Claude Villeneuve
Choisir le développement durable

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Choisir le développement durable

CHRONIQUE / Cette chronique complète une série de quatre. Nous y avons décrit un ensemble d’avantages en termes de développement durable de faire affaire avec les gens d’ici.

Pour en savoir plus, on clique ici.

Parmi les changements qu’on a observés durant la crise de la COVID-19 figure un certain engouement pour l’achat local. À la suite d’un appel à la solidarité du premier ministre du Québec, l’initiative du Panier bleu a été mise en ligne pour identifier des entreprises locales, mais pour le moment, il s’agit plus ou moins d’un bottin sans lignes directrices. Les fiches des commerces comportent peu ou pas d’informations autres que l’adresse physique et les coordonnées électroniques. Peut-on aller plus loin pour maximiser l’impact positif de l’achat local?

Claude Villeneuve
Le dilemme du transport

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Le dilemme du transport

CHRONIQUE / Mes deux dernières chroniques ont traité de l’achat de produits locaux et de circuits courts vus sous la lorgnette du développement durable. Aujourd’hui, nous verrons comment les distances influencent l’impact de nos achats sur les changements climatiques. La composante transport du cycle de vie des produits est souvent pointée du doigt pour disqualifier les produits qui viennent de loin. Mais ce n’est pas si simple.

En Amérique du Nord, la majeure partie du transport de surface des biens se fait par camions lourds. Sur le plan international, c’est le transport maritime qui est privilégié. Bien que gourmands en carburant, bateaux et camions transportent de lourdes charges. Pour mesurer leur contribution aux changements climatiques, il faut diviser la consommation du moteur par la charge utile transportée sur un kilomètre. Cela donne un facteur d’émission. On parle alors de grammes de CO2 par tonne-kilomètre. Ce facteur varie selon le type de navire ou de camion, mais le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques publie un facteur générique de 0,1873 kg par tonne-km pour les camions lourds et de 0,0057 kg par tonne-km pour les navires. Sur ces bases, la distance entre les ports de Shanghaï et de Montréal étant de 32 123 km par la voie maritime la plus longue, l’empreinte carbone d’un objet d’un kilo fabriqué en Chine sera de 183 grammes. Pour un kilo de tomates provenant du Mexique à environ 5000 kilomètres en camion, les émissions seraient de moins de 100 grammes de CO2.

Claude Villeneuve
Achat local et environnement

Environnement

Achat local et environnement

CHRONIQUE / Dans ma dernière chronique, j’ai tenté de démontrer que l’achat local et les circuits courts de production-consommation présentaient de nombreux avantages pour les dimensions économique, sociale, éthique, culturelle et de gouvernance du développement durable. Mais qu’en est-il pour la dimension écologique?

Il faut d’abord distinguer les composantes locales de l’environnement (eau, air, sol, écosystèmes) et les composantes globales (climat, biodiversité, acidification océanique, etc.). Toutes les activités humaines peuvent avoir des impacts qui se traduiront, selon la résilience des écosystèmes, par des séquelles temporaires ou permanentes susceptibles d’affecter les équilibres naturels ou la santé humaine à l’échelle locale. Dans le cas des composantes globales, c’est l’ensemble du cycle de vie qu’il faut considérer.

Claude Villeneuve
Du bon usage de l’achat local

Environnement

Du bon usage de l’achat local

CHRONIQUE / La sécurité et la qualité des produits des PME et des artisans du Québec font partie des éléments qui ont été mis en valeur par la COVID-19. Paradoxe de la crise qui plombe l’économie traditionnelle, plusieurs petites entreprises ont vu leur chiffre d’affaires et leur notoriété augmenter dans les derniers mois grâce à la promotion de l’achat local.

On a bien sûr lancé le Panier Bleu (https://lepanierbleu.ca/) pour faire la liste des produits et fournisseurs québécois, mais bien avant, des initiatives comme la Zone boréale (https://zoneboreale.com) s’activaient à faire connaître les producteurs de la filière agroalimentaire de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ce n’est pas qu’une bonne nouvelle économique, car la promotion des circuits courts amène de multiples bénéfices en termes de développement durable (DD). Mais cela survivra-t-il au déconfinement?

Claude Villeneuve
Le monde post-COVID sera-t-il plus vert?

Environnement

Le monde post-COVID sera-t-il plus vert?

CHRONIQUE / Depuis le début de la crise de la COVID-19, j’ai reçu beaucoup de questions concernant les changements que cette période tragique allait entraîner dans le domaine de l’environnement. Certains ont peur que le sujet passe au second plan, loin derrière la relance de l’économie. D’autres, au contraire, pensent qu’il y a matière à faire la démonstration qu’on peut vivre mieux en consommant moins et plus local. Enfin, certains entrevoient le début d’une grande transition socioécologique qui nous permettra de stabiliser l’évolution du climat et d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris. Une vraie révolution est-elle en branle ?

Ce n’est malheureusement pas si simple. La pandémie que nous vivons met certaines activités sur « pause », mais ne changera pas pour autant le modèle économique en profondeur. L’économie mondiale est tirée par la demande des consommateurs, un peu comme notre système pulmonaire est avide d’air pour satisfaire la demande de nos cellules en oxygène. Le ralentissement actuel de l’économie mondiale en raison du confinement est analogue à quelqu’un qui se met la tête sous l’eau. On cesse de respirer pendant quelques minutes pour mieux ventiler quand on ressort. D’ailleurs, la volonté affirmée des gouvernements de redémarrer au plus vite la croissance économique est universellement partagée. Au lendemain de la crise, nos sources d’énergie primaires seront les mêmes qu’avant. La COVID n’a fait fermer aucune centrale au charbon.

