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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Même si elles sont coûteuses, les mesures du budget Freeland répondent à des besoins réels. C’est indéniable. Mais leur ampleur indique bien l’existence d’un vrai déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces.
Même si elles sont coûteuses, les mesures du budget Freeland répondent à des besoins réels. C’est indéniable. Mais leur ampleur indique bien l’existence d’un vrai déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces.

Un «envahisseur» et un nouveau déséquilibre fiscal

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CHRONIQUE / Le Parti québécois n’a pas été avare de qualificatifs durs pour dénoncer le budget fédéral : «malhonnêteté crasse», «approche de tricherie», «envahisseur», etc.

«Est-ce encore du fédéralisme quand le gouvernement agit comme un prédateur dans les compétences des provinces?» a lancé le péquiste Martin Ouellet.

Les mots étaient mordants. Mais au-delà des termes utilisés dans le but de souder son camp et de tenter de l’élargir un peu, le PQ a raison sur le fond.

À propos du jugement du juge Marc-André Blanchard sur la laïcité québécoise, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a fait valoir que «le cadre juridique canadien» nous entraîne «dans une situation où nous ne pouvons pas, sur le territoire québécois, faire nos propres choix». 

Le PQ s’est indigné autant qu’il le pouvait cette semaine. Mais le budget de Chrystia Freeland et la sentence de Marc-André Blanchard arrangent tout de même ses affaires — politiquement ou stratégiquement parlant. Ils le devraient en tout cas, s’il est vrai que ce parti répercute bel et bien une opinion répandue dans la population, comme il le croit et comme on peut le penser.

Si les aiguilles des sondages ne bougent pas un peu en sa faveur prochainement, ou en faveur de l’idée de la souveraineté, ce ne sera pas réjouissant pour lui.

Ce sera peut-être que bien des citoyens, même parmi ceux n’appréciant guère les intrusions d’Ottawa, se disent qu’on est en face de deux logiques respectables. Ou que ces intrusions ne valent pas le chemin de la souveraineté que promeut le PQ.

Ce qui est sûr, c’est que ni le budget ni la Cour supérieure n’ont arrangé les affaires du parti de Dominique Anglade à court terme.

La cheffe libérale reconnaît des mérites à l’exercice budgétaire de Mme Freeland : «Le budget fédéral, bien qu’imparfait, a néanmoins une volonté d’amoindrir les effets de la crise sur les femmes, de réduire les inégalités, de favoriser l’inclusion et une véritable relance économique verte.» Personne ne doit faire comme si ce n’était pas le cas.

Dominique Anglade a cependant voulu être la plus claire possible et ne pas se contenter du mot «imparfait». Citons-la encore : «Le fédéral aurait mieux fait d’augmenter les transferts en santé au lieu de venir jouer dans les compétences des provinces.» C’est là que le bât blesse, en effet.

Mais le plus dur pour Mme Anglade a bien sûr été le jugement sur la loi de la laïcité. Toute cette question a éloigné son parti de la majorité des Québécois francophones ces dernières années.

Des libéraux aimeraient-ils reculer le temps et voir les gouvernements Charest ou Couillard adopter le compromis Bouchard-Taylor proposé en 2008? Sans aucun doute.

Sur ces deux questions, Québec solidaire a surtout cherché à s’esquiver ces derniers jours. À aucun de ses points de presse lançant sa journée à l’Assemblée nationale, il n’a d’emblée abordé l’une ou l’autre.

C’est que sur la laïcité, QS partage le regard du juge Blanchard. Et le parti sait que cette position est impopulaire dans l’électorat francophone en général. D’où sa volonté d’aborder d’autres sujets — lesquels n’étaient pas moins importants, cela dit.

Outre qu’elle divise le Québec, qu’elle établit des régimes différents entre écoles francophones et anglophones en matière de signes religieux, le pire dans la décision du juge Blanchard est qu’elle superpose une fragmentation linguistique à un litige entre une majorité et des groupes minoritaires religieux.

Coalition…

Du côté de la Coalition avenir Québec, le mot «coalition» a repris tout son sens cette semaine — coalition entre nationalistes et indépendantistes d’un côté et fédéralistes de l’autre.

«Il est de notre devoir, en tant que représentants élus, de faire valoir notre caractère distinct, nos spécificités et nos valeurs et de faire respecter nos choix collectifs», a déclaré, solennel, après la décision du juge Blanchard, le ministre Simon Jolin-Barrette, la principale voix «nationaliste» au sein du gouvernement Legault.

À propos du budget d’Ottawa, on a certes entendu François Legault dénoncer «cette mauvaise habitude de Justin Trudeau de vouloir centraliser» et «de jouer au papa avec les provinces». Mais c’était plus pour la forme. Il ne renonce évidemment pas à exiger qu’Ottawa hausse ses transferts en santé à hauteur de 35 % des dépenses des provinces, mais c’était comme un exercice obligé. C’était dit comme ça, en passant.

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, a joué, lui, la carte de l’accommodement avec Ottawa. Il a relevé que la part financière que recevra Québec du programme pancanadien de garderies de 30 milliards $ donnera de l’oxygène à son propre cadre financier. Il en attend près de 1 milliard par année et jusqu’à 1,9 milliard en 2025-2026, s’il voit bel et bien le jour.

Déséquilibre fiscal et autre

Même si elles sont coûteuses, les mesures du budget Freeland répondent à des besoins réels. C’est indéniable. Mais leur ampleur indique bien l’existence d’un vrai déséquilibre fiscal entre le fédéral et les provinces.

C’est ce qu’il faut retenir de ce budget : l’existence d’un vrai déséquilibre dans les moyens financiers. C’est ce déséquilibre qui permet à Ottawa de prendre des initiatives qui ne devraient pas relever de lui.

Bien que la société québécoise ne soit pas unanime, la semaine a mis en exergue l’autre déséquilibre existant au sein de la fédération canadienne, soit le choc en matière de droits; entre droits collectifs et droits individuels. D’où le recours à la clause dérogatoire pour la loi 21, en juin 2019, et son utilisation vraisemblable dans le projet à venir de refonte de la loi 101.

Concluons avec cette petite phrase prononcée mardi par le ministre Jolin-Barrette sur le «choix» du Québec d’une laïcité à la québécoise : «Votre gouvernement défendra ce choix jusqu’au bout.» Il s’adressait aux citoyens. Mais aussi à l’électeur en eux.

Pour l’heure, on ne sait pas ce que signifie ce «jusqu’au bout».

Jusqu’à une éventuelle croisée des chemins? Laquelle?