La psychologue Suzanne Vallières explique qu’il ne faut jamais ignorer un enfant qui fait une crise. Les parents croient souvent qu’on le laisse gagner si on le console, mais ce n’est pas le cas, affirme-t-elle.

Va (pas) dans ta chambre!

«Va dans ta chambre!» La phrase, souvent lancée sur un ton énervé (voire dans un cri de désespoir!), est familière à bien des parents et enfants. Claquement de porte. Pleurs ou cris. Les joies de la discipline, vous dites-vous, mais c’est pour son bien, non?

Non. Pas vraiment. Cette façon de faire, au lieu de calmer l’enfant, ne fait que le rendre plus anxieux, plus triste, parce qu’il se sent abandonné avec son émotion, explique la psychologue Suzanne Vallières, conférencière et auteure des livres Les Psy-trucs. Elle ne recommande d’ailleurs pas cette option, peu importe l’âge des enfants.

La psychologue était au Salon Maternité Paternité Enfant samedi le 21 avril. Pour répondre aux interrogations du public sur la discipline des enfants de 0 à 5 ans. 

Comme parents, on se remet souvent en question. On entend tellement de conseils, — qui sont souvent contradictoires en plus. De nos proches. «Laisse-la pleurer, elle n’en mourra pas!»

D’experts, qui ne s’entendent vraiment pas tous sur les méthodes à suivre. Pas facile de s’y retrouver. Et difficile de ne pas se sentir coupable quand on pense qu’on a mal géré une situation. A-t-on été trop sévère? Pas assez?

Mais là, n’allez pas vous flageller parce que vous avez déjà envoyé votre enfant en punition dans sa chambre. Vous l’avez sûrement vécu en tant qu’enfant. Moi aussi. On n’en est pas morts. Les conseils, c’est pour aider. Pas pour vous stresser... Je le dis pour que ça me rentre dans la tête aussi. Plus facile à dire qu’à faire comme on dit.

Mais bon, en même temps, on dirait qu’on ne peut pas s’empêcher d’en lire, de ces fameux conseils-là. Alors en voilà quelques-uns de plus!

Si on n’envoie pas notre gamin dans la chambre, qu’est-ce qu’on fait? Pour un enfant en bas de 4 ans, Suzanne Vallières dit que faire diversion est souvent la meilleure option. Par exemple, vous avez bien averti de ne pas jouer avec tel objet qui est sur la table. Après avoir dit non, vous amenez l’enfant dans une autre pièce, pour lui changer les idées.

Si on sent qu’on a besoin de retirer l’enfant, on devrait plutôt l’asseoir dans une pièce commune. Sur une chaise par exemple. Ou s’il est tellement «désorganisé» qu’il trouble les autres enfants, alors on va dans la chambre avec lui.

Et on multiplie le nombre de minutes par son âge, comme on a souvent entendu parler? «Cinq minutes pour un enfant de 5 ans, c’est comme trois heures pour nous. C’est énorme. Tout ce qu’on va faire c’est ramener l’enfant sur la chaise et on perd avec ça un peu le fil de pourquoi on voulait qu’il s’assoie sur la chaise.» Et l’enfant aussi d’ailleurs.

Et la crise de bacon?
Et la crise de bacon, on fait quoi? Juniorette qui se lance par terre au magasin parce que vous lui avez refusé du chocolat ou je ne sais plus quoi. On la laisse pleurer, ce sont des caprices? Surtout que les gens autour observent et on se sent jugé, ce qui fait monter le stress d’un cran…

La psychologue explique qu’il ne faut jamais ignorer un enfant qui fait une crise. «Un enfant qui fait une crise de bacon, c’est un enfant qui est souffrant. Il se dit, moi, je ne me possède plus, je n’ai plus le contrôle sur rien de ce qui se passe.»

Il faut plutôt prendre l’enfant et le consoler. «Souvent les gens, ce dont ils ont peur, c’est que quand on dit non à l’enfant, ou que l’enfant fait une crise, de le prendre dans nos bras, on a l’impression qu’il a gagné. Mais l’enfant n’a rien gagné. On ne lui dira pas plus oui pour le chocolat. On maintient notre non.»

Les enfants en bas de 4 ans ne sont pas encore capables de se consoler seuls, précise-t-elle. «Son processus cognitif ne lui permet pas ça. […] «C’est comme si on demandait à un enfant de marcher à six mois parce qu’on trouve que c’est du caprice de le transporter», illustre la psychologue.

Encore là, respirez. Ce n’est pas parce que vous avez déjà laissé pleurer votre enfant dans l’allée du IGA devant la crème glacée trois couleurs que vous êtes une mauvaise personne. On apprend.

Mais de toute façon, si on a une bonne autorité parentale, indique Mme Vallières, on devrait être capable de désamorcer la plupart des situations sans que l’enfant se rende là. Comment?

Le fameux 1,2,3, bien sûr! On annonce clairement une consigne, à la hauteur de l’enfant, pour être sûr qu’il nous a bien entendu. Pas en la criant à partir de la cuisine parce qu’on est en train de désosser le poulet.

On énonce une mini-conséquence, facile à comprendre et à tenir. Pas de menaces en avril d’écrire au père Noël pour lui dire qu’il n’a pas été sage ou de le priver de télé pendant une semaine. Une trop grosse conséquence fera peut-être un peu peur à l’enfant, mais il n’y croit pas vraiment. Alors il n’écoutera pas.

«Tu arrêtes de sauter sur le sofa, sinon tu ne pourras plus aller dans le salon jusqu’au souper.» «Pour un enfant, c’est très pénalisant. Même si c’est pour 10 minutes. C’est plus pénalisant que s’être fait asseoir sur une chaise.»

Mais de toute façon, la psychologue fait valoir qu’en général, on n’aura pas besoin de se rendre à la conséquence. Mais pour ça, il faut de la constance! Si l’enfant sait qu’il y aura une conséquence au compte de trois, il va écouter. S’il sait que vous lâchez votre bout une fois de temps en temps, il va toujours tester.

Alors ne reste plus qu’à mettre tout ça en pratique. Allons-y, on répète : «Ne va pas dans ta chambre!»