant et motivant pour les citoyens.

Les moyens à la disposition des municipalités du Québec sont toutefois limités, l’électricité que nous consommons ayant une très faible empreinte carbonique. Sauf aux Îles de la Madeleine et dans quelques villages nordiques isolés du réseau, l’efficacité énergétique dans le domaine électrique rapporte très peu de gains en termes de réductions de GES. Il faut donc agir ailleurs. À cet effet, les municipalités disposent du puits de carbone forestier. Les forêts absorbent le CO2, le principal GES. Les arbres le stockent sous forme de biomasse forestière. Tant qu’ils restent vivants, ce stock de carbone continue de grandir. Lorsque les arbres meurent, il faut souvent des décennies avant qu’ils ne se décomposent et rendent le CO2 à l’atmosphère. Lorsqu’ils sont coupés pour faire des produits durables comme des meubles ou du bois d’œuvre, le carbone y reste emprisonné. Ainsi, une nouvelle forêt peut repousser sur le même territoire et augmenter le stock de carbone.

Les municipalités ont aussi un rôle à jouer dans l’éducation et la sensibilisation des citoyens. Victoriaville, par exemple, encourage la construction de maisons à faible empreinte carbone et compense avec Carbone boréal les émissions liées au béton des solages pour ceux qui respectent les règles du programme.

Chacun peut prendre ses responsabilités pour lutter contre les changements climatiques. Les municipalités peuvent jouer un grand rôle à cet égard. Quand on constate la montée de l’angoisse des jeunes par rapport au climat, il est bon de pouvoir dire qu’on fait sa part.

Claude Villeneuve

Réussir grâce aux synergies

CHRONIQUE / L’histoire du vivant est généralement présentée comme une affaire de compétition. Seuls les mieux adaptés survivent et transmettent leurs gènes à la génération suivante. Cette idée occulte cependant le rôle de la coopération et des synergies entre des individus et des espèces. Celles-ci permettent des révolutions évolutives. L’association symbiotique des champignons et des cyanobactéries formant le lichen a permis, par exemple, la colonisation du milieu terrestre il y a plus de 500 millions d’années.

Nous sommes actuellement face à une crise climatique qui va remettre en question les fondements du système économique qui porte le développement de l’humanité depuis deux siècles. Pour stabiliser le climat à un niveau tolérable à la fin du siècle, on devra être carboneutre en 2050. Mais comment cela est-il possible ?

Opinions

Corridors pour la biodiversité

CHRONIQUE / Depuis une vingtaine d’années, les spécialistes de la conservation de la biodiversité ont constaté les effets pernicieux du découpage des habitats. Le morcellement provoque un phénomène d’isolement. L’effet de couper les unes des autres des populations de la même espèce limite leurs échanges génétiques et les fragilise par rapport à des changements dans leur habitat. Avec des espaces artificialisés de plus en plus étendus, les espèces qui ont besoin d’un grand espace vital sont défavorisées.

On a donc émis l’hypothèse que des corridors de forêts ou de milieux riverains pourraient aider aux espèces les plus fragiles à se déplacer entre des aires protégées pour satisfaire leurs besoins vitaux. Cette hypothèse revêt une importance particulière dans une période de réchauffement climatique où les espèces doivent se déplacer pour trouver des conditions plus favorables. Un peu partout dans le monde, on a appliqué cette approche, mais une étude réalisée sur 18 années d’observations en Caroline du Sud en a récemment montré le bien-fondé. Elle a été publiée dans la revue Science le 26 septembre 2019.

Claude Villeneuve

Faut-il couper plus de forêts ?

CHRONIQUE / La semaine dernière, le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a déclaré en substance « qu’il fallait couper plus de forêts pour lutter efficacement contre les changements climatiques », suscitant un tollé général. Au-delà des cris d’orfraie, qu’en est-il exactement ?