Claude Villeneuve
Le côté sombre des applis de transport

Environnement

Le côté sombre des applis de transport

CHRONIQUE / Il y a dix ans, quand Uber a introduit la première application de transport permettant aux automobilistes de faire profiter les piétons de leur voiture pour se déplacer plus aisément en ville, nombreux sont ceux qui ont cru que cette forme d’économie de partage serait avantageuse pour l’environnement. Ce n’est pas ce que conclut un rapport publié la semaine dernière par l’ONG américaine UCS (Union Of Concerned Scientists).

En 2018, Uber avait enregistré plus de 10 milliards de courses aux États-Unis alors que Lyft, un concurrent, en avait 1 milliard. L’industrie du taxi, en comparaison, a perdu la moitié de son achalandage depuis 2012 et ne représente plus que le cinquième du volume des courses, tous fournisseurs confondus. Bien sûr, lorsque le conducteur partage son véhicule, on peut imaginer qu’on le rend plus efficace, puisqu’il transporte deux personnes plutôt qu’une, à condition qu’ils se rendent à la même destination. En plus, cela pourrait représenter un véhicule de moins dans la congestion. Mais cela cache une réalité pas mal moins reluisante. Même si les véhicules qui offrent ce service sont en moyenne moins gourmands et plus récents que la moyenne des véhicules personnels du parc automobile américain, l’UCS a calculé qu’un kilomètre parcouru avec ce genre de service était 47 % plus polluant qu’avec une auto personnelle. Cherchez l’erreur.

Claude Villeneuve
La crise de la COVID-19, un répit pour le climat?

Environnement

La crise de la COVID-19, un répit pour le climat?

CHRONIQUE / La pandémie de COVID-19 peut-elle être bénéfique pour le climat planétaire ? Est-ce que cela pourrait nous permettre d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris ? Voyons de quoi il en retourne.

Dans la période de décembre 2019 à mars 2020, la Chine, plus grand pays émetteur de gaz à effet de serre (GES) de la planète, a réduit sa consommation de carburants fossiles de 25 à 30 %. Depuis le début mars, des mesures ont été prises pour limiter la vitesse de propagation de la pandémie. Les conséquences sur le tourisme sont dévastatrices. Plusieurs industries en Europe, au Canada et aux États-Unis ont réduit ou interrompu leur production. La consommation des ménages est fortement affectée par l’insécurité économique et la fermeture des commerces non essentiels. Les émissions de GES à l’échelle mondiale devraient donc être considérablement abaissées. C’est bien le cas, mais de combien ?

Claude Villeneuve
Pour une conservation adaptative

Chroniques

Pour une conservation adaptative

CHRONIQUE / Historiquement, la création des parcs nationaux de conservation a été motivée par la volonté de préserver des paysages exceptionnels ou des espèces rares qui occupaient un territoire donné. Le modèle classique de prise de décision relevait d’études scientifiques qui motivaient la valeur exceptionnelle du lieu à conserver. Ensuite, les gouvernements identifient des projets d’aires protégées, lesquels doivent passer à travers un mécanisme complexe, qui dure souvent des décennies, pour les soustraire par la loi à tout autre usage que la conservation, la recherche et l’éducation. Bref, établir une aire de conservation demande beaucoup d’efforts et fige la destinée d’un territoire et de ses ressources pour longtemps. Mais quelle est l’efficacité de figer dans l’espace une aire de conservation dans un contexte de changements climatiques ?

Les animaux et les plantes sont soumis aux conditions du climat. Ils doivent s’y adapter tout au long de leur vie et dans la mesure de leur capacité à migrer, ils ne vont pas rester dans un endroit où les conditions ne leur conviennent plus. Même si la loi définit les frontières géographiques d’une aire protégée, il est de notoriété publique que les organismes vivants ne se soumettent pas à la loi des hommes ! En plus, les législateurs n’ont jamais, jusqu’à maintenant, considéré les effets des changements climatiques dans la définition des territoires de conservation. On a créé des parcs de conservation en milieu terrestre depuis le 19e siècle et leurs limites ont rarement été changées, même si le climat local a augmenté de plus d’un degré Celsius depuis.

Claude Villeneuve
Les limites de l’analogie

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Les limites de l’analogie

CHRONIQUE / Dans un article publié le 13 mars dans Le Droit, Patrick Duquette faisait un parallèle entre la pandémie de la COVID-19 et les changements climatiques. J’ai trouvé cela très intéressant et pertinent. Toutefois, l’analogie présente des limites que j’aimerais partager avec vous.

Le parallèle réside dans la notion de menace planétaire dans laquelle l’action individuelle joue un grand rôle pour gérer le problème. M. Duquette constate que la différence dans la vitesse de réaction des gouvernements vient du fait que la COVID-19 est perçue comme une menace immédiate alors que les changements climatiques sont perçus comme une menace lointaine. C’est un très bon point. J’ai aussi bien aimé le parallèle entre les climatosceptiques et les anti-vaccins. Il y a, en effet, dans les deux cas, un refus de reconnaître l’évidence scientifique et de se conforter en citant des études bidon. Mais là s’arrête l’analogie.

