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Léa Martin
Les Coops de l'information
Léa Martin
Peut-être que je vis au pays des Calinours, mais quand je scrute les réseaux et mon entourage, la plupart des jeunes semblent vouloir se faire vacciner.
Peut-être que je vis au pays des Calinours, mais quand je scrute les réseaux et mon entourage, la plupart des jeunes semblent vouloir se faire vacciner.

Vous voulez que les jeunes se fassent vacciner? Commencez par nous foutre la paix.  

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CHRONIQUE / Ça y est! Je fais finalement partie du #pfizergang, alias, le vaccin des belles personnes (déso les Modernas). Bien entendu, après ma visite au centre de vaccination, je me suis empressée de mettre en ligne une selfie flatteuse en m’assurant de mettre bien en évidence le petit pansement rond qui trônait sur mon épaule gauche. « Hot Girl Summer is officially on 🙌☀️», fut la légende que je choisis pour accompagner ce cliché estival (que celui/celle qui n’a jamais été basic à l’arrivée de l’été me jette la première pierre).  

Il faut dire que ça fait quelques semaines que je vois des centaines de publications de gens (proches de moi, ou pas) qui affichent fièrement le petit trou dans leur bras: ce symbole d’espoir d’un retour à une vie plus ou moins normale.  

Ça n’a pris qu’une petite revue de presse plus tard dans l’après-midi pour me mettre le moral à zéro: « Des jeunes boudent la vaccination », peut-on lire comme titre d’un article du Journal de Montréal en début de semaine. Deux semaines avant, La Presse titrait: « Les jeunes plus récalcitrants au vaccin ». Même notre gouvernement s’y est mis en priant les jeunes d’aller se faire vacciner… Trois jours plus tard, les gros titres changent. Maintenant, il semblerait qu'on ait plus envie de se faire vacciner.

Peut-être que je vis au pays des Calinours, mais quand je scrute les réseaux et mon entourage, la plupart des jeunes semblent vouloir se faire vacciner depuis un moment. Pour en avoir le cœur net, j’ai appelé l’INSPQ et je me suis entretenue avec la chercheuse et anthropologue Ève Dubé. « Ce qu’on voit c’est qu’en effet, chez les jeunes, il y a une intention un petit peu plus faible que chez les personnes plus âgées, mais on parle quand même d’autour de 75% qui ont l’intention de se faire vacciner ou qui ont déjà pris rendez-vous », indique-t-elle.  

Déjà, laissez-nous une chance! Ça ne fait que deux semaines que les moins de 30 ans peuvent se faire vacciner. Ensuite, je ne sais pas si vous êtes allé faire un tour sur Clic Santé, dernièrement, mais c’était le parcours du combattant pour avoir un rendez-vous dans les deux dernières semaines. Il fallait se jeter sur les plages horaires les plus proches de chez soi et prier qu’une autre personne n’ait pas réservé notre rendez-vous avant d’avoir terminé de remplir le foutu formulaire qui n’enregistrait pas nos informations (au moins, à force de rentrer mon numéro d’assurance maladie, je le connais par cœur).  


« Ces genres de titres là peuvent renforcer l’hésitation chez certains d’aller se faire vacciner. C’est beaucoup mieux de mettre l’accent sur le côté positif. »
Ève Dubé, chercheuse et anthropologue


« Il faut réfléchir à la façon d’offrir le vaccin aux plus jeunes. Le système avec un rendez-vous sur Clic Santé n’est pas nécessairement la meilleure stratégie. Peut-être que si on se promène en offrant la vaccination sans rendez-vous dans des lieux de proximité ce serait plus facile de les rejoindre », ajoute-t-elle.  

Mais pourquoi encore faire porter l’odieux aux jeunes avec des titres aussi alarmistes? Parce que pour être très franche, je crois qu’on en a assez pris sur la gueule ces derniers mois. 


On a assez tapé sur le clou 

 

Depuis plus d’un an, on nous a répété que les éclosions étaient dues aux méchants «partys» des jeunes gens, alors que les chiffres montrent clairement qu’elles proviennent majoritairement des milieux de travail, scolaires et de garde.  

On a gardé les étudiants et les jeunes professionnels à la maison en parlant à demi-mot de leur santé mentale, mais en rappelant à quel point c’était difficile pour les parents, les grands-parents et les plus petits.  

On s’est trouvé face à un gouvernement déconnecté du mode de vie de beaucoup d’entre nous: vivre en colocation, en ville (avec des loyers plus hauts que 500$ par mois), sans une cour arrière de 15 pieds carrés, ni chalet dans les Laurentides. Dès qu’il s’est mis à faire beau et que l’on a pu aller profiter des parcs, le couvre-feu est retombé à 20h alors que la majorité des études montrent que la propagation du virus est grandement diminuée en extérieur.  

Ajoutez à ça les bonnes mœurs sexuelles qui s’apparentaient à ce qu’on pouvait avoir dans les années 50: si vous étiez un couple monogame qui habite la même chaumière, c’était nickel. Par contre, attention aux pécheurs qui s’aventuraient pour avoir des relations sexuelles hors ménage. À 1 500$ la shot, il fallait que tu sois certain(e) de ton coup (sans oublier le sentiment de culpabilité du genre: « j’ai tué ma grand-mère à cause d’un coup d’un soir »). Mon gouvernement m’a fait comprendre que mes besoins sociaux et physiques étaient moins importants vu que je n’avais pas trouvé de douce moitié avant la fin du monde: ça t’apprendra à être une femme indépendante tiens! 

Entendez-moi, je pense qu’on doit tous faire notre part pour combattre cette saleté de virus. Les mesures sanitaires étaient nécessaires et beaucoup d’entres elles le sont toujours, car nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge. Je sais bien que tous les jeunes adultes et adolescents n’ont pas eu des comportements exemplaires, qu’ils n’ont pas tous respecté les mesures sanitaires à la lettre.  

Tout ce que je dis, c’est que j’en ai marre que l’on cherche des coupables. « Dans toutes les pandémies […] il y a la recherche d’un bouc émissaire, explique la chercheuse de l’INSPQ. Il y a eu un peu de ça dans le discours collectif. On a beaucoup blâmé aussi les voyageurs. Je pense que c’est normal, humain, mais ce n’est certainement pas productif ».  

Alors on n’a pas besoin d’arc-en-ciel, de message nul à la «ça va bien aller» ou qu’on nous prenne en pitié. Simplement qu’on nous lâche la grappe et qu’on se mette en mode solution. Surtout, n’oubliez pas de publier vos plus belles photos post-vaccin, il semblerait que ça incite les autres à le faire, ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’INSPQ 😉.