Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Le premier ministre François Legault a rappelé que 2 % des Québécois souffraient de maladie mentale avant la pandémie et que la proportion a grimpé à 15 % depuis les derniers mois.
Le premier ministre François Legault a rappelé que 2 % des Québécois souffraient de maladie mentale avant la pandémie et que la proportion a grimpé à 15 % depuis les derniers mois.

Victimes silencieuses en santé mentale

CHRONIQUE / «Il ne faut pas se le cacher, on va avoir à faire des choix déchirants», a affirmé mardi le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Souhaitons que la santé mentale et les services sociaux ne soient pas les grands perdants des arbitrages à venir.

Ces secteurs sont depuis longtemps les parents pauvres du vaste réseau de la santé et des services sociaux. Comme l’hébergement et les soins de longue durée pour les aînés.

La première vague de la pandémie nous a révélé les effets désastreux de décennies d’indifférence, d’inaction et d’investissements insuffisants dans les soins et les services aux personnes âgées, qui plus est dans un Québec vieillissant.

La note à payer est énorme humainement et économiquement.

La deuxième vague de la pandémie ne doit pas nous laisser avec un nombre plus grand de personnes souffrant de maladie mentale et sans espoir d’obtenir des soins et des services appropriés.

La facture sera dans ce cas aussi très élevée. 

Non pas tant en nombre de décès- bien que certaines personnes atteintes de maladie mentale voient malheureusement dans la mort la seule issue pour mettre fin à leurs souffrances- mais parce que la maladie mentale non traitée a de lourdes conséquences.

Ce sont des vies tourmentées, brisées, marquées par l’anxiété, l’angoisse, la détresse psychologique, la dépression, la perte de productivité, la violence, la toxicomanie. 

La cheffe de Québec solidaire, Manon Massé, a parlé mardi à l’Assemblée nationale d’une bombe à retardement pour le Québec. Les termes utilisés par la députée ne sont pas exagérés.

Le premier ministre François Legault n’a pas tenté de minimiser le problème. Il a rappelé que 2 % des Québécois souffraient de maladie mentale avant la pandémie et que la proportion a grimpé à 15 % depuis les derniers mois. 

M. Legault a signalé également avoir ajouté de l’argent pour fournir des ressources additionnelles. Il ne parle pas cependant d’en mettre davantage pour ajouter la psychothérapie aux services assumés par le régime public d’assurance maladie. 

Lors de la première vague, le gouvernement a délesté certaines activités dans le réseau de la santé et des services sociaux. Des psychologues, des travailleurs sociaux et d’autres professionnels en santé mentale ou services sociaux ont dû délaisser leur travail habituel pour donner un coup de main au personnel des CHSLD, des hôpitaux ou de la santé publique.

Maintenant que l’on connaît les effets du confinement et de la pandémie sur la santé mentale des Québécois, est-il approprié de répéter le même scénario?

«Il y a un arbitrage à faire», a répondu M. Legault à Manon Massé qui lui demandait s’il s’engageait à mettre fin au délestage.

«Actuellement, il y a une urgence d’ajouter du personnel pour faire plus de prélèvements, pour analyser les cas de COVID-19. Mais on a besoin de plus de personnel», a soutenu mardi le premier ministre, glissant que les psychologues du privé pourraient être une «belle source» de personnel additionnel.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux a approché en septembre des ordres professionnels, notamment celui regroupant les psychologues, pour que leurs membres procèdent à la vaccination contre l’influenza, et éventuellement contre la COVID-19. Les professionnels seraient formés, rémunérés et leur participation serait volontaire.

Un sondage auprès de ses membres a permis à l’Ordre des psychologues de voir que ceux-ci étaient divisés. 43 % des personnes qui ont participé au sondage sont d’accord pour contribuer aux opérations de vaccination, 57 % sont contre.

Dans une lettre à ses membres, la présidente Christine Grou dit avoir réitéré au ministère que sa priorité est l’accessibilité aux services psychologiques et que le rôle principal du psychologue est d’offrir des soins en santé mentale à la population.

L’Ordre des travailleurs sociaux, des thérapeutes sociaux et familiaux du Québec, n’est pas prêt pour sa part à ce que ses membres se lancent dans des opérations de vaccination. 

Une porte-parole a expliqué mercredi que des personnes vulnérables, des enfants, des aînés, des adolescents, des couples, des personnes aux prises avec des dépendances, sont à risques durant la présente pandémie. «C’est une mauvaise idée de délester les professionnels de leurs tâches.» 

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a indiqué de son côté à l’Assemblée nationale qu’il ne voulait pas des délestages comme au printemps. Mais, si la situation se détériore, il se peut qu’il doive de nouveau y recourir pour certains travailleurs sociaux et certaines orthophonistes. 

Ce n’est pas rassurant. 

La veille, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a assuré avoir demandé aux différents pdg des CISSS et des CIUSSS de minimiser l’effet du délestage sur la santé mentale, de faire un bon équilibre. 

Reste à voir si son message sera retenu.