Claude Villeneuve
Le fossé continue de s’agrandir

Environnement

Le fossé continue de s’agrandir

CHRONIQUE / En 2010, au lendemain de la conférence de Copenhague, on évaluait que l’humanité avait trente années pour mettre en oeuvre des moyens pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre de manière à stabiliser le climat planétaire à la fin du siècle sans dépasser la cible de 2 degrés Celsius. Les pays s’étaient engagés à déposer à la conférence de Cancún des plans concrets pour y arriver. Mauvaise nouvelle : les émissions ont continué d’augmenter (+14 %) et il ne reste plus aujourd’hui que 10 ans avant que la cible ne soit plus à notre portée.

La semaine dernière, la revue Nature publiait une synthèse résumant les enjeux soulevés par le rapport Emission Gap publié depuis 2010 par le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Cette publication annuelle mesure le fossé entre les engagements des États et ce qu’il faudrait faire pour atteindre cet objectif à l’aune des émissions mesurées. C’est consternant. En dix années de discussions et de promesses, nous avons gaspillé les deux tiers de la marge de manoeuvre qui nous restait. Pire encore, les engagements pris par les pays, loin de réduire les émissions à l’horizon 2030, s’ils sont réalisés – et ce n’est pas gagné –, se traduiront par une légère augmentation des émissions de GES annuelles. Bref, la gouvernance climatique au niveau politique ne semble pas donner de résultats. Le fossé entre les promesses et les résultats s’est multiplié par quatre en une décennie. Bravo ! Pour atteindre la cible de 2 °C, il faudrait que les émissions globales baissent de 3 % par an dès 2020 jusqu’en 2030 et continuent de le faire par la suite. Pour atteindre le 1,5 °C, il faudrait une baisse de 7 % par année… Ça va prendre plus qu’un coronavirus !

Claude Villeneuve
Changer la perspective ?

Environnement

Changer la perspective ?

CHRONIQUE / Lorsqu’une situation paraît sans issue, il s’agit parfois de changer de perspective pour trouver des solutions innovantes. Cela peut se faire en élargissant le champ des possibles, par exemple en adoptant une vision plus globale du problème, ou en demandant à des acteurs externes de participer à la discussion. Les anglophones disent: « Think outside the box. » Dans d’autres cas, il faut provoquer un renversement radical de perspective. Si, par exemple, on considérait le CO2, principal gaz à effet de serre affectant le climat planétaire, comme une ressource au lieu de le considérer comme un déchet ?

J’ai participé la semaine dernière à un colloque sur le thème de la valorisation du CO2. C’était fort intéressant. Si le CO2 devenait un intrant industriel plutôt qu’un polluant atmosphérique, quelqu’un paierait pour s’en approvisionner plutôt que pour s’en débarrasser. Le banquier salive ! Mais que peut-on faire avec du CO2 ?

Claude Villeneuve
Faut-il boycotter les avions?

Environnement

Faut-il boycotter les avions?

CHRONIQUE / On entend beaucoup parler de la nouvelle tendance : boycotter les vols aériens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) qui causent le réchauffement du climat planétaire. Au-delà du symbole, on peut se poser la question de l’efficacité d’une telle mesure. L’aviation représente actuellement 2,5 % des émissions mondiales de GES, ce qui est quand même plus de deux fois les émissions canadiennes.

Depuis les années 1970, le nombre de passagers transportés double tous les 15 ans et a atteint 4,3 milliards en 2018. Heureusement, les avions d’aujourd’hui sont pas mal moins gourmands que les vieux DC 9, mais cette tendance est effectivement très inquiétante, car la croissance de la demande ne semble pas vouloir ralentir. Alors, faut-il voyager autrement ? Quelles sont les alternatives ? L’avion est-il plus polluant que les autres moyens de transport ?

Claude Villeneuve
Enfin une réforme de la GMR

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Enfin une réforme de la GMR

CHRONIQUE / La gestion des matières résiduelles (GMR) est un sujet dont la majorité des gens préfèrent ne pas entendre parler. Dans notre société de consommation, où l’on achète toujours plus de choses produites en masse, la multiplication des déchets a peu de place dans la presse... sauf lorsqu’il y a crise.

C’est bien normal, me direz-vous ? On achète le yogourt, pas le pot ! On achète l’ivresse, pas le flacon, pour paraphraser le proverbe. Justement. S’il faut des emballages pour protéger les produits qu’on consomme, il y a quelqu’un qui doit les payer. Le producteur refile le prix de l’emballage dans la facture du consommateur. C’est normal. À qui d’autre devrait-il aller ? En revanche, une fois que cet emballage a fini son utilité, il devient une matière résiduelle. Une fois qu’il est souillé et mélangé à d’autres sous-produits de la consommation, qui paie pour la suite de son cycle de vie ?

Claude Villeneuve
La menace silencieuse

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La menace silencieuse

CHRONIQUE / Le climat planétaire se réchauffe. Depuis plus de 30 ans, les preuves s’accumulent à mesure qu’on investit des efforts de mesure dans tous les pays. L’agence américaine qui s’occupe de l’atmosphère et des océans, la NOAA, publie en continu des données et analyses qui nous permettent de mieux comprendre le phénomène. Mais si la température moyenne de l’atmosphère est un indicateur du réchauffement du climat, il en est un autre, moins spectaculaire, mais encore plus significatif qui ne fait pas souvent la manchette. L’augmentation de la chaleur accumulée dans les océans est une menace silencieuse qui va déterminer le climat dans les prochaines décennies.

