Édith Cochrane et Guylaine Tremblay se sont acquittées de leur tâche avec brio, donnant du relief à un gala qui en aurait manqué autrement, pense notre chroniqueur.

Un duo drôle et mordant

CHRONIQUE / Excellentes l’an dernier, Édith Cochrane et Guylaine Tremblay n’avaient pas la tâche facile dimanche soir : attirer un large public avec comme matière première, des films en nomination que les gens ont très peu vus, avec un temps superbe à l’extérieur. C’est bien souvent le cas du Gala Québec Cinéma, que présentait ICI Radio-Canada Télé dimanche soir et qui a couronné Les affamés. Un peu moins surprenantes, les deux femmes n’en ont pas été moins mordantes.

Après avoir constaté que l’élastique tenait le coup l’an dernier, le duo d’animatrices n’a épargné personne dans un numéro d’ouverture juste assez cinglant. Beaucoup d’autodérision et d’ironie. «C’est vrai que dans le milieu, on attend que les abuseurs soient morts pour les dénoncer», a lancé Guylaine Tremblay pour souligner que le cinéma québécois avait été épargné par la vagues de dénonciations cette année, une allusion à Claude Jutra, qui a hanté le gala ces dernières années.

Bonne idée de rapprocher les tables des spectateurs, question que ce monde se parle un peu plus. «Y’a des films d’auteur qui vont finir par être le fun à regarder. Pis encore, y’a peut-être des films populaires qui vont finir par être bien écrits», a blagué Édith Cochrane. Pas de motomarine comme aux Oscars pour récompenser les remerciements les plus courts, mais une location de pédalos sur la rivière des Mille-Isles. À ce titre, les gagnants n’ont pas abusé de leur temps pour dire merci.

Le duo d’animatrices a parlé de deux films de zombies en nomination: Les affamés... et Pour vivre ici de Bernard Émond, avec une Élise Guilbault errant dans la ville. «En tout cas, est’ ait bonne!» a lancé Guylaine Tremblay. Plutôt que de se battre contre la perception d’un cinéma québécois déprimant, les deux animatrices s’en sont amusées. Entre autres avec cette fausse bande-annonce d’un film intitulé «La défriche». «Coupe à blanc, coupe à vin, coupe à vaincre!» scandaient gravement Édith Cochrane en mariée qui pleure et Guylaine Tremblay en femme des bois. Sketch très drôle du même duo en donneurs de subventions, qui posent des questions insensées, comme «pourquoi ça s’intitule Pieds nus dans l’aube si le personnage principal est toujours en souliers?»

Déjà quand on l’a vu dans 30 vies, on a su que Théodore Pellerin, révélation de l’année pour Chien de garde, irait loin. Récompensée pour son rôle de soutien dans Les affamés, Brigitte Poupart a eu la gorge nouée en remerciant Robin Aubert d’offrir «des rôles féminins qui sortent des clichés», puis a salué «toutes celles qui se lèvent et dénoncent».

Même si les films dits populaires ont été ignorés pour la catégorie principale, on a demandé à Patrick Huard de saluer le travail des scénaristes, ce qu’il a fait de manière percutante. Parce que tout part d’une bonne histoire. Nicole Bélanger a gagné pour le très beau Les rois mongols, un baume sur un cancer qu’elle a vaincu.

L’«hommagé» de la soirée, André Forcier, n’est pas un tribun, mais son cinéma est puissant et singulier, et on le sentait en revoyant les extraits de ses films. «Vous empiétez sur mon temps», a-t-il dit sur un ton bourru pour faire taire les applaudissements et lancer un discours tout sauf enjoué, égal au personnage. «Mes fils n’arrêtent pas de triper sur tes films, mon estie», a-t-il envoyé à Robert Morin. Deux conseils en terminant : «Au cinéma, il faut être plus intelligent que le problème. Deuxio : les idées passent par les émotions, pas le contraire.»

Remerciements trop courts – c’est rare qu’on dit ça – de Robin Aubert, récompensé pour ses Affamés, qui a salué ses deux mentors André Forcier et Robert Morin, «même si vous avez un caractère de marde». «L’important, c’est de participer», a conclu le réalisateur dans l’hilarité générale. Christian Bégin a le sens de la formule; il a remercié le premier assistant du film «Le problème d’infiltration», Jean-Martin Gagnon, qui a suggéré son nom au réalisateur. «Robert Morin m’a googlé et a dit : « je pense que c’est une ostie de bonne idée ». […] «On a besoin de gens comme toi, Robert Morin», a-t-il lancé au réalisateur, parvenant à l’émouvoir, ce qui n’est pas un détail.

Pas convaincu de la présentation un peu conventionnelle et très récitée des titres en nomination pour l’Iris du meilleur film, saupoudrés ici et là dans la soirée par plusieurs personnalités. Une méthode paresseuse, qui manquait de punch. Les textes de présentation des catégories par des acteurs invités n’étaient pas toujours drôles. Dans les circonstances, Édith Cochrane et Guylaine Tremblay se sont acquittées de leur tâche avec brio, donnant du relief à un gala qui en aurait manqué autrement.