Déprimée, Lee Chan-sil (Kang Mal-geum) se confie au fantôme du regretté acteur Leslie Cheung.
Déprimée, Lee Chan-sil (Kang Mal-geum) se confie au fantôme du regretté acteur Leslie Cheung.

Lucky Chan-sil : Le cinéma dans la peau *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Le triomphe de Parasite et de ses quatre Oscars ont — peut-être — suscité un intérêt pour les productions de la Corée du Sud, pays avec une riche cinématographie originale. Dans un autre registre, mais tout aussi réussi, voici venir Lucky Chan-sil, lauréat de trois prix au festival de Busan 2019, dont celui de la réalisation. Des honneurs mérités pour ce drame fantaisiste particulièrement bien filmé !

Il ne faut guère se surprendre de ce succès puisque le cinéma occupe une large place dans le long métrage de Kim Cho-hee — et dans la vie de sa protagoniste principale, Lee Chan-sil (Kang Mal-geum). Pour la femme de 40 ans, la production de films équivalait à un sacerdoce.

Peu lui importait de sacrifier sa jeunesse et sa vie amoureuse… jusqu’à ce que son réalisateur de prédilection décède d’une crise cardiaque. Son univers bascule du jour au lendemain. Sans-emploi et fauchée, elle doit se résigner à louer une chambre chez une vieille dame (Youn Yuh-jung). Et à faire la femme de ménage chez Sophie (Yoon Seung-ah), une actrice superficielle et survoltée qui l’apprécie.

Chan-sil déprime. Incapable de secouer son spleen malgré son désir d’introspection voué à se redéfinir, elle se confie au fantôme du regretté acteur Leslie Cheung (Adieu ma concubine, Happy Together), qui lui apparaît en sous-vêtement... Sa logeuse bourrue tente aussi de lui remonter le moral.

La logeuse bourrue tente de remonter le moral de Chan-sil.

Mais, un jour, elle rencontre chez Sophie le séduisant Kim-young, un réalisateur de courts métrages qui donne des cours particuliers de français «pour payer les factures». Le cœur de Chan-sil va se remettre à battre plus fort…

La présence du cinéma dépasse ici les références anecdotiques à Wenders et à Kuturica lorsque Chan-sil et Kim-young discute de Tokyo Story (1953) de Yasujirō Ozu. «Il ne s’y passe rien», clame le jeune homme en soulignant son attachement à Christopher Nolan.

Le spectateur aura compris à ce moment que ce très beau, et parfois très drôle, long métrage se range dans la catégorie contemplative qui tente de saisir l’essence de la vie.

Car Kim Cho-hee explore ici les doutes et les angoisses d’une femme qui a consacré sa destinée à son travail et qui s’en voit soudain privé. Peut-elle changer de cap ? Cette quête existentielle va aussi lui permettre de cultiver une relation avec sa logeuse qui, peu à peu, se transforme en un lien mère-fille qui leur apporte une forme de réconfort mutuel.

Le jeu, parfois exagéré, des acteurs peut s’avérer un brin agaçant. Mais l’esthétique du réalisateur, notamment son sens du cadre, sa mise en scène assurée et l’utilisation de l’humour pour dédramatiser, nous fait rapidement oublier les irritants. Et on ne perd pas de vue l’essentiel : malgré le dépaysement sud-coréen, guère brutal ici, le propos demeure universel.

Un film captivant du début à la fin.

Lucky Chan-sil est présenté sur la plateforme du Cinéma moderne

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Lucky Chan-sil

Genre : Drame fantaisiste

Réalisateur : Kim Cho-hee

Acteurs : Kang Mal-geum, Youn Yuh-jung, Bae Yoo-ram, Yoon Seung-ah

Durée : 2h03