Dans son rapport annuel sur le climat planétaire, la NOAA présente plusieurs informations importantes. On y apprend que 2019 a été en moyenne la deuxième année la plus chaude enregistrée depuis 1880, tout juste derrière 2016, mais aussi que les cinq dernières années occupent les cinq premiers rangs du palmarès. Les mois de juin et de juillet 2019 détiennent le record de chaleur mensuel historique. 

L’année dernière détient aussi le record de chaleur sur les océans dans l’hémisphère nord et sur les continents dans l’hémisphère sud. On y apprend plusieurs informations intéressantes sur les conditions de température et de précipitations locales. Preuve que le réchauffement global ne se matérialise pas également partout, janvier 2019 a connu un record de froid au Canada. 

Mais tout cela est bien évidemment lié à la nature de l’atmosphère. Composé de gaz, l’air se réchauffe ou se refroidit rapidement, il voyage sur de grandes distances, à la faveur des vents, et transporte somme toute relativement peu d’énergie par kilomètre cube de volume.

Claude Villeneuve
Laissez parler la nature!

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Laissez parler la nature!

CHRONIQUE / J’ai beaucoup de problèmes à écouter des documentaires animaliers. Pour cause ! Si les cinéastes font un travail exceptionnel pour capter les images spectaculaires qui nous émerveillent, les bandes sonores heurtent trop souvent ma rigueur scientifique. Bien sûr, on veut vulgariser. Mais il ne faut pas, sous prétexte de dramatiser les choses, introduire des faussetés, même si elles semblent des explications naturelles. Il m’arrive quelquefois de souhaiter voir le film en supprimant le son tellement c’est grossier et exagéré.

Par exemple, lorsqu’on nous affirme que « l’animal a évolué pour une raison X ». Rien n’est plus faux ! L’évolution est un processus qui n’a pas d’objectif. La nature n’a pas de projet ! Ceux qui survivent donnent naissance à la prochaine génération s’ils ont été mieux en mesure de faire face aux difficultés de leur environnement. Si l’orignal mâle a un gros panache, c’est simplement parce qu’il y a un avantage sélectif, donc un meilleur succès reproductif. Cet avantage n’est pas destiné à combattre, mais bien à éviter le combat. Surpris ? Le bilan des avantages et des inconvénients joue en faveur de celui qui a les bois les plus imposants. Point.

Claude Villeneuve
Le défi de Microsoft

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Le défi de Microsoft

CHRONIQUE / La semaine dernière, le géant de l’informatique Microsoft a causé une commotion en annonçant que l’entreprise allait devenir carbonégative en 2030 et effacer toutes ses émissions de gaz à effet de serre historiques en 2050. On imagine Bill Gates disant à Jeff Besos « La mienne est plus petite que la tienne ! », parlant bien sûr de son empreinte carbone. Est-ce sérieux ?

Attention aux détails. S’il est possible de rendre carboneutre une entreprise, aussi grosse fût-elle, il faut considérer plusieurs conditions pour que cette affirmation soit crédible. La carboneutralité est une mesure volontaire, basée sur une approche comptable normalisée. Il faut donc des règles du jeu claires, un périmètre opérationnel défini, des inventaires complets et transparents, des projets de compensation de qualité et, bien sûr, une vérification diligente faite régulièrement par des gens compétents. Pour être crédible, une affirmation de carboneutralité doit se faire avec transparence. Naturellement, il y a des enjeux différents si on veut rendre carboneutre un événement, un voyage, un équipement, une ville, un pays ou une transnationale de l’envergure de Microsoft. Ici, pas question de se contenter de compenser en ligne !

Claude Villeneuve
25 ans, minimum !

Environnement

25 ans, minimum !

CHRONIQUE / La semaine dernière, à l’occasion d’un court séjour à Montréal, deux rencontres m’ont inspiré ce titre, paraphrasant l’humoriste Michel Barrette dans son personnage de Roland Hi Ha Tremblay . Le recul du temps permet de comprendre l’évolution d’une société. Ce n’est pas toujours drôle de vieillir, mais c’est clairement mieux que l’alternative.

Il y a trente ans cette année que j’ai publié mon premier livre sur les changements climatiques, Vers un réchauffement global ?, écrit avec mon collègue Léon Rodier, professeur de chimie au Cégep de Saint-Félicien, et préfacé par Pierre Dansereau, le père de l’écologie au Québec. D’où nous était venue l’idée de publier ce livre à une époque où bien peu de monde se préoccupait du climat planétaire ? La création du GIEC en 1988 avait piqué notre curiosité.

Claude Villeneuve
La question qui tue

Environnement

La question qui tue

CHRONIQUE / On a beaucoup parlé cette semaine des impacts des feux en Australie sur les animaux. Ceux qui peuplaient les massifs forestiers et les broussailles ravagés par les incendies sont morts par centaines de millions. Il faut dire que les superficies affectées sont immenses et interconnectées. Cela limite la possibilité pour les survivants de se relocaliser et de trouver ailleurs de la nourriture.

