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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan

Un enfant brisé au vu et au su de la DPJ

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CHRONIQUE / L’enfant de 12 ans a eu, en guise de comité d’accueil au centre de réadaptation où on devait l’aider, un agresseur sexuel dans les douches.

Trois jours après son arrivée.

Des intervenants étaient juste à côté, ils ont tout entendu, quelqu’un a vu l’enfant, qu’on appellera Jean, s’effondrer en état de choc dans sa chambre tout de suite après. Et qu’est-ce qu’on a fait? On a changé une serrure de porte et on a remplacé deux causeuses par des fauteuils dans une salle commune.

L’enfant n’a eu aucun soutien.

L’enfant a même continué à côtoyer son agresseur, un adolescent connu pour ses «comportements sexuels intrusifs».

Mais ce n’est pas le pire dans cette sordide histoire de maltraitance mise en lumière dans le jugement que vient de rendre Jean-François Noël de la Chambre de la jeunesse. Les responsables de ce centre de réadaptation de l’Outaouais ont agi comme si rien ne s’était passé, ils ont fait croire aux parents qu’ils avaient fait un signalement.

Ils ont même refusé de remettre des documents à la police, l’empêchant ainsi de pouvoir mener son enquête.

Dans le lot de tout ce qui est arrivé à cet enfant pendant qu’il était «confié» à ce centre, le juge a retenu, en plus de «l’incident de la douche», deux autres événements où le jeune a été littéralement tabassé par des agents de sécurité, dont une fois alors qu’il attendait tranquillement sa mère à l’extérieur du centre.

Il avait droit à une sortie, le message ne s’était pas passé.

Et ce qui est pire encore, on s’étonnait que le jeune ne soit pas gentil, qu’il ait des comportements agressifs. Alors on le punissait encore et encore, on était toujours plus dur en espérant… en espérant quoi? Qu’il fasse confiance à ces gens qui avaient fermé les yeux sur son viol?

Ce que cette histoire montre, c’est tout l’entêtement et l’acharnement dont la DPJ est capable pour arriver à ses fins. Ça va jusqu’à omettre des informations, à ne pas trouver un rapport qui aurait pu être incriminant, à taire les mauvais quarts d’heure que passait le jeune. Jusqu’à obliger l’intervenante de l’enfant à défendre devant le tribunal la «position de l’établissement», contraire à ce qu’elle voulait recommander.  

C’est elle qui connaît le mieux l’enfant, a noté le juge. Et celle qui s’occupait de ce jeune avait son bien-être à cœur.

On l’a ignorée.

Dans sa décision, le juge déplore que la DPJ n’ait pas dit un mot sur ce que vivait l’enfant lorsqu’elle s’est présentée en cour pour la révision du dossier. «Le rapport préparé pour l’audition note le long et difficile séjour de l’adolescent en centre de réadaptation. On y fait état des comportements provocateurs et parfois violents de l’adolescent et des blessures qu’il aurait infligées à une intervenante dans le contexte d’une contention. L’agression physique dont il a lui-même été victime est toutefois passée sous silence.»

Pas un mot.

Le juge Noël insiste, il souligne à plus d’une reprise que le tribunal était en droit de s’attendre à «plus de transparence». Son jugement est sans équivoque. «Les lésions sont graves et répétitives et elles méritent d’être dénoncées avec vigueur, sous la forme d’un blâme adressé à la DPJ.»

Le père de Jean a finalement réussi à le sortir du centre de réadaptation en août 2019 et depuis, il doit réparer les pots cassés. «Il va falloir que je paye le dentiste, le sexologue. Mon gars a 17 ans aujourd’hui, il n’est pas scolarisé, il n’a jamais appris comment se comporter en société. Il est toujours de glace, il ne sait pas comment agir, il n’a pas d’amis», m’a-t-il expliqué au téléphone.

Dans la poursuite, le père avait demandé pour son fils, comme mesure de correction, de «bénéficier d’un suivi psychologique pour l’aider à guérir des traumatismes subis en centre de réadaptation». Le juge n’a pas pu l’imposer. «Malgré toute la sympathie qu’éprouve le soussigné pour l’adolescent et les traumas vécus, la juridiction conférée par l’article 91 de la L.P.J [Loi sur la protection de la jeunesse] ne permet pas au Tribunal d’ordonner des mesures correctrices au-delà de sa majorité.»

Il n’aura donc jamais eu d’aide.

Voilà un dossier où l’intérêt de l’enfant est passé dans le tordeur.

Et l’enfant avec.