Chroniques

Biomasse et climat: une percée

CHRONIQUE / Le 7 février dernier, la centrale thermique de Drax en Grande-Bretagne a testé pour la première fois son unité de captage de CO2. Malgré ses résultats très modestes, l’unité ne captant qu’une tonne de gaz carbonique par jour, cette initiative ouvre néanmoins de nouvelles perspectives pour la lutte aux changements climatiques. En effet, la centrale de Drax introduit depuis 2016 une portion croissante de biomasse forestière pour la substituer au charbon comme combustible. La biomasse qu’on brûle émet du CO2, mais celui-ci n’est pas comptabilisé comme facteur de changement climatique si le territoire d’où il provient conserve sa vocation forestière. Les arbres qui poussent captent en effet une quantité de ce gaz équivalente à celle qui provient de la combustion.

En captant du CO2 issu de la combustion de la biomasse pour le séquestrer dans des formations géologiques ou pour l’utiliser à d’autres usages comme la gazéification de bière ou la croissance de légumes en serre, on obtient un avantage pour la lutte aux changements climatiques. D’ailleurs, le dernier rapport du GIEC sur la stabilisation du climat à 1,5 °C considère que le captage et le stockage de CO2 issu de la biomasse énergétique (BECCS) est l’une des mesures dites « à émissions négatives » qui devrait être rapidement déployée pour stabiliser le climat. Les experts estiment que la BECCS devrait retirer de l’atmosphère une quinzaine de millions de tonnes de CO2 par année en 2030. On en est encore loin !

Environnement

Le nouveau plan d’affaires

CHRONIQUE / L’objectif de développement durable (ODD) 12 de l’agenda 2030 des Nations Unies porte sur la production et la consommation durables. Il comporte 11 cibles que les pays, villes, institutions et industries doivent viser pour un avenir viable.

Ce plan ambitieux permettrait un bouleversement de l’économie telle que nous la connaissons dans sa forme linéaire « extraction-fabrication-distribution-vente-utilisation-disposition » qu’on peut résumer sous l’expression « Achète pis jette ! ». Ce modèle linéaire, dans lequel personne n’est responsable des déchets générés, des impacts du cycle de vie des produits, de l’épuisement des ressources, de la pollution sous toutes ses formes, a fait son temps. Pourtant, quand un entrepreneur présente son plan d’affaires à ses investisseurs, ces questions sont bien peu importantes au regard du profit anticipé.

Chroniques

Haro sur les bovins?

CHRONIQUE / Avec la sortie du nouveau guide alimentaire canadien, la montée du véganisme, les dénonciations des écologistes et des apôtres du bien-être animal, la consommation de viande de bœuf et de produits laitiers semble être devenue suspecte. On associe aussi la réduction de la consommation de viande rouge à la lutte aux changements climatiques. Qu’en dit la science ?

Je n’ai pas de compétences approfondies en nutrition et en santé, mais ce qu’on peut lire sur les avantages d’une diète plus riche en fibres et en légumes frais ne semble pas faire l’objet de controverses. Les médecins et nutritionnistes soulignent aussi les liens entre la consommation de viande rouge et certaines maladies. Fort bien : mangez mieux, vivez plus vieux. Mais comment la consommation de viande de bœuf et de produits laitiers est-elle mauvaise pour la santé de la planète ?

Chroniques

Trois défis pour nourrir le monde

CHRONIQUE / Fin décembre 2018, le World Resources Institute et ses partenaires, la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’environnement, ont publié un rapport synthèse issu d’un projet d’une dizaine d’années de travail pour répondre à la question : « Comment pourrons-nous nourrir de manière durable une humanité dont les effectifs pourraient atteindre 9,8 milliards de personnes en 2050 ? »

La question n’est pas anodine, car les indicateurs de croissance démographique et de croissance économique rencontrent les indicateurs d’épuisement des ressources et de lutte aux changements climatiques, ce qui laisse présager une situation catastrophique. Jugez-en par vous-mêmes.

Environnement

Les modèles ont dit vrai

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT / Dans une démarche scientifique, il faut toujours comparer un dispositif expérimental avec au moins un contrôle jugé équivalent sur lequel on prend les mêmes mesures pour évaluer l’effet du traitement. De même, une expérience qui n’est faite qu’une fois n’a aucune valeur statistique. C’est l’une des grandes limites de la science des changements climatiques. La Terre est un système unique, qu’on ne peut répliquer pour faire une expérience et confirmer ou infirmer nos hypothèses. Comme nous n’avons pas de planète identique, il faut construire différemment nos expériences. Il y a beaucoup d’autres limites à la science des changements climatiques, par exemple le temps d’évolution du système et l’ampleur du champ de mesures nécessaires à obtenir des réponses claires, ce qui rend parfois nécessaire le recours à des mesures indirectes appelées proxys et à des collaborations internationales de très grande envergure entre les universités, les offices météorologiques et les agences spatiales par exemple.

