Fahim (Ahmed Assad) va rencontrer Sylvain Charpentier (Gérard Depardieu) un entraîneur bourru, mais bienveillant.
Fahim (Ahmed Assad) va rencontrer Sylvain Charpentier (Gérard Depardieu) un entraîneur bourru, mais bienveillant.

Fahim: Le (jeune) roi des échecs ***

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Il y a des récits où la réalité dépasse la fiction. Fahim en est un. Imaginez : un garçon du Bangladesh qui demande l’asile politique en France avec son père, vit dans la rue et gagne néanmoins le championnat d’échecs national des moins de 12 ans ! En résulte un feel good movie assumé, avec une empathie marquée pour le sort des migrants.

Pierre-François Martin-Laval a adapté Un roi clandestin, le récit autobiographique de Fahim Mohammad, en prenant quelques libertés (notamment en condensant les évènements pour des raisons dramatiques).

Mais le réalisateur de Gaston Lagaffe s’est tenu le plus proche possible des faits. Il amorce d’ailleurs le long métrage avec des images d’archives de la violence politique qui gangrène le Bangladesh dans les années 2000. Ce qui explique la fuite de Nura (Mizanur Rahaman), qui craint pour sa vie, avec son fils prodige, interprété par Ahmed Assad, laissant femme et enfant au pays.

Le duo doit se débrouiller à Paris sans connaître la langue et les us et coutumes — un véritable choc culturel. Fahim réussit tout de même à s’inscrire au club d’échecs de Créteil, où il rencontre un entraîneur bourru, Sylvain Charpentier, un rôle sur mesure pour Gérard Depardieu. La secrétaire, la maternelle Mathilde au grand cœur (Isabelle Nanty), veille au grain.

Si l’attachant garçon démontre un talent fou pour les échecs et s’intègre rapidement, les choses s’avèrent beaucoup plus laborieuses pour Nura. L’occasion est belle pour explorer les relations père-fils et dénoncer par la bande les conditions de vie épouvantables des sans-papiers.

Avec un tel sujet, Pierre-François Martin-Laval a opté pour une mise en scène sobre, mais efficace. Il appuie parfois sur le ressort du mélo, n’évite pas le politiquement correct et les bons sentiments. Reste qu’on se laisse conquérir par le fabuleux destin de Fahim et par son interprète.

Ahmed Assad démontre un talent naturel fou — ayant vécu sensiblement la même chose que le «vrai» Fahim, la résonnance est forte. Tout comme Mizanur Rahaman, modeste cuisinier qui s’en sort à merveille dans un rôle presque muet.

Le contexte avec ces acteurs amateurs explique certainement pourquoi Depardieu n’essaie pas de tirer la couverte (son personnage est inspiré de Xavier Parmentier, le réel entraîneur de Fahim, décédé pendant le tournage, à qui le film est dédié).

Quant à Isabelle Nanty, elle rayonne d’humanité bienveillante.

Fahim se veut un habile amalgame de drame social et de conte de fées. Ce qui explique que tout est bien qui finit bien. Le spectateur peut ressortir de la salle rassuré.

Mais pour les Fahim qui obtiennent un statut privilégié, combien de laissés pour compte ?

Au générique

Cote : ***

Titre : Fahim

Genre : Drame biographique

Réalisateur : Pierre-François Martin-Laval

Acteurs : Ahmed Assad, Gérard Depardieu, Isabelle Nanty

Classement : Général

Durée : 1h47

On aime : l’humanité du récit. Le triomphe de Fahim. La touche documentaire.

On n’aime pas : les bons sentiments.