Dans son enthousiasme, le ministre a pris un raccourci dangereux avec des notions qu’il ne maîtrise sans doute pas vraiment. S’il est vrai que de jeunes arbres absorbent plus de CO2 par hectare qu’une forêt mature, pendant une certaine période de leur croissance, cela n’est vrai que partiellement. Selon les espèces, la vitesse de croissance est maximale après 20 à 30 ans et elle décroît ensuite après 50 ou 60 ans, pour s’arrêter dans les vieilles forêts. La vitesse de croissance est une bonne mesure de la quantité de CO2 captée par les arbres, donc de leur contribution à la lutte aux changements climatiques, mais elle n’est pas la seule. Les forêts plus vieilles poussent moins vite ou pas du tout, mais elles n’en font pas moins la photosynthèse. À la différence de la jeune forêt, le carbone s’accumule alors dans les sols et le bois mort. Tant que l’arbre n’est pas complètement décomposé, il reste dans l’écosystème une quantité de CO2 séquestrée qui ne contribue pas au réchauffement climatique.

Claude Villeneuve

La transition dans l’assiette

CHRONIQUE / Les restaurateurs et les gestionnaires de cafétéria ont peut-être plus de pouvoir sur la transition alimentaire qu’ils ne le croient.

Une étude effectuée à l’Université de Cambridge au Royaume-Uni laisse penser que les gens adoptent facilement une diète comprenant plus de végétaux que de viande si on leur offre ce choix. Dans un contexte où tout le monde doit faire quelque chose pour limiter les impacts des changements climatiques, il y a là un sujet à creuser.

Claude Villeneuve

Et maintenant, on fait quoi?

CHRONIQUE / La semaine dernière, l’attention médiatique en environnement a été monopolisée par la question du climat. Conférences de Greta Thunberg et de Valérie Plante au siège des Nations Unies, manifestations et grève pour le climat, publication d’un nouveau rapport spécial du GIEC sur la cryosphère et les océans, même les partis politiques en campagne fédérale ont fait part de leurs promesses. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Pour ma part, vous vous en doutez bien, je n’ai pas chômé, mais dans un registre tout autre.

La mobilisation de foules est une forme d’affirmation de l’angoisse qu’une partie de la population éprouve face à une situation jugée intolérable. En manifestant, on souhaite attirer l’attention des médias, et par conséquent des décideurs et des citoyens ordinaires. C’est un outil puissant, mais il a des limites. Les dernières mobilisations pour le climat mettent en vedette les jeunes. Ce qui est souhaité, c’est que les autres (lire les plus vieux) règlent le problème. En effet, les jeunes sont présentés comme les victimes innocentes de la gabegie climatique. Ils n’y ont bien sûr pas contribué beaucoup encore. Mais ils devront payer pour les pots cassés. C’est injuste et il faut le crier haut et fort. Mais après, qu’est-ce qu’on fait ?

Claude Villeneuve

L’Arctique en crise

CHRONIQUE / Cela fait plus de trente ans qu’on le sait: les changements climatiques vont produire d’énormes changements aux plus hautes latitudes, et particulièrement dans l’Arctique, où la masse continentale entoure un océan.

Normalement, après l’équinoxe d’automne, la glace s’installe progressivement sur l’océan Arctique qui est gelé sur toute sa surface en janvier. À certains endroits, la banquise s’épaissit tellement qu’elle n’arrive pas à fondre pendant l’été. On parle alors de glaces pluriannuelles. 

Depuis le début du 21e siècle, la superficie de glaces pluriannuelles diminue à une vitesse étonnante et il y a même des portions de l’océan Arctique qui ne gèlent plus pendant l’hiver. C’est ce qu’on a pu observer cette année dans la mer de Béring. Des systèmes de basse pression tirant l’air chaud du sud ont maintenu l’eau libre et fait dériver le peu de glace qui se formait vers le nord. Cela ne s’était jamais vu, selon les climatologues qui observent l’Arctique.

Opinions

Innover avec l’écologie

CHRONIQUE / L’écologie industrielle est un mode de pensée inspiré du développement durable. Dans les écosystèmes, les éléments sont recyclés localement alors que l’énergie et les matériaux sont consommés par les relations alimentaires entre les organismes vivants qui se partagent l’espace.

Par analogie, un parc d’entreprises qui sont situées à proximité les unes des autres et qui coopèrent dans la transformation d’une même ressource pour en tirer plus de produits et de services font partie d’un même écosystème industriel. 

On pourrait aller loin. En Islande, par exemple, où le volcanisme permet de capter de l’eau souterraine très chaude, une centrale géothermique qui produirait de l’électricité et de l’eau chaude pourrait alimenter un parc d’entreprises comprenant un complexe de serres, une pisciculture, une conserverie et créer ainsi un pôle bioalimentaire qui utilise l’énergie et les matériaux en s’alimentant les unes les autres et en recyclant sur place un maximum de matériel. Plus près de nous, on peut citer l’exemple de la scierie de La Doré qui valorise la totalité des grumes de bois en alimentant d’autres entreprises de la région.

