Laurence Lebœuf a été séduite par un scénario qui «sortait de l’ordinaire» pour <em>Mont Foster.</em>
Laurence Lebœuf a été séduite par un scénario qui «sortait de l’ordinaire» pour <em>Mont Foster.</em>

Laurence Lebœuf: espace de liberté

Laurence Lebœuf a tout de suite été séduite par le scénario de Mont Foster. Ses particularités, le suspense psychologique qui laisse place à l’interprétation, les réflexions sur le déni et la glissade vers la folie, mais, surtout, le grand espace de liberté qui lui procurait paradoxalement un huis clos qui mise sur l’intériorité de son actrice et de son partenaire, Patrick Hivon.

Depuis le début de sa carrière, l’actrice de 34 ans a toujours fait une place à des choix plus audacieux dans sa filmographie (Turbo Kid, Le torrent, etc.). Or, le récit de Louis Godbout «sortait de l’ordinaire».

Peut-être parce que ce dernier a un parcours particulier — il a enseigné la philosophie pendant 15 ans et publié quatre essais. Mont Foster s’inspire d’ailleurs très librement du poème Le roi des aulnes de Goethe, où un père et son fils chevauchent dans une forêt. L’imagination du garçon lui fait voir des choses inquiétantes, pas son père. Tout est question de perception.

Tout comme Chloé (Lebœuf) et Mathieu (Hivon). Le couple traverse un moment difficile après une tragédie. Ils se rendent à leur maison de campagne pour tenter de recoller les morceaux. Mais des incidents curieux dans la nature viennent ébranler le fragile équilibre de la jeune femme, sous le regard impuissant de son mari. Hallucinations ou pas?

Le scénario laisse beaucoup de place à l’interprétation et mise sur le non-dit. «J’adore ça. Vraiment! C’est tellement le fun à jouer parce que tu joues avec d’autres choses. Dans le film, il y a beaucoup de scènes avec la nature. Tu passes dans une autre zone de jeu, plus “ésotérique”, si je peux dire. Ce sont les scènes que j’aime le plus. Quand il y a peu ou pas de mots et que tout passe par le regard et la gestuelle», confie Laurence Lebœuf en entrevue téléphonique.

Tellement conquise par l’intrigue, en fait, que la rousse actrice aux yeux bleus a donné son accord avant même de savoir qu’elle partagerait l’écran avec Patrick Hivon, interprète intense et physique, capable de toutes les nuances expressives, avec qui elle n’avait jamais joué. «J’étais tellement contente de partager ça avec lui. Je l’ai vu dès nos premières rencontres, il avait le goût de ça. C’est des projets qui donnent le goût d’être artiste, de réfléchir en dehors du cadre normal.»

Le duo a tenu plusieurs rencontres avec Louis Godbout afin «de décortiquer le scénario, d’approfondir». Sa vision «claire et profonde» et son ouverture d’esprit ont calmé les appréhensions liées au fait que le cinéaste réalisait son premier long métrage.

«Avec un tel scénario, le résultat pouvait mal virer. Mais on sentait [aussi] qu’il avait le goût d’être épaulé par ses acteurs et son équipe. Il nous a laissé beaucoup de place pour nous exprimer et était ouvert [à nos suggestions]. Ça change tout de ne pas faire face à cette arrogance de quelqu’un qui ne veut faire qu’à sa tête. Mais il avait confiance en sa vision.»

Un tournage particulier

Le tournage s’est déroulé au sommet du mont Foster, en Estrie, lieu isolé à mi-distance entre Granby et Sherbrooke. La petite équipe s’y est installée pendant trois semaines au début de l’automne 2018 pour tourner en continu. «Le fait d’être confiné dans un même endroit nous a vraiment servi.»

La production a toutefois dû composer avec la nature «et son tempérament» — un personnage à part entière dans le film et une source de beauté non négligeable. Les variations de température (la brume, la lumière, le vent…) ont contribué au climat du huis clos, estime l’actrice.

«On était comme dans un autre monde.» Où elle a dû composer avec des scènes de nuit où son personnage, à peine vêtu, erre dans la forêt. «Ce sont de petites souffrances à donner pour le bien-être du film. J’ai pas de problème avec ça.»

Car Chloé perd progressivement pied et contact avec la réalité. Traumatisée, «on arrive à un moment de sa vie où la ligne de la folie est mince. Elle a un grand talent de dessinatrice, une grande confiance en sa carrière et tout, mais on voit sa fragilité. Elle “répresse” ce qui s’est passé pour ne pas sombrer.» Et elle compose également avec sa vision de la nature «comme quelque chose de plus grand qu’elle. Tout ça finit par la rattraper. C’est intéressant de jouer dans ces cordes-là et son univers.»

Laurence Lebœuf ne s’identifiait pas forcément à son personnage même s’il y a «toujours quelque chose qui nous ressemble un peu», dit-elle en riant. Reste que le contexte «donne le goût de prendre des risques et d’essayer des affaires. Ça fait respirer et ça laisse place à des moments magiques, des moments de grâce où tu te laisses aller à un mouvement.»

Des moments pour conquérir un espace de liberté…

Mont Foster prend l’affiche le 13 mars