Le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin était dans sa salle, mais n’a pas pris la parole. Peut-être a-t-il jugé qu’il avait assez parlé.

Vivement la parole aux citoyens

CHRONIQUE / Salle comble malgré la tempête du jour pour cette première assemblée publique sur le projet de transport structurant. Des citoyens attentifs (environ 250), dont plusieurs enthousiastes, émus même. Je n’espérais plus voir ça de mon vivant, ont confié quelques-uns.

Quelques voix détonantes sur l’ampleur et la pertinence du projet, quelques suggestions de desserte supplémentaires, mais de façon générale, un fort niveau d’adhésion. 

On a cependant senti beaucoup de sensibilité sur la façon dont les voies de tramway et de trambus vont s’insérer dans les différents voisinages.

Que sera l’impact sur les trottoirs et la circulation piétonne locale, sur la densification, quel risque de gentrification ou d’embourgeoisement, comment se feront les sorties de tunnel, pourquoi élargir le boulevard Charest qui est «déjà la plus grosse fracture» dans le quartier, quel impact du pôle d’échange Saint-Roch sur les voisins, y aura-t-il des expropriations, etc.?

Quelques suggestions concrètes. Pourquoi pas un lien mécanique supplémentaire pour piétons près de la côte De Salaberry? «Ça fait 400 ans qu’on monte à pied», de plaider un citoyen. Avez-vous pensé aux poussettes, aux vélos, à des tarifs accessibles?

Cette première consultation a fait événement. 

Dans la salle, plusieurs acteurs publics des dernières décennies; élus et ex-élus, fonctionnaires et ex-fonctionnaires dont l’ex-directeur général de la Ville, Serge Viau, qui avait été à l’origine de la (première) conversion du maire Labeaume à l’idée d’un tramway à l’automne 2009. Ses trois premiers mots: bravo, extraordinaire, enfin!

Beaucoup de citoyens de la basse-ville étaient venus à pied. Quelques-uns en transport en commun et à vélo. D’autres en auto (le stationnement était plein) dont un qui avait mal garé sa Porsche noire. Personne n’est parfait. 

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Le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin était dans sa salle, mais n’a pas pris la parole. Peut-être a-t-il jugé qu’il avait assez parlé.

Difficile de suivre ces jours-ci la stratégie de Québec 21, qui réitère son «opposition ferme» au projet après l’avoir appuyé la veille au conseil municipal. 

M. Gosselin a soutenu que c’est parce qu’il savait le vote perdu d’avance qu’il n’a pas jugé utile d’enregistrer sa dissidence.  

L’explication ne tient pas la route. 

Le vote était aussi «perdu d’avance» lorsque Québec 21 a voté contre le dernier budget, contre le programme d’immobilisations, le futur marché public à ExpoCité et le progrès salarial d’employés.

Entre l’élection de novembre et le conseil de cette semaine, Québec 21 a ainsi voté six fois contre l’administration Labeaume (il a aussi voté 427 fois avec).

L’hypothèse d’une distraction lors du vote sur le projet de transport structurant ne tient pas non plus. On ne peut pas oublier le plus important projet d’infrastructure de l’histoire récente de Québec. 

La seule explication possible est que Québec 21 ne voulait pas enregistrer son opposition et risquer de se faire reprocher jusqu’à la fin des temps d’avoir voté contre un projet de 3 milliards $ financé par les gouvernements. 

Surtout si le projet suscite une forte adhésion le jour où les incertitudes et les inconvénients des travaux seront derrière. 

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En attendant, il semble bien qu’il faudra endurer un peu de politique. MM. Labeaume et Gosselin ne s’en sont pas privés. 

Le maire en s’amusant de l’étonnante position de son adversaire et en présumant que celui-ci ne pourrait plus parler contre le projet de tramway.

M. Gosselin en dénonçant les «déclarations absurdes» du maire et en patinant pour se dépêtrer de ses propres contradictions : 

celle de voter «pour» un projet tout en étant «contre»; celle d’être «contre» tout en n’étant «pas contre» un projet financé par les gouvernements; celle d’être «contre» tout en plaidant qu’il est prématuré de voter.

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Personne ne reprochera jamais à un parti d’opposition d’être contre un projet ni de poser des questions ou apporter des faits qui aident à voir les choses autrement ou mettre en lumière des angles restés dans l’ombre. C’est le rôle d’une opposition. 

La confusion politique des derniers jours crée cependant de la distraction et empêche Québec 21 de bien jouer ce rôle.  

Heureusement que les citoyens ont pris le relais par leurs questions, critiques et suggestions. Les consultations publiques sont décidément plus utiles que les dérapages politiques des dernières semaines. Plus utiles au projet aussi qu’un référendum qui ne conduirait qu’à un oui ou à un non.

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