Les incendies sont des événements naturels qui se produisent périodiquement dans les écosystèmes terrestres. Selon leur intensité et leur fréquence, ils modèlent le paysage végétal. Comme ce phénomène existe depuis des millions d’années, la plupart des végétaux sont adaptés à ces perturbations et présentent des stratégies pour recoloniser le territoire après les conflagrations. Chez nous, par exemple, les épinettes noires et les pins gris ont des cônes qui résistent à la chaleur de l’incendie. Dans les trois années suivant le feu, les cônes s’ouvrent pour laisser tomber une pluie de graines qui vont germer pour recoloniser le territoire. Les bleuets ont des rhizomes enfouis dans le sol qui redonneront du feuillage dès la saison suivante. D’autres plantes ont des graines qui peuvent survivre jusqu’à un siècle et germer après l’incendie. Dans les prairies naturelles, où les feux sont communs, les herbacées ont des stratégies comparables.

Claude Villeneuve
La mode et 
la durabilité

Environnement

La mode et la durabilité

CHRONIQUE / Se vêtir fait partie des besoins humains fondamentaux. Bien paraître, attirer les regards, s’afficher comme membre d’un groupe, d’une classe d’âge ou encore se distinguer de la masse réfèrent quant à eux au besoin d’estime de soi. Ce sont des besoins qui peuvent être rationalisés. Mais la petite dose de sérotonine qui accompagne l’acte de consommer satisfait un besoin qui relève du cerveau reptilien et cela est beaucoup plus dur à contrôler.

Avec ces trois niveaux de satisfaction, il n’est pas étonnant que l’industrie mondiale de la mode soit l’une des activités économiques les plus importantes et qu’elle ait un avenir prospère à mesure que les effectifs humains s’accroissent et s’enrichissent. Mais la mode a aussi son revers. On calcule que cette industrie est responsable de 20 % des eaux usées et de 10 % des émissions de gaz à effet de serre de l’humanité. En effet, pour produire des vêtements, il faut des cultures très exigeantes comme le coton, des colorants, souvent toxiques, une masse de plastiques issus du pétrole et bien sûr de l’électricité, de la chaleur et du transport qui consomment des carburants fossiles. Mais surtout, par essence, la mode est éphémère. Avez-vous fait l’inventaire de vos penderies récemment ? La mode produit d’énormes quantités de déchets, surtout lorsque les vêtements sont de mauvaise qualité et cela ne fait qu’empirer avec le commerce en ligne. Gaz à effet de serre, plastiques, colorants toxiques, engrais chimiques, déchets… n’en jetez plus, la cour est pleine !

Claude Villeneuve
Savoir s’inspirer des meilleurs

Environnement

Savoir s’inspirer des meilleurs

CHRONIQUE / Cette année, tant le gouvernement du Québec que celui du Canada doivent adopter un nouveau plan de lutte aux changements climatiques pour atteindre leurs cibles de réduction des gaz à effet de serre. Ces cibles volontaires, souscrites envers la communauté internationale dans le cadre de l’accord de Paris, ne sont pas contraignantes. D’une certaine façon, c’est une question d’honneur national, mais c’est aussi un puissant moyen pour stimuler l’innovation dans l’économie, comme l’ont compris les pays scandinaves.

L’ancien Commissaire au développement durable (CDD) du Québec, Jean Cinq-Mars, dans son rapport de 2016, incitait le gouvernement du Québec à s’inspirer de la Suède. La recommandation est demeurée sans effet et les résultats que déplorait le CDD sont encore plus mauvais cinq ans plus tard. Mais qu’a de particulier le modèle suédois ?

Claude Villeneuve
Cinq résolutions pour 2020

Claude Villeneuve

Cinq résolutions pour 2020

CHRONIQUE / On a tourné encore une page du calendrier. L’entrée dans un nouveau cycle astronomique est un moment favorable pour se projeter dans un avenir proche. Nos ancêtres en profitaient traditionnellement pour prendre les célèbres résolutions du jour de l’An. Pourquoi ne pas regarder ce qu’on pourrait faire différemment en 2020 ? On n’en aura pas trop de 366 jours pour tout réaliser !

Première résolution ? Élargir ses horizons. C’est la mère de tous les changements. Nul besoin de faire un pèlerinage à Katmandou ! Lire un livre par mois sur un sujet, un pays, une période historique ou une culture différente de la sienne peut très bien faire l’affaire. La bibliothèque municipale et le libraire vous attendent ! Mais cela peut aussi se réaliser en s’informant à de nouvelles sources, plutôt que de se confiner dans le même cercle d’influence, lequel ne fait qu’enraciner ses préjugés. S’ouvrir l’esprit à des façons différentes de concevoir le monde peut nous aider à mieux mettre en perspective les « évidences » qui nous sont imposées par le conformisme. La liberté n’est certes pas limitée à « faire comme tout le monde » parce que tout le monde le fait. Vous êtes écologiste ? Allez lire ce qu’on discute au Forum économique de Davos… Vous verrez peut-être la décroissance et la mondialisation d’un œil nouveau. Et vice versa.

Claude Villeneuve
Il n’y en aura pas de facile!

Environnement

Il n’y en aura pas de facile!

CHRONIQUE / L’année 2019 a été une année difficile pour la transition vers une société sobre en carbone. D’immenses feux de forêt en Alaska, en Californie, dans l’Ouest canadien, en Sibérie, en Amazonie et maintenant en Australie viennent de remettre en circulation des centaines de millions de tonnes de carbone qui était stocké dans la biomasse. Il faudra des décennies pour que ce carbone soit récupéré par la régénération des forêts, si c’est possible. Cette multiplication des grandes conflagrations fait partie des conséquences prévisibles d’un climat planétaire qui se réchauffe. Les températures extrêmes observées en Arctique l’été dernier et en Australie cet hiver vont aussi dans le même sens.