Claude Villeneuve

L’idée est belle, mais…

CHRONIQUE / L’urgence climatique nous force à penser autrement notre développement. En effet, malgré les « efforts » déployés depuis 1990 pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES), elles ont augmenté de 40 % et continuent de croître encore cette année. L’automne dernier, le GIEC publiait un rapport qui concluait qu’il est encore possible de limiter l’augmentation de la température globale de la planète à 1,5 degré à la fin du siècle, mais pour y arriver, il faudra avoir réduit les émissions de 45 % en 2030 et devenir carboneutres en 2050. Méchant retournement !

Alors, quoi faire ? Pour viser les émissions zéro en 2050, il faut se lever de bonne heure ! Mais pourquoi pas rendre carboneutre toute nouvelle source d’émissions ? Toute nouvelle usine, toute nouvelle centrale électrique, mais aussi toute nouvelle auto, toute nouvelle bicyclette, tout nouveau tuyau de PVC sera dorénavant carboneutre ! L’idée est belle.

Environnement

Le choix du boeuf

CHRONIQUE / Les incendies qui ravagent la forêt amazonienne ont mobilisé l’attention internationale la semaine dernière. Et avec raison. L’immense forêt tropicale humide, principal réservoir de biodiversité des Amériques, comptait 41 000 foyers d’incendie contre 22 000 l’an dernier.

Contrairement à nos forêts boréales, dont les espèces sont bien adaptées à se régénérer après les incendies, les espèces tropicales ont peine à reprendre leur place après une conflagration. Les terrains qui résultent des incendies sont beaucoup plus pauvres et se régénèrent au mieux en herbacées. C’est d’ailleurs ce qui permet de les cultiver pendant quelques années ou d’y installer des pâturages pour l’élevage du bétail.

Opinions

Une pollution inutile!

CHRONIQUE / La chose est populaire. Trop facile peut-être ? Le service à l’auto dans les chaînes de restauration rapide est en tout cas un symptôme de l’incurie de certains de nos contemporains pour l’environnement. Et cette incurie est érigée en habitude. « Tout le monde le fait, fais-le donc ! » disait la publicité. Quel plaisir de vivre en troupeau tout en pensant être libre !

Les chaînes de restauration rapide sont un phénomène dont l’origine date de l’après-guerre aux États-Unis. Étroitement associé avec la démocratisation de l’automobile et l’expansion fulgurante des banlieues, le modèle économique qui a permis leur expansion est le plus énergivore et le plus gaspilleur de ressources qui ait jamais été inventé par les humains. Le service à l’auto est la partie visible de l’iceberg, mais l’ensemble de l’œuvre consomme énormément d’énergie et gaspille des ressources tout au long de la chaîne, de la production des aliments jusqu’à la disposition des déchets, dont la majorité ne sont pas recyclables. 

Cela pourrait faire l’objet de plusieurs chroniques. Mais revenons au service à l’auto. Plusieurs personnes m’ont posé des questions à cet égard cet été, surpris par les files de voitures qui attendaient pour recevoir leur commande en laissant tourner leur moteur.

Opinions

Une belle démonstration

CHRONIQUE / Les temps changent. Pour quelqu’un qui étudie les questions environnementales depuis plus de 40 ans, c’est l’évidence. Dans les années 1970, l’environnement était loin des préoccupations des citoyens et encore plus de celles de l’industrie. Il a fallu attendre 1980 pour que le Québec se dote d’un vrai ministère de l’Environnement. À l’époque, la majorité des entreprises rejetaient leurs déchets dans l’air et dans l’eau sans traitement et on trouve encore des sols contaminés par des années d’occupation industrielle. Bref, comme l’avait écrit Jean-Pierre Rogel, dans un livre publié chez Québec Science, éditeur en 1981, le Québec était un véritable paradis de la pollution.

