L’Institut de réadaptation en déficience physique du Québec fournit un fauteuil motorisé aux cinq ans. Pour une personne qui, comme Martin, désire obtenir un nouveau fauteuil avant le délai prescrit, les options sont rares, même dans le cas d’un vol.

Une bonne et une mauvaise nouvelle

CHRONIQUE / Je commence par laquelle, la bonne ou la mauvaise?

La bonne, tiens.

Je vous ai parlé le 13 octobre d’un gars de 44 ans, Martin, atteint de sclérose en plaques, qui s’était fait voler son fauteuil roulant motorisé en plein de jour, en l’espace de quelques malheureuses secondes, alors qu’il l’avait quitté des yeux pour aller aux toilettes. Et puis, pouf, plus de fauteuil.

Le fauteuil qu’il avait lui avait été fourni par l’Institut de réadaptation en déficience physique du Québec, il a appelé pour savoir s’il pouvait en avoir un nouveau, on lui a appris qu’il avait droit d’en avoir un aux cinq ans, qu’il lui restait un peu plus de deux ans avant de le remplacer. 

Ça voulait dire plus de deux ans à tourner en rond chez lui. Plus de deux ans sans pouvoir aller seul à l’épicerie pour s’acheter une douzaine d’œufs.

Vous avez été nombreux à être touchés par l’histoire de Martin. Quelques heures après la publication, ma boîte de courriels avait des allures de Kijiji. Des personnes se sont spontanément offertes pour lui donner, ou lui prêter, un nouveau fauteuil motorisé ou un quadriporteur.

Des gens ont offert de l’argent pour lui en acheter un nouveau.

D’autres m’ont raconté d’autres histoires de vols, la palme va à cet homme dont la mère s’est fait voler sa marchette qu’elle avait laissée à la porte... de la chapelle des Ursulines. Une amie a voulu lui prêter une canne rétractable qu’elle avait toujours avec elle au cas où, disparue aussi.

C’est l’enfer direct.

Revenons à Martin. Le bureau de la députée Agnès Maltais a contacté les gens de l’Institut, où déjà, on avait commencé à étudier les options de Martin pour lui procurer un autre fauteuil. Les options sont rares, la RAMQ ne couvre qu’un certain nombre de modèles qui figurent sur une liste précise. Des fauteuils qui coûtent entre 7000 $ et 9000 $.

Un conseiller de Mme Maltais a fait une demande en son nom à la RAMQ, ça ne coûte rien d’essayer.

Martin a donc accepté l’offre d’une famille qui lui a offert le fauteuil motorisé dont le père ne se servait plus. Le véhicule n’a pas une très grande autonomie, mais bien assez pour aller s’acheter des œufs. «Le petit fauteuil me convient parfaitement pour la maison et les commissions», m’a écrit Martin, qui a retrouvé une partie de son autonomie et, par le fait même, de son moral.

La mauvaise, maintenant.

Je vous ai raconté l’histoire de Lise Bilodeau, cette femme de Québec dont une des filles a été assassinée le 8 août 2013 en Ontario par un jeune homme qui avait essayé de l’empoisonner avant de lui trancher la gorge avec un couteau. Le procès venait à peine de se terminer.

Le meurtrier avait été reconnu coupable par un jury de meurtre au premier degré. «Il a eu 25 ans fermes», m’avait dit Lise, soulagée de pouvoir tourner la douloureuse page du processus judiciaire. Elle venait de recevoir, quatre ans après son décès, les effets personnels de sa fille. Pour ce qui en reste. «Ils m’ont envoyé sa sacoche et aussi une petite enveloppe avec le collier qu’elle portait, il est plein de sang. Je vais brûler ça, pour franchir une autre étape du deuil.»

Elle ne pourra pas la franchir. 

Pas encore.

La semaine passée, Lise a été informée que la demande d’appel du meurtrier a été acceptée. Ce qui veut dire, en clair, qu’elle aura à revivre une fois de plus le même calvaire, aller entendre encore le récit à glacer le sang des derniers moments de sa fille. Relire les dizaines de textos que l’homme a envoyés à une amie pour lui raconter en détail son crime.

Pour lui dire que tuer, ce n’était pas si pire que ça finalement.

Lise a aussi appris quelques jours plus tôt que sa demande d’indemnisation de victimes d’actes criminels de l’Ontario, elle, a été refusée. «Conclusion : Il n’y aura aucune compensation, je ne respecte pas le troisième critère qui est à l’effet d’être sur les lieux du crime.»

Il ne suffit pas, visiblement, d’avoir à vivre avec l’image de sa fille qui meurt au bout de son sang dans un bain.

Image qu’elle devra voir encore et encore, le nouveau procès replongera Lise dans l’horreur de ce sordide assassinat, commis par Jonathan Townsend, alors qu’il avait 21 ans. Le crack de l’informatique avait invité Corellie chez lui pour la prendre en photo, pour illustrer un jeu vidéo.

Il aura pris sa vie, finalement.

Et celle de Lise aussi.