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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Shannon Ferguson a été tué dimanche soir par son fils de 14 ans dans la communauté de Kitigan Zibi.
Shannon Ferguson a été tué dimanche soir par son fils de 14 ans dans la communauté de Kitigan Zibi.

Un drame humain d’abord

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CHRONIQUE / Un ado de 14 ans aurait tué sa mère à coups de hache dans la communauté autochtone de Kitigan Zibi, près de Maniwaki. Un drame terrible, horrible, indescriptible. Qui laisse toute une communauté sous le choc.

Aucun doute là-dessus.

Mais gardons-nous une petite gêne avant d’en faire un drame «autochtone».

Parce que pour le moment, du peu qu’on sait de l’histoire, c’est un drame qui aurait pu se produire n’importe où.

Tiens, le Québec vient d’être frappé par une vague inquiétante de 13 féminicides. En conclut-on pour autant que cette vague de meurtres où des femmes sont tuées parce qu’elles sont femmes est un problème «blanc»?

Pas une seconde.

À Kitigan Zibi, le présumé meurtrier s’est enlevé la vie en provoquant une collision frontale sur la route 105. Il avait des problèmes de dépendances et pourrait souffrir de schizophrénie, selon sa tante, citée par le Journal de Montréal. Encore une fois, soyons prudents avant de faire un lien entre le drame et les origines autochtones du jeune. Des gens avec des problèmes de dépendance et de santé mentale, il en court les rues de toutes nos grandes villes.

Kitigan Zigi a la réputation d’être l’une des réserves les mieux gérées du Québec. C’est une communauté moderne, alerte, éveillée. Qui a établi ses propres programmes sociaux. Qui a compris très tôt qu’il fallait miser sur l’éducation. Quelqu’un me disait que l’école de la communauté a été l’une des premières, sinon la première au Québec, à se doter d’ordinateurs portables il y a une vingtaine d’années.

Je ne dis pas de nier les problèmes de violence chez les peuples autochtones du Canada. Ils existent, ils sont documentés. Mais évitons de sauter trop vite aux conclusions, au risque de rallumer les vieux préjugés.

Voilà quelques semaines, j’ai fait un reportage sur le Fab Lab autochtone à Gatineau. Un projet extraordinaire où des jeunes retrouvent leur fierté et leur identité d’autochtone en fabriquant des objets traditionnels avec des imprimantes 3D et de fraiseuse numérique.

C’était beau d’entendre les jeunes raconter le bonheur de renouer avec leurs origines. J’ai senti que c’était précieux pour eux. Fragile aussi. Les blessures sont profondes.

Les temps sont durs pour la réconciliation avec la découverte de milliers de tombes d’enfants près d’anciens pensionnats autochtones.

N’oublions pas que ce qui s’est passé à Kitigan Zibi, c’est d’abord un drame humain. L’heure est à la retenue, à la juste mesure. Et au respect.

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