À l’époque, l’industrie forestière ne laissait pas sa place. Au palmarès des pratiques courantes, on comptait le flottage du bois, le creusage des rivières, les rejets toxiques et les dépotoirs à écorces. La ressource était considérée comme infinie et l’efficacité était une vertu ignorée. Telle était la situation il y a quarante ans. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au début d’août, j’ai eu l’occasion de participer à une visite de terrain avec des acheteurs américains de produits forestiers québécois. Ils souhaitaient obtenir des réponses devant les affirmations de groupes écologistes qui accusent les forestiers québécois de gaspiller les ressources et de pratiquer la déforestation. Bien que je sois un observateur critique, j’ai eu de belles surprises.

Opinions

L’envers de l’assiette

CHRONIQUE / Samedi dernier, j’étais invité à un débat dans le cadre du congrès annuel de l’Association québécoise des distributeurs de fruits et légumes, à Québec. À cette occasion, on posait la question : « Quels seront les impacts de la recommandation de la plus récente édition du Guide alimentaire canadien de garnir de fruits et légumes la moitié de l’assiette ? » Dans une perspective de développement durable, c’est une question intéressante, car elle trouve des échos directs dans 15 de 17 objectifs de développement durable de l’agenda 2030 des Nations Unies.

L’alimentation est un besoin essentiel de tout organisme vivant. Les humains ne font pas exception, mais ils ajoutent une couche de complexité à la simple ingestion de calories. Nos choix alimentaires mettent à contribution les écosystèmes de la planète et justifient un système de production, de transformation et de distribution des denrées aussi diverses que les fruits et légumes bien sûr, mais aussi la viande de divers animaux, des poissons de toutes les mers, des céréales et des produits laitiers. Tout cela frais ou transformé au gré des cultures, des modes, des technologies et, plus généralement, des exigences des marchés et des réseaux de distribution.

Chroniques

Vers une agriculture urbaine

CHRONIQUE / L’humanité est urbanisée à plus de 50 % depuis 2008. Cette proportion devrait dépasser 75 % en 2050. Un peu partout, les villes s’accroissent en surface et les infrastructures pour les desservir, routes, aéroports, zones industrielles s’installent le plus souvent au détriment des terres agricoles. Comment peut-on dans cette conjoncture continuer à répondre à la demande pour des produits alimentaires frais s’il faut toujours aller plus loin pour trouver des terres ? Bien sûr, la logistique du transport et de la distribution permet à tout un chacun d’avoir la planète dans son assiette, mais cela se fait au détriment d’une empreinte écologique grandissante. Peut-on faire autrement ?

Depuis une vingtaine d’années, on voit de plus en plus de projets dans toutes les villes du monde pour réintégrer, à diverses échelles, une production d’aliments par ce qu’il est convenu d’appeler l’agriculture urbaine. Bien sûr, il ne s’agit pas de semer des céréales ou d’autres cultures extensives, mais bien d’utiliser les espaces disponibles pour faire une production intensive de légumes, de fruits ou de petits animaux comme les poules ou les lapins qui peuvent contribuer à nourrir la famille ou les marchés de proximité. Et les espaces ne manquent pas, de la cour arrière des maisons aux balcons, des toits aux usines désaffectées. On évalue que l’agriculture urbaine pourrait permettre de satisfaire de 3 à 15 % des besoins de la population d’une ville. C’est une contribution significative qui encourage les circuits courts et comporte de nombreux avantages en termes de développement durable.

Opinions

L’épreuve des faits

CHRONIQUE / C’est aujourd’hui ma 400e chronique publiée dans Le Quotidien depuis 2008. Avec le recul, cet exercice hebdomadaire m’a permis de vulgariser de nombreux sujets d’intérêt et les commentaires que je reçois des lectrices et des lecteurs sont la plupart du temps très positifs. Je voudrais vous remercier de votre fidélité. Le travail d’un universitaire n’est pas évalué sur ce genre de contribution, mais il me semble que c’est important de s’astreindre à cet exercice par respect du service public. Les sujets scientifiques sont quelquefois arides et il convient de les traiter avec respect et mesure, ce qui n’est pas toujours le cas dans les médias.

J’ai parlé très souvent des changements climatiques. C’est un sujet vaste que je fréquente depuis plus de 30 ans. Plusieurs de nos recherches ont contribué bien modestement à l’avancement des connaissances dans le domaine de la quantification des émissions de gaz à effet de serre (GES), du rôle de la forêt dans le phénomène, de la compensation carbonique et de l’adaptation aux nouveaux paramètres climatiques.