Comme si on avait besoin de cela, le rapport annuel du budget carbone a encore montré une augmentation des émissions provenant des carburants fossiles et du ciment. La quantité de CO2 qui reste dans notre budget avant d’avoir dépassé la possibilité de stabiliser le climat à moins de deux degrés s’amenuise de plus en plus vite. À ce rythme, on va vers le scénario du pire. Malgré ces évidences, la Conférence de Madrid n’a pas réussi à conclure d’entente sur les moyens de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Pendant ce temps, le président Trump poursuit en justice la Californie pour ses efforts de réduction des émissions et sape systématiquement les modestes réglementations environnementales mises en place par son prédécesseur. Le nouveau gouvernement du Canada affirme sans honte que le pétrole des sables bitumineux est une « énergie pour la transition ». Annus horribilis !

Claude Villeneuve
Réussir les transitions

Environnement

Réussir les transitions

CHRONIQUE / Les trois dernières décennies ont été déterminantes pour l’avenir de l’humanité. Le monde a changé profondément en termes de rééquilibrage des pouvoirs politiques et économiques. Cela a provoqué une amplification sans précédent de l’impact de l’humanité sur le climat. Au lieu de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre au niveau de 1990, comme le souhaitaient en 1992 les signataires de la Convention-cadre sur les changements climatiques, ces émissions ont augmenté de plus de 60 %. L’échec de la 25e Conférence des parties à Madrid ne laisse rien présager de bon pour la nécessaire transition écologique vers une société sobre en carbone. De nouveaux problèmes, comme la multiplication des déchets de plastique dans les océans, sont aussi préoccupants.

Pendant la même période, les technologies de l’information et de la communication, la délocalisation et la robotisation accélérées de la production industrielle ont permis de fournir aux consommateurs, partout dans le monde, des biens manufacturés peu coûteux. Avec l’intelligence artificielle, le monde industriel s’engage dans l’ère 4.0, ce qui devrait avoir comme conséquence la transition numérique vers une économie encore plus effrénée et dématérialisée. Peut-on réussir à la fois la transition numérique et la transition écologique ? Ou, au contraire, la première ne fera-t-elle qu’amplifier la crise climatique ? Le développement durable peut nous donner des pistes.

Claude Villeneuve
Éloge 
des arbres

Chroniques

Éloge des arbres

CHRONIQUE / Peut-être avez-vous un arbre de Noël dans la maison. C’est chose commune chez nous en cette période de l’année. Mais au-delà de son rôle symbolique et de sa propension à accumuler les paquets bien emballés jusqu’à l’heure du dépouillement, avez-vous pensé à célébrer cet invité avec tout le respect qu’il mérite ?

Peut-être avez-vous un arbre de Noël dans la maison. C’est chose commune chez nous en cette période de l’année. Mais au-delà de son rôle symbolique et de sa propension à accumuler les paquets bien emballés jusqu’à l’heure du dépouillement, avez-vous pensé à célébrer cet invité avec tout le respect qu’il mérite ?

Claude Villeneuve
Mesurer le progrès

Environnement

Mesurer le progrès

CHRONIQUE / Le développement durable s’intéresse au mieux-être des humains, à la justice, à la paix, à la culture et aux équilibres planétaires qui permettent que nous puissions jouir d’une génération à l’autre des services écologiques de la nature. C’est à la fois une hypothèse, c’est-à-dire une affirmation qui reste à démontrer et un défi auquel nous sommes tous conviés. Fort bien, mais comment mesurer le progrès de l’humanité vers cette noble quête ?

À l’échelle mondiale comme à celle des pays et des collectivités, de nombreux indicateurs ont été développés et les données qui permettent de documenter le progrès sont colligées pour répondre à ces questions. En effet, la chose est complexe, elle demande une grande rigueur, des séries temporelles suffisamment longues pour voir des tendances et les interpréter correctement. C’est un enjeu auquel s’attaquent plusieurs organisations internationales. 

La semaine dernière, la Banque mondiale publiait un graphique qui montre que dans les vingt dernières années, les pays dont le PIB est le plus faible avaient fait des progrès significatifs sur plusieurs indicateurs. Par exemple, le taux de pauvreté extrême avait baissé de 50 % en 1998 à 30 % en 2018. Parallèlement, la mortalité infantile a été réduite de moitié, passant de 14 % à 7 %. L’accès à des commodités de base comme l’accès à l’électricité (+57 %), l’eau potable (+22 %) et l’assainissement des eaux (+41 %) laisse croire que le développement durable progresse pour plusieurs cibles de l’Agenda 2030.

Au même moment, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a publié son rapport 2019 sur le développement humain. Intitulé Au-delà des revenus, des moyennes et du temps présent, les inégalités du développement humain au XXIe siècle, ce rapport va plus loin à travers un indicateur plus complexe appelé l’inégalité de capabilités. 

Les capabilités sont des libertés de choix, d’être et de faire ce qu’on souhaite. Il y a des capabilités de base, comme aller à l’école, obtenir un emploi ou avoir suffisamment à manger, qui deviennent plus accessibles avec l’amélioration des revenus, comme en sont témoins les indicateurs de la Banque mondiale. On peut s’en réjouir, mais, au 21e siècle, de toutes nouvelles inégalités se révèlent sous l’effet de la crise du climat et des bouleversements technologiques. Les inégalités de capabilités plus avancées, celles qui favorisent l’autonomie, par exemple l’accès à des connexions Internet à haute vitesse, se creusent.

