Québec solidaire, c’est autre chose. Une graine germe dans Mercier, bientôt suivie de Gouin. Gouin qui sera transmis comme fief au petit prince de QS.

La normalisation des populaires

CHRONIQUE / «Populaires». Le slogan-mot-clic de Québec solidaire fait sourciller. Populiste? Prétentieux? Après tout, si tu es populaire, ne le dis pas toi-même. Quelqu’un d’autre le fera. Pourtant, il y a aussi la notion de populaire comme dans «quartier populaire» ou «soupe populaire», cette racine communautaire, de Montréal aux petites villes égrenées en chapelets sur les routes du Québec, constitue la base militante et votante de ce parti.

Parce que vrai parti il est devenu. Des mouvements qui apparaissent et disparaissent aussitôt, après une flammèche comme parti qu’on ne verra que sous la rubrique «autres» dans les sondages, il y en a eu tout un tas. De la plupart il ne reste que des papiers jaunis dans le tiroir du bas d’un illuminé de bonne foi sans même avoir été formellement abolis. Plus récemment, on a vu se dresser les Debout, déclinaison d’un Bloc québécois alors décimé par l’intransigeance de sa cheffe et dont on ne sait pas s’ils y rejoindront leurs collègues.

Hier encore, le casseur Maxime Bernier annonçait un parti franchement libertarien, certainement un passage obligé pour bien établir que ce marché est marginal. Ne vous attendez pas non plus à voir le Parti conservateur du Québec ou le NPD-Québec faire leur entrée au Salon bleu en octobre.

Québec solidaire, c’est autre chose. Une graine germe dans Mercier, bientôt suivie de Gouin. Gouin qui sera transmis comme fief au petit prince de QS. Puis la conquête de Ste-Marie-St-Jacques à son tour arraché au Parti québécois. Maintenant, on les voit reluquer le plus sérieusement du monde les Hochelaga-Maisonneuve, Laurier-Dorion et même Rosemont et faire de l’esbroufe moins crédible dans Sherbrooke, Marie-Victorin ou Taschereau.

Les sondages de QS les placent en général un peu au-dessus de ce qu’en sera le score réel dans les boîtes, et le plus gros de leurs appuis sera noyé dans des circonscriptions régionales que le parti n’a aucune chance de gagner. Sauf que ça s’enracine, ça s’organise, ça croît, ça fait de la politique qui ressemble à celle des autres partis, pour le meilleur et pour le pire, avec les calculs, les demi-vérités, les photos retouchées et l’intention affirmée de former le prochain gouvernement.

Pour autant, QS ne renie ni ses racines ni son auditoire. La campagne annoncée aujourd’hui ne plaira peut-être pas à un certain public régional, rural, âgé et habitué à une façon plus traditionnelle de faire de la politique. QS parle à son monde. À ceux auprès de qui ils sont, justement, populaires. À ceux que le Parti québécois a du mal à retenir. Comme ces jeunes femmes qui investissent massivement le Parti démocrate américain en vue d’une révolution qui ne viendra pourtant que plus tard.

Discrètement, à gauche, certaines voix, certains murmures questionnent la politique du pire. La prochaine législature du Québec choisie le 1er octobre pourrait ne compter qu’entre quinze et vingt-cinq élus logeant à la gauche du centre et épousant une souveraineté aux contours flous.

Entre 12 % et 20 % des sièges. Pourtant, le total des votes recueillis par les solidaires/populaires et les péquistes dans le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 est plutôt au-delà de 30 %.

Faut-il vraiment que le Québec touche le fond vers la droite pour mieux revenir à la social-démocratie, demandent-ils tout bas? Ou au contraire, cette gauche dont la croissance de l’un ne compense pas les pertes de l’autre a-t-elle manqué un rendez-vous crucial au moment de s’allier? Deux rendez-vous en fait : une forme de convergence, d’accord tactique momentané, mais aussi une lutte à poursuivre pour l’implantation d’une part de proportionnalité dans le choix des élus.

Ils n’ont qu’eux à blâmer. Avec la normalisation de Québec solidaire comme un vrai, crédible et durable parti politique vient un certain orgueil dont l’effet sera mesuré le 2 octobre. Avec un café très fort.