Chroniques

Le retour du condor californien

CHRONIQUE / Avec une envergure de trois mètres, le condor californien est le plus grand des oiseaux qui parcourent l’espace aérien nord-américain. L’espèce n’a aucun prédateur. Pourtant, en 1982, il ne restait plus que 22 individus vivants. Son épitaphe était déjà rédigée dans la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) où son statut est « pratiquement disparue » (critically endangered).

Les biologistes ont commencé à étudier le condor californien dans les années 1940, mais ils n’ont pu que constater son déclin sans trop comprendre par quel mécanisme disparaissait cet oiseau charognard. On en retrouve les traces fossiles il y a plus de 40 000 ans. À cette époque, il était associé aux mammouths et aux tigres à dents de sabre, une faune aujourd’hui disparue. Était-ce un déclin naturel ?

Claude Villeneuve

Le dilemme de la conservation

CHRONIQUE / Les plantes et les animaux vulnérables sont tributaires de certains habitats critiques. La biologie de la conservation postule que si l’on peut protéger l’habitat des dégradations occasionnées par une activité humaine, on devrait pouvoir maximiser les chances de maintenir des espèces et des populations en santé en protégeant leur habitat par des lois sévères qui limitent ces activités. L’habitat essentiel se définit quelques fois par des structures physiques, comme des îles pour la nidification des oiseaux marins, mais le plus souvent, c’est une combinaison de facteurs biologiques et physicochimiques qui définissent l’habitat et qui permettent aux espèces d’assurer leurs besoins essentiels, qui se résument à l’abri, l’alimentation et la reproduction.

L’été est à nouveau meurtrier pour les baleines noires de l’Atlantique. Cette espèce en voie de disparition, qui compte à peine 400 individus, vient d’obtenir une protection légale dans son habitat historique de la baie de Fundy. Malheureusement, elle n’y est plus. Depuis quelques années, elle se trouve de plus en plus souvent dans le golfe du Saint-Laurent, où s’est déplacée sa principale source d’alimentation. L’interférence de ces cétacés avec les activités de pêche et de transport maritime se traduit par une hécatombe. Ce sont des mammifères lents qui se nourrissent en surface. Résultat: elles sont heurtées par les grands navires lorsqu’elles croisent leur route ou s’empêtrent dans les câbles ou les filets des pêcheurs. En 2018, le gouvernement du Canada a tenté d’imposer des mesures de protection avec plus ou moins de succès. Bref, on a, après de décennies de travail et d’études scientifiques, établi une aire protégée là où il n’y a plus rien à protéger, et tout est à recommencer… Cela laisse songeur quant au dilemme de la protection des espèces menacées dans des espaces limités, dans un contexte de changements climatiques. C’est valable dans les océans comme sur les continents.

Claude Villeneuve

Dix milliards d’égaux

CHRONIQUE / L’augmentation de la population des humains sur la planète est un sujet de préoccupation pour plusieurs lecteurs de mes chroniques.

Évidemment, ils ont raison. Mais il faut voir plus loin que le simple nombre si on veut garder quelque raison d’espérer. Dans une perspective malthusienne, nous sommes condamnés à surexploiter les ressources jusqu’à la rupture des systèmes entretenant la vie. La catastrophe planétaire qui s’en suivra mathématiquement se traduira par l’effondrement des civilisations et par des épisodes de mortalité massive qui décimeront les humains en surnombre. 

La Nature, ou ce qui en reste, reprendra ses droits tant bien que mal, marquant ainsi la fin de l’ère qu’il est convenu d’appeler l’Anthropocène. Bienvenue à Hollywood !

Opinions

L’enjeu des grands vignobles

CHRONIQUE / Depuis le 19e siècle, la France a codifié un ensemble de cahiers de charges concernant les pratiques permises dans les territoires d’appellation d’origine contrôlée (AOC). Bien sûr, la provenance géographique est le premier critère. Même si on fait des mousseux dans plusieurs régions, il n’y a que de la région champenoise que peuvent provenir les Champagnes. De même, les variétés de vignes qui sont permises au sein d’une appellation et la quantité de raisins produite à l’hectare sont sévèrement réglementées. Pinot noir, Chardonnay et Aligoté sont les seuls cépages permis en Bourgogne pour porter l’appellation d’origine de cette région. C’est un système complexe qui vise avant tout à s’assurer de la qualité et de la typicité des vins.