Le rapport constate aussi que les inégalités de développement humain peuvent s’accumuler tout au long de la vie. On peut l’observer ici même avec les communautés autochtones. Ces inégalités ne sont pas autant une cause qu’une conséquence des injustices profondément ancrées dans nos sociétés et nos économies. Le profond racisme de la Loi sur les Indiens au Canada en est le meilleur exemple. Il faudra attendre longtemps pour réparer ces inégalités qui s’accumulent depuis le 19e siècle. Mais c’est possible, dit le rapport. Il faut d’abord une révolution dans la façon de mesurer les inégalités avec une toute nouvelle génération d’indicateurs, d’où son titre.

Il est encore possible de réduire les inégalités du développement humain à condition d’agir tout de suite avant que la dominance politique ne prenne racine. J’ai été témoin dans ma vie de progrès réels, mais encore perfectibles, de la réduction des inégalités de développement entre les hommes et les femmes au Québec. 

Cela a pris quatre générations, mais on peut espérer que mes petites-filles ne connaîtront pas d’obstacles pour réaliser leur plein potentiel dans une société plus égalitaire et durable que celle qui a vu naître leurs arrière-grands-mères. C’est la chance que je souhaite à tous les humains en ce beau solstice d’hiver.

Claude Villeneuve
Des limites à ne pas franchir

Environnement

Des limites à ne pas franchir

CHRONIQUE / Depuis une vingtaine d’années, la notion de points de bascule ou de seuils de non-retour titille la communauté des scientifiques qui s’intéressent aux changements climatiques. Par analogie, j’avais comparé cette question avec celle d’un fumeur qui demande à son médecin « combien de cigarettes est-ce que j’ai encore le droit de fumer avant d’avoir le cancer ». Bien malin le docteur qui peut répondre à une telle question. Il y a des seuils difficiles à déterminer, à plus forte raison lorsqu’on parle des mécanismes qui régulent le climat planétaire. On est donc confrontés à des dilemmes insolubles. Nous ne saurons que nous avons franchi l’un de ces points de bascule que lorsqu’il sera effectivement franchi et que le système se mettra à évoluer de façon erratique.

Dans un article publié dans la revue Nature le 28 novembre 2019, une équipe internationale de scientifiques qui travaille sur les frontières du système planétaire mettait en garde les gouvernements du monde à l’aube de la 25e conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques : « Les conséquences de franchir un point de bascule climatique pourraient être si catastrophiques pour l’avenir de l’humanité qu’il faut éviter à tout prix de s’en approcher davantage. »

Claude Villeneuve
Peut-on sauver les coraux?

Environnement

Peut-on sauver les coraux?

CHRONIQUE / L’évolution nous apprend que dans une grande population d’individus qui peuvent se reproduire librement, la proportion des allèles (formes de gènes différents) tend à demeurer constante d’une génération à l’autre si ces allèles ne présentent pas une valeur sélective. Cela s’explique par le hasard des combinaisons entre les gamètes. La valeur sélective est un avantage adaptatif qui permet à certains individus de survivre à des conditions hostiles du milieu mieux que les autres. Assez de théorie, voyons un exemple.

Les coraux sont des animaux invertébrés qui comptent environ 800 espèces. Ils ont deux stades vitaux. La phase juvénile (planula) est mobile dans le zooplancton. Ils dérivent alors dans la couche supérieure de l’océan où ils se nourrissent de microorganismes. La phase adulte (polype) est fixe. Certains peuvent aussi se multiplier de façon asexuée. Les polypes se fixent à une surface accueillante (souvent un récif corallien préexistant ou sur un fond rocheux propice). Là, l’animal se protège des prédateurs en secrétant une coquille de calcaire qui va s’élaborer tout au long de sa vie. Il se nourrit grâce à des algues symbiotiques comme les zooxanthelles ou en filtrant les particules qui passent à sa portée. Lorsque les polypes meurent, leurs squelettes restent en place et forment des récifs comme ceux qui composent la grande barrière australienne ou les atolls polynésiens. Les coraux se reproduisent en rejetant leurs gamètes mâles et femelles qui remontent à la surface où ils ont quelques heures pour se rencontrer.

Claude Villeneuve
Carboneutre ou zéro-émissions?

Environnement

Carboneutre ou zéro-émissions?

CHRONIQUE / Une journaliste m’a demandé la semaine dernière de lui expliquer la différence entre les termes carboneutre et zéro-émissions qui sont utilisés de plus en plus couramment pour qualifier des produits, des services ou même des pays. Dans la perspective où les négociations sur le climat se tiendront dans quelques jours, lors de la 25e Conférence des parties (COP 25), à Madrid en Espagne, j’ai pensé partager cette réponse avec vous. En effet, on y discutera de la mise en œuvre de l’Accord de Paris, dont l’objectif est de limiter le réchauffement du climat à moins de 2 degrés d’ici 2100. Pour cela, il faut impérativement que l’humanité atteigne la carboneutralité en 2050.

En anglais, la carboneutralité se traduit « net-zero-emissions ». Cela exprime la notion de bilan comptable. Il s’agit du bilan des émissions et des absorptions ou des suppressions d’émissions de gaz à effet de serre. En gros, chaque tonne de GES émise par une activité comme le transport doit être neutralisée par une absorption équivalente comme la plantation d’arbres supplémentaires. Un plus est annulé par un moins. On peut alors considérer que le bilan ne contribue pas au réchauffement du climat. Dans le cas d’un produit ou d’une activité carboneutre, il faut d’abord définir un périmètre de référence et établir un inventaire des sources d’émissions pour ensuite équilibrer le bilan avec des activités compensatoires. Le périmètre peut aller d’une installation, un bâtiment ou même englober l’ensemble du cycle de vie, de l’extraction des ressources jusqu’à la disposition des déchets.