Les ordinateurs les plus puissants sont aujourd’hui capables de gérer des calculs qui étaient impensables il y a même vingt ans et la perspective des ordinateurs quantiques laisse croire que cette tendance n’est pas près de s’arrêter. Depuis trente ans, des équipes spécialisées, un peu partout dans le monde, ont construit des programmes qui permettent de modéliser le climat à l’échelle planétaire et son évolution en fonction de certains paramètres dictés par différents scénarios. Ces simulateurs du climat sont une sorte de « planète virtuelle » où on peut faire des expériences en modifiant, par exemple, la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour vérifier comment se comporteront les glaces, les précipitations ou la température des océans. À partir d’un même scénario, plusieurs modèles différents sont appelés à calculer l’évolution des paramètres d’intérêt sur des décennies, voire des siècles. Plusieurs dizaines de simulations sont ainsi produites pour permettre aux chercheurs d’appliquer des tests statistiques et se donner un intervalle de confiance pour prédire l’avenir le plus probable. Mais rien de tout cela ne vaut la vérification de terrain.

Environnement

L’économie circulaire est-elle une solution ?

CHRONIQUE / Dans une chronique publiée le 23 octobre, je faisais référence à un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur les prévisions de la demande en matériaux à l’horizon 2040. Il ressortait clairement de ce rapport que nous allions encore amplifier les problèmes environnementaux actuels si la croissance économique se maintient, dans un contexte de croissance démographique. Il est assez évident qu’on ne peut pas régler les problèmes en faisant plus de la même chose qui est à leur origine. Mais, peut-on faire autrement ? Comment faire plus et mieux avec moins ? C’est le défi auquel veut s’attaquer l’économie circulaire.

En principe, l’économie circulaire est une approche systémique qui s’applique au cycle de vie et à la chaîne de valeurs des produits et des services que nous consommons pour réduire les impacts négatifs du premier et augmenter les retombées positives de la seconde. De façon caricaturale, l’économie linéaire, celle qui domine notre monde actuel, vise à produire plus au moindre coût afin de satisfaire une demande présumée infinie justifiée par les besoins d’humains avides de confort et de nouveauté. On peut ainsi réaliser des profits en maîtrisant les coûts de matériel et de main-d’oeuvre pour déclasser la concurrence, mais aussi en stimulant la demande par la publicité. Tout ce processus est linéaire, c’est-à-dire que chaque étape nourrit la suivante sans retour en arrière. C’est le modèle « extraire-fabriquer-jeter ».

Claude Villeneuve

Les animaux et le climat

CHRONIQUE ENVIRONNEMENT/ Quand on parle de lutte aux changements climatiques, les végétaux sont au premier plan. Par exemple, avec Carbone boréal, nous avons planté, en 10 ans, plus de 1,2 million d’arbres, qui vont contribuer à capter environ 145 000 tonnes de CO2. Les arbres, par la photosynthèse, captent le dioxyde de carbone, principal gaz responsable du réchauffement climatique. Ils le stockent sous forme de matière ligneuse pendant un siècle ou plus. Mais qu’en est-il du rôle des animaux dans l’équation ? Les animaux se nourrissent de végétaux et retournent le dioxyde de carbone dans l’atmosphère par leur respiration. Une étude publiée dans la revue Science, le 7 décembre, a étudié cette question. Les auteurs ont compilé les données de nombreuses études faites dans des contextes expérimentaux et en pleine nature, et les constats sont fort intéressants.

D’abord, il n’est pas surprenant que les herbivores réduisent la capacité des plantes à stocker le carbone. Ils les consomment. Mais lorsqu’on introduit des carnivores, l’effet se stabilise, et on voit même des gains dans certains écosystèmes, comme les forêts, les prairies, dans les lacs et les océans.

Environnement

L’urgence d’agir?

CHRONIQUE / Il y a plusieurs décennies que les groupes environnementaux ont mis de l’avant l’urgence d’agir pour éviter les impacts catastrophiques escomptés de toutes les formes de pollution.