Ce système a fait la réputation des vins français à l’échelle internationale, mais avec les changements climatiques, une réforme s’impose. En effet, si on peut cultiver du Cabernet Sauvignon et du Merlot en Australie, en Afrique du Sud, au Chili ou en Californie, il n’y a que dans la région de Bordeaux qu’on peut faire du Saint-Émilion. Les conditions climatiques particulières, la nature des sols et l’exposition des pentes sur chaque domaine donnent aux vins une personnalité propre. Le savoir-faire des viticulteurs fait le reste.

Claude Villeneuve

La course à la carboneutralité

CHRONIQUE / Les changements climatiques sont causés par un ensemble d’activités humaines qui changent la composition de l’atmosphère en y ajoutant plus de gaz à effet de serre (GES) que les écosystèmes n’arrivent à en recycler.

En raison de leur consommation d’énergie, toutes les activités humaines contribuent peu ou prou aux changements climatiques. En effet, plus de 80 % de l’énergie primaire utilisée sur la planète est d’origine fossile et il faut brûler les carburants à base de carbone pour produire de l’électricité, de la chaleur ou du mouvement. Cette combustion produit du dioxyde de carbone (CO2), qui est le principal GES. 

Mais le CO2 est une molécule indispensable à la vie qui est captée par les plantes et constitue l’assise de toutes les molécules organiques du vivant. Il se dissout aussi dans les océans, où il donne des carbonates qui forment les coquillages et éventuellement les roches calcaires. Dans le cycle du carbone, il y a donc des sources de GES, mais aussi des puits et des stocks.

Chroniques

Les rêves du marchand de sable

CHRONIQUE / Vous aimez la plage ? Regardez-la bien, car elle risque de disparaître faute de sable à la fin de ce siècle. C’est la conclusion partagée par un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et d’un autre du Fonds mondial pour la Nature (WWF). Le sable et le gravier sont les matériaux les plus exploités dans le monde. On estime qu’il en faut entre 32 et 50 milliards de tonnes par année. Le sable et le gravier sont bien sûr des intrants pour l’industrie du béton, mais aussi pour celle du verre et des composantes électroniques. Il a aussi des applications industrielles diverses, et on ne parle pas ici du grain de sable dans l’engrenage ! La grande incertitude sur les chiffres vient du fait qu’il n’y a pas de registres ou de statistiques fiables à l’échelle des pays, et encore moins à l’échelle mondiale, pour évaluer précisément ces prélèvements.

Mais il y a sable et sable. Le plus recherché vient des rivières qui le charrient à partir de dépôts situés en amont. Le sable de rivière est anguleux, ce qui le rend intéressant pour le béton. En comparaison, le sable des déserts, à force d’être roulé par le vent, est trop lisse pour la plupart des usages. Les rivières charrient aussi des cailloux qu’elles déposent selon leur granulométrie et qui constituent un excellent matériau pour faire des routes, comme le savent les ingénieurs avides d’eskers et de bancs d’emprunt. Avec une population humaine en croissance et une urbanisation accélérée, les marchands de sable s’en mettent plein les poches… Sans compter qu’il y a aussi des voleurs de sable qui pillent les ressources d’autres pays, particulièrement en Asie et en Afrique. Bref, on craint que la demande actuelle pour cet humble matériau dépasse le taux de renouvellement des stocks et qu’on puisse manquer de sable dès la moitié du siècle. En conséquence, le prix du sable va augmenter. Quel cauchemar pour les marchands de sable !

Chroniques

Hissez les voiles!

CHRONIQUE / Le transport maritime international a connu une augmentation fulgurante au cours des trente dernières années à la faveur d’une libéralisation du commerce et du transfert des activités manufacturières vers les pays émergents.

Conséquence ? La marine est aujourd’hui responsable de sept pour cent de la consommation mondiale de pétrole et contribue ainsi à une production annuelle d’émissions de gaz à effet de serre (GES) trois fois plus importante que celle du Canada. 

Malgré l’épisode protectionniste que nous vivons avec l’actuelle présidence américaine, il semble que la tendance soit lourde. Avec une population en pleine croissance et les prévisions de l’OCDE qui annoncent une multiplication de l’économie mondiale par un facteur quatre d’ici 2060, il faudra extraire et transporter 167 milliards de tonnes de matières premières contre 80 aujourd’hui. 

