François Bourque
Le Soleil
François Bourque
Le maire de Québec, Régis Labeaume
Le maire de Québec, Régis Labeaume

Va-t-on provoquer une nouvelle surchauffe à Québec?

CHRONIQUE / La Ville de Québec prévoit des investissements d’infrastructures records (le mot est faible) de près de 6 milliards $ en cinq ans, soit 1,2 milliard $ par an en moyenne.

C’est plus du double du rythme de la dernière décennie. Sans parler de tous les autres projets publics et privés d’envergure. Assez pour faire craindre une nouvelle surchauffe de l’économie locale, comme cela s’était produit il y a une dizaine d’années.

Sous l’élan du 400e et de nouveaux programmes d’aide fédérale, les dépenses d’infrastructures de la ville avaient alors atteint un demi-milliard de dollars par an.

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Un rythme jamais vu alors, qui avait contribué à une «surchauffe» de l’économie et à une hausse de prix pour les contrats publics de construction.

Ce rythme élevé avait fini par engorger l’administration municipale qui peinait à gérer autant de projets à la fois et n’arrivait plus toujours à livrer selon l’échéancier prévu.

La cadence a été légèrement réduite au début des années 2010, mais pas pour longtemps, la ville retrouvant vite son rythme effréné pour profiter disait-elle, des bas taux d’intérêt et nouveaux programmes subventions.

Ces dernières années, la rareté de la main-d’oeuvre a ajouté une nouvelle pression sur les prix et sur les échéanciers des projets.

Le programme d’investissement quinquennal (PIQ) 2021-2025 de la Ville de Québec rendu public lundi, ne sera rien pour calmer le jeu.

L’administration Labeaume a beau programmer ses appels d’offres dans les périodes creuses de l’hiver pour obtenir de meilleurs prix, la stratégie a ses limites. Ça ne pourra pas être l’hiver à l’année pendant cinq ans.

On parle pour cette période de près de 6 milliards $ dont 2,7 milliards $ pour le tramway et 520 M $ pour le réseau Réseau de Transport de la Capitale.

On parle aussi d’un tunnel Québec-Lévis, de l’agrandissement du Port de Québec, de 2,7 milliards $ de projet privés seulement dans le corridor du tramway dont 755 M$ pour le projet Humaniti qui a pris le relais du Phare.

On parle aussi de projets privés et publics hors du corridor du Tramway, de projets à Lévis, des chantiers du Pont Laporte et du Pont de Québec, du nouveau Pont de l’Île d’Orléans, des échangeurs à la tête des ponts et autres projets du Ministère des Transports.

Cette liste n’est pas exhaustive. S’il fallait mener concurremment autant de chantiers, on imagine l’impact sur les prix, sur les échéanciers et plus encore peut-être, sur notre qualité de vie.

Les automnes chargés de cônes orange pèsent déjà lourd sur nos nerfs.

Imaginez avec ce qui s’en vient.

Cela fait drôle d’évoquer ce risque en pleine pandémie alors qu’une partie de l’économie est encore à l’arrêt et que la construction non résidentielle n’a pas retrouvé son élan.

Mais à voir la liste des projets pour Québec, difficile de ne pas penser au risque de surchauffe. J’ai posé la question au maire Labeaume à la présentation du budget de la ville.

On l’a souvent vu, il me semble, avoir des explications plus convaincantes:

«Je n’ai pas la réponse. On verra».

«À date, on s’en est assez bien sorti», estime M.Labeaume. Les entrepreneurs aiment travailler pour la ville. Il n’y a pas à craindre pour les entreprises associées au consortium du tramway. Ce sera leur «priorité», prévoit-il. C’est pour le reste que ça devient moins sûr.

Québec aurait-elle dû retarder le tramway ou d’autres projets d’infrastructures, comme beaucoup de citoyens l’ont fait avec leurs dépenses personnelles en ce temps de pandémie?

Attendre que les choses se replacent et jouer de prudence devant l’incertitude économique de la prochaine année. Québec a pu tenir le coup en 2020 grâce à l’aide financière des gouvernements, mais rien n’est acquis pour l’an prochain.

L’administration Labeaume a plutôt choisi de maintenir le rythme de ses investissements et même de l’accélérer.

Une façon de participer à la relance économique de l’après COVID, fait valoir le maire Labeaume. L’argument se défend.

Surtout que nombre de ces projets ont un impact direct sur la qualité de vie des voisinages (parcs, piscines, trottoirs, centres communautaires, etc). Les citoyens ont bien besoin par les temps qui courent de savoir que la ville pense à eux et cherche à leur adoucir la vie.

L’autre argument pour maintenir de fortes dépenses d’infrastructures est celui des bas taux d’intérêts. On l’a beaucoup entendu ces dernières années, mais la tentation était encore plus forte cette année avec des taux records. Encore un peu et les banques et caisses vont nous payer pour emprunter.

Québec avait prévu l’an prochain retrancher 24 M $ à sa dette accumulée de 1,5 milliard $. La réduction ne sera finalement que de 10 M $, la ville ayant préféré réemprunter la différence pour de nouveaux projets.

***

Aussi loin que je me souvienne, il ne me semble pas avoir déjà vu un budget de dépenses dont la hausse soit inférieure à l’inflation. C’est habituellement le contraire et souvent par de fortes marges. Pas cette fois.

Les dépenses-revenus de fonctionnement pour 2021 (1,6 milliard $) seront à peine 1.1 % plus élevés qu’en 2020.

On peut y voir un effet de la pandémie qui force à revoir l’offre de services et atteint les revenus.

On pourrait aussi y voir aussi un effet de l’année électorale qui s’amorce, face à un parti d’opposition, Québec 21, qui reproche à l’administration Labeaume d’être trop dépensière.