Un tournoi de chasse à la marmotte

CHRONIQUE / L’équipe de Chassomaniak organise un tournoi de chasse à la marmotte, aussi appelée siffleux, le samedi 12 mai à Jonquière. Cette activité fait réagir certaines personnes qui s’interrogent sur l’intérêt de chasser un animal qu’on ne mange pas.

« Ça fait 20 ans qu’on organise ce genre d’événement dans la Beauce et on veut tenter l’expérience à Jonquière cette année », fait valoir François Ratté, fondateur avec Mathieu Pouliot de cette entreprise spécialisée dans la production de films de chasse et pêche dont les aventures sont diffusées à TVA Sports.

« C’est une chasse de plus en plus populaire au Québec. Ces petites bêtes causent bien des ennuis aux agriculteurs. Les siffleux creusent des trous dans les champs et les vaches peuvent se blesser en marchant dans les pâturages si elles mettent les pattes dans un terrier. Les monticules de terre laissés par les marmottes peuvent aussi endommager la machinerie agricole », explique celui qui sera aussi juge lors du tournoi.

Tir de précision

« C’est un bon exercice de tir de précision pour les amateurs d’arme à feu qui profitent aussi de cette activité pour marcher dans les champs toute la journée et jouir du grand air. Les calibres utilisés sont des carabines .22 ou des .17 HMR, avec des plombs plus petits pour une plus grande vélocité, », laisse entendre le chasseur d’expérience. « Le tournoi organisé en Beauce attire entre 100 et 150 chasseurs chaque année », dit-il, indiquant qu’il se récolte entre trois et quatre marmottes par équipe de chasseurs.

Les adeptes ont donc rendez-vous le samedi 12 mai au restaurant 400 coups de Jonquière dès 7 h pour les inscriptions au coût de 40 $ par équipe de deux chasseurs (20 $ par chasseur et équipe de 2 maximum). « Nous allons expliquer les règlements du tournoi lors de l’inscription et des agents de protection de la faune seront sur place pour expliquer la réglementation pour cette espèce dont la chasse est permise à l’année sans limites de prise. »

Le gagnant du tournoi est déterminé au hasard et les participants courent la chance de remporter l’un des prix de présence.

Pas pour manger

« Ce n’est pas un gibier reconnu pour ses qualités gastronomiques, mais nous avons tenté quelques recettes pour dégustation lors du dernier tournoi. Ça goûte un peu la chair du lièvre ou du poulet », fait savoir François Ratté, dont la conjointe est originaire de Jonquière, ce qui l’a incité à organiser cet événement dans la région. « Quand les carcasses sont laissées dans les champs, ce sont les renards et les oiseaux de proie qui se nourrissent de ces bestioles, mais dans le cadre du tournoi les bêtes sont remises à des chasseurs d’ours qui s’en servent pour appâter », fait savoir le cofondateur de Chassomaniak.

Lors du tournoi, les chasseurs devront rapporter leurs bêtes abattues, posséder un permis de chasse au petit gibier et porter le dossard. Tous les types d’armes de chasse légales sont permis, mais les organisateurs recommandent d’utiliser des petits calibres comme .17 HMR, .22-250, 204, et .22. Il n’y a aucun territoire d’alloué, donc les chasseurs doivent respecter les propriétés privées.

Une première

Au bureau de la protection de la faune à Chicoutimi, l’agent Claude Larouche, qui compte plus de 35 années d’expérience, assure que c’est la première fois que ce genre d’activité est organisée dans la région. « Les cultivateurs font appel à des chasseurs pour contrôler les populations de marmottes qui causent des dommages sur leur terre, mais c’est la première fois qu’un tournoi sportif est organisé », assure l’agent de la protection de la faune.

« La marmotte est considérée comme un petit gibier et les règlements de chasse doivent être respectés tout comme le code d’éthique des chasseurs qui les invite à demander la permission aux cultivateurs avant de pénétrer sur leur terre pour pratiquer la chasse, comme cela se fait pour les oiseaux migrateurs », met en relief Claude Larouche. « D’autres espèces comme la corneille et le pigeon sont aussi chassées pour les dommages qu’ils causent sur les terres », ajoute-t-il.

Des agriculteurs contents

Du côté de l’UPA, le président régional Mario Théberge voit cette activité comme une occasion d’éliminer cet animal fouisseur qui cause beaucoup de problèmes à la machinerie. « Je suis certain que les cultivateurs vont se montrer favorables à accueillir les chasseurs de marmottes sur leurs terres. Les marmottes creusent des galeries. Une bête peut creuser de quatre à cinq trous et laisse des monticules de terre de cinq à six pouces de haut qui peuvent endommager la machinerie quand on travaille le sol », confirme le président régional de l’UPA.

Animal importun

Sur les sites du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, on considère la marmotte comme un animal importun et la chasse est une façon de contrôler la population. La présence de ces animaux peut entraîner des pertes de récolte si les faucheuses de foin coupent 10 pouces plus haut ; leurs terriers peuvent causer des blessures aux animaux de ferme et aux cueilleurs qui marchent dans les trous ; leurs activités peuvent causer l’assèchement des racines sous les arbres fruitiers ou ornementaux, en plus de diminuer l’efficacité des travaux de drainage.

La marmotte commune (Marmota monax) est un rongeur, faisant partie de la famille des sciuridés, d’une longueur de 44 à 65 cm et son poids varie entre 2 et 6 kilogrammes. Elle vit entre quatre et six ans en milieu sauvage, mais en captivité sa longévité peut atteindre 10 ans. Ses petits s’appellent marmottons. Sa fourrure est brune ou marron, parfois entièrement noire ou entièrement blanche, et passe le plus clair de son temps à manger et à se chauffer au soleil. Son surnom de siffleux vient du fait qu’elle émet un sifflement puissant pour donner l’alerte aux autres marmottes qui vont se réfugier dans leur terrier.

Une légende bien connue veut que la marmotte sorte de son terrier le 2 février pour jeter un coup d’oeil à la température extérieure. Au moment où elle sort, si le ciel est ensoleillé, la marmotte voit son ombre. Alors, elle rentre à nouveau dans son terrier et on dit que l’hiver sera long. Sinon, on pense que le printemps sera hâtif.