Une grande partie voguera sur les mers, soit comme matériel brut (vrac) ou comme produits manufacturés. Cela représente beaucoup de boulot en perspective pour les chantiers maritimes, mais aussi tout un défi dans un contexte d’urgence climatique !

Opinions

Agriculture bio: meilleure pour les abeilles

CHRONIQUE / Les impacts de l’agriculture conventionnelle sur les insectes pollinisateurs sont un sujet de préoccupation depuis plusieurs années. L’utilisation des herbicides et des insecticides à large spectre affectent aussi les insectes bénéfiques. Les insecticides les empoisonnent par l’alimentation ou par l’eau qu’ils contaminent. Les herbicides réduisent la diversité des fleurs qu’ils peuvent butiner. Or, la pollinisation est un facteur important pour la production agricole de fruits et de graines. Les producteurs le savent et font régulièrement appel aux apiculteurs pour s’assurer de meilleures récoltes.

La supériorité de l’agriculture biologique dans le maintien de la biodiversité n’est plus à démontrer. En bannissant les pesticides de synthèse, en protégeant les sols par des pratiques de fertilisation organique et en favorisant les synergies entre les plantes, les producteurs bio permettent à plus d’espèces végétales et animales de coexister. Plusieurs études ont démontré les bénéfices de ce type de culture sur les pollinisateurs sauvages, mais qu’en est-il des abeilles domestiques qui produisent le miel ?

Opinions

Le premier 20 %

CHRONIQUE / Une lectrice du Quotidien me demandait récemment quel était l’impact des excès de vitesse sur la pollution et la consommation de carburant. À voir la façon dont les gens conduisent « en cowboy » au Québec et plus particulièrement à Saguenay, la question prend tout son sens. Elle interpelle bien sûr la dimension environnementale du développement durable, mais aussi la dimension sociale et la dimension économique. Dans le modèle de la chaire en éco-conseil, les dimensions éthique, culturelle et de gouvernance sont aussi interrogées pour comprendre la complexité de ce phénomène et tenter d’y trouver des pistes de solution.

Dans le domaine énergétique, il faut distinguer l’énergie de la puissance. La seconde est la capacité d’une machine à utiliser ou à produire de l’énergie par unité de temps. Par exemple, une centrale électrique de 10 mégawatts ne peut pas produire plus que 10 mégawattheures par heure. De la même façon, un moteur d’une puissance de cent chevaux-vapeur (US) correspond à 74,5 kilowatts. Comme il y a 10 kilowattheures dans un litre d’essence, si la transformation était parfaite, il consommerait environ sept litres et demi de carburant à l’heure. Mais la transformation est loin d’être parfaite, car la combustion de l’essence dans un moteur a une efficacité de moins de 35 %. Donc, à pleine puissance, vous consommerez trois fois plus. Ainsi, plus un moteur est utilisé à fond, plus il consomme de carburant. La puissance des moteurs est rarement utilisée à fond. C’est surtout lors des accélérations et en lien direct avec la vitesse qu’on a besoin de puissance. En effet, plus on roule vite, plus la résistance de l’air est grande et il faut de la puissance pour la vaincre et maintenir sa vitesse. C’est à partir de ces bases simples qu’on peut comprendre qu’une conduite caractérisée par des accélérations brutales et par des excès de vitesse se traduira par une facture d’essence plus élevée. Sans compter le stress imposé aux autres composantes du véhicule, en particulier les pneus. Voilà pour le côté économique. Ça coûte plus cher de conduire en cowboy !

Opinions

« L’écologie en action »

CHRONIQUE / C’était le titre d’une exposition de 36 tableaux produite par le Programme de l’Homme et de la Biosphère (MAB) de l’UNESCO à l’occasion de son dixième anniversaire en 1981. Chacun faisait la synthèse de projets de recherche menés un peu partout sur la planète pour imaginer une alternative au développement économique conventionnel.

À l’époque, j’en avais obtenu une copie à Paris. Avec quelques amis, nous l’avons fait circuler dans la région du Saguenay Lac-Saint-Jean. Vingt mille visiteurs avaient ainsi pu être sensibilisés au « développement durable » (DD), un terme qui était inconnu au Québec à l’époque. L’objectif était de faire de l’éducation à l’environnement dans une région qui en avait bien besoin. Au début des années 1980 en effet, le Québec était « un paradis de la pollution ». Il y avait du chemin à faire !