Rarement, ces injonctions ont été suivies d’effets concrets. En cette fin d’année, après le rapport spécial du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) paru en octobre, après le rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) sur le fossé qui se creuse entre la trajectoire à suivre pour maîtriser le réchauffement et les engagements réellement mis en oeuvre par les États et après la COP24 (24e Conférence des Parties) qui se déroulait à Katowice en Pologne, tout le monde crie à l’urgence. Certains ont même établi que dans deux ans, il sera trop tard pour éviter la catastrophe et que le désastre sera irrémédiable. Est-ce là une bonne tactique pour changer les choses ? J’en doute.

Claude Villeneuve

Faire trois fois mieux?

CHRONIQUE / Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a dévoilé le 28 novembre dernier son neuvième Emission Gap Report, lequel fait le point sur la différence entre les engagements des pays et la cible de limiter le réchauffement climatique à moins de 2˚C en 2100. Constatant que le niveau des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) s’est remis à augmenter en 2017 après trois années de stagnation, les auteurs indiquent que même si plusieurs pays atteindront leur cible pour 2020, la tendance à la croissance des émissions ne sera pas encore arrêtée en 2030. Or, il faudrait qu’elle soit stoppée dès maintenant, si on veut espérer stabiliser le climat. Dans l’état actuel des engagements, nous ne pourrons pas échapper à un réchauffement de plus de 3,5˚C. D’ailleurs, l’Organisation météorologique mondiale annonçait le 29 novembre que 2018 allait être la quatrième des années les plus chaudes enregistrées depuis 1880.

Avec l’ouverture de la 24e Conférence des Parties à Katowice en Pologne le 2 décembre, la pression sur les États est forte pour faire preuve de plus d’ambition. En effet, le PNUE évalue qu’il faudrait que les pays atteignent d’abord les cibles auxquelles ils se sont engagés pour 2020, puis celles de 2030. Les émissions de GES sont étroitement associées avec l’activité économique, donc, la majorité des émissions est attribuable aux pays du G20. Le PNUE constate que le G20 réalisera globalement sa cible de 2020, malgré que cinq pays membres (Canada, Indonésie, Corée du Sud, Afrique du Sud et États-Unis) ne tiendront pas leurs engagements. Par ailleurs, dans l’état actuel des choses, le G20 dans son ensemble ne semble pas en voie d’atteindre sa cible pour 2030. Pendant ce temps, l’économie africaine décolle et sa démographie est galopante. Donc, les émissions des pays africains vont continuer d’augmenter proportionnellement à leur consommation de carburants fossiles, de ciment et de la déforestation. Il serait injuste de ne pas leur donner leur chance alors que les économies déjà bien nanties sont responsables de l’essentiel des émissions historiques qui ont provoqué le réchauffement observé jusqu’à maintenant. Tel est le dilemme auquel se heurtent les négociations internationales depuis plus de 25 ans.

Chroniques

Une recherche qui porte fruit

CHRONIQUE / Il y a quelquefois des surprises agréables dans une vie de chercheur universitaire. Par exemple, la semaine dernière, j’ai reçu un courriel de la ville de Schefferville avec un bulletin intitulé L’éco du Nord relatant l’immense succès d’un nouvel écocentre implanté l’an dernier en collaboration entre la municipalité et les communautés autochtones de Matimekuch-Lac John (Ilnus) et de Kawawachikamach (Naskapis). Cette initiative a pris naissance à la suite des conclusions d’un travail de recherche réalisé par la Chaire en éco-conseil, entre 2013 et 2017, concernant la gestion des matières résiduelles (GMR) dans les communautés nordiques du Québec isolées du réseau routier.

En 2013, la chaire a remporté un appel d’offres du ministère de l’Environnement destiné aux universités pour réaliser une étude sur la GMR dans les communautés isolées du Nord-du-Québec. En 2013-2014, la Chaire a tout d’abord établi le portait de la situation. Première conclusion : les solutions du Sud ne peuvent pas être appliquées telles quelles au Nord. La phase 2, en 2015-2016, visait à recueillir des données utiles pour soutenir les planificateurs locaux dans l’amélioration de leur GMR et à présenter les solutions identifiées sous forme de boîte à outils pour la gestion des matières résiduelles en territoire nordique. Ces rapports peuvent être téléchargés sur la page du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Nos travaux ont fait appel à la littérature scientifique mondiale et les solutions ont été expérimentées en conditions réelles et adaptées aux besoins et à la culture locale. Naturellement, la mise en œuvre de nos recommandations dépendait des autorités locales et des investissements nécessaires à l’achat d’équipement et à la mobilisation du personnel et des acteurs locaux.