Claude Villeneuve
L’urgence de la prévention

Environnement

L’urgence de la prévention

CHRONIQUE / Le 13 novembre, le journal médical The Lancet publiait son rapport annuel sur les enjeux de la santé dans un monde en pleine crise climatique. Le constat n’est pas gai *. On peut y lire qu’un enfant né aujourd’hui devra vivre les conséquences d’un réchauffement du climat planétaire qui pourrait excéder 4 degrés, « si la tendance se maintient ». Si, dans un monde qui s’est réchauffé d’un degré à peine depuis un siècle, on peut déjà mesurer des impacts, imaginer le futur donne froid dans le dos.

Il y a deux semaines, je faisais par ailleurs une conférence à l’Association des médecins de langue française du Canada sur ce sujet. L’intérêt du monde médical pour le sujet n’est pas l’effet du hasard. En effet, si les humains d’hier se sont adaptés à tous les climats de la planète et à leur variabilité « normale », ils ont aussi adapté les plantes et les animaux dont ils se nourrissent, les bâtiments qu’ils habitent et leurs activités économiques à ce climat coutumier. Cette adaptation explique en partie notre santé et notre espérance de vie. Bravo ! Mais les choses risquent de ne pas être aussi évidentes dans les prochaines décennies.

Claude Villeneuve
Concevoir des règles équitables

Environnement

Concevoir des règles équitables

CHRONIQUE / Pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris et limiter le réchauffement du climat planétaire sous la barre des 2 degrés à la fin du siècle, il faudra que l’humanité soit carboneutre dès 2050. Le mois prochain, à Madrid, la 25e Conférence des Parties (CdP25) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) va tenter d’adopter des mécanismes de marché pour favoriser l’atteinte des objectifs des pays qui ont ratifié cette convention. Les États-Unis, qui se sont officiellement désengagés de l’Accord de Paris, sont toujours membres de la CCNUCC. On peut se douter que les sbires du président Trump seront là pour mettre du sable dans l’engrenage.

Plusieurs pays se sont engagés à la carboneutralité pour 2050. La semaine dernière, la Nouvelle-Zélande a même enchâssé cet objectif dans une loi. Lors de la campagne électorale qui vient de se terminer, le Parti libéral du Canada a promis que le pays serait carboneutre en 2050 s’il était élu. On verra comment cette promesse va évoluer vers un plan d’action sérieux. En effet, jusqu’à maintenant, la performance des gouvernements successifs à la tête du Canada a été très décevante. La promesse du premier ministre de planter 2 milliards d’arbres est sympathique, mais même si cela était fait au complet dans la seule année 2020, le total annuel des absorptions de CO2 qui en résulteraient en 2050 serait de l’ordre de 2 à 3 % des émissions actuelles du pays. Bref, il va falloir trouver un autre truc.

Par exemple, on pourrait mettre un moratoire sur tout nouveau développement dans les sables bitumineux et les gaz de schiste et interdire d’ouvrir de nouvelles mines de charbon. En Australie, une cour a bien rejeté l’ouverture d’une telle mine le mois dernier en arguant la contribution supplémentaire aux émissions de gaz à effet de serre qui en résulterait. C’est une première mondiale, mais ce genre de décision demeure anecdotique. Les règles du commerce international font qu’on peut impunément déplacer les externalités vers d’autres pays et ensuite importer des marchandises sans payer pour les dommages environnementaux. C’est ainsi que depuis la fin des années 1990, une proportion énorme de la production manufacturière a été délocalisée en Asie, à l’abri des contraintes antipollution.

Le défi est donc d’établir de nouvelles règles du jeu économique pour intégrer le coût du carbone de manière équitable pour les pays qui respectent leurs engagements. Comment cela peut-il se faire ? La solution est d’appliquer un prix élevé aux activités qui génèrent d’importantes émissions, ce qui va permettre une transition vers des modes de production plus propres. Il est démontré que c’est beaucoup plus efficace de faire cela que de subventionner la production d’énergie renouvelable. Cela peut se faire à l’intérieur d’un pays ou d’un groupe de pays comme l’Union européenne. Mais comment éviter la concurrence déloyale des pays qui n’imposeraient pas un tel prix sur leurs propres émissions ? 

C’est aux frontières que se trouve la solution. Toute marchandise importée devrait faire la preuve de son empreinte carbone et payer un droit compensatoire égal à celui en vigueur dans le pays importateur. Ainsi, par exemple, l’aluminium canadien vendu aux États-Unis bénéficierait de sa plus faible empreinte carbone que celui produit en Chine ou dans les émirats arabes. De même, les produits chinois que nous retrouvons sur les tablettes de nos magasins seraient taxés à la frontière en proportion de leur empreinte carbone. Tout le monde serait sur un pied d’égalité, ce qui répond à un principe économique de base.

Le principe est élégant, mais les forces en présence sont inégales. Il est peu probable que les États-Unis dirigés par Donald Trump souscrivent à une telle idée. Quant à la Chine, même si elle a amorcé sa transition vers une électricité plus propre, elle est très loin de la carboneutralité. Le Canada aussi d’ailleurs.