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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le ministre des Finances, Eric Girard
Le ministre des Finances, Eric Girard

Un déficit allégé de trois milliards en 60 jours

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CHRONIQUE / En deux mois à peine, le ministère des Finances du Québec a réduit de trois milliards de dollars ses prévisions de déficit budgétaire pour l’année 2020-2021. Trois milliards en quelques semaines, ce n'est pas rien.

La prévision budgétaire est un exercice déjà difficile pour un gouvernement en période dite «normale»; imaginez lors d’une épidémie chamboulant presque tout.

Le 25 mars dernier, lors de la présentation de son budget 2021-2022, le gouvernement Legault annonçait que l’année financière qui s’achevait se terminerait par un déficit de 15 milliards de dollars (avant l’utilisation de la «réserve de stabilisation»). Or, il estime maintenant qu’elle se clôturera par un déficit de 12 milliards de dollars.

Le déficit très officiel de l’année dernière ne sera pas établi avant quelque temps, mais on sait d’ores et déjà, donc, qu’il sera au moins de 3 milliards moins important que ce qui était prévu il y a quelques semaines. Cette situation est entre autres due, explique-t-on aux Finances, à une hausse de 1,3 milliard de dollars de plus en revenus fiscaux encaissés depuis le début de 2021 (de plus que ce qui avait été anticipé pendant la préparation du budget dévoilé en mars). Pensons aux impôts des sociétés et aux taxes à la consommation.

Ce qui participe à cette relative embellie est aussi la contribution du gouvernement fédéral de 413 millions de dollars pour l’Internet haute vitesse dans certaines régions du Québec.

Ce redressement partiel des finances publiques déjouant les prévisionnistes des Finances laisse tout naturellement entrevoir un déficit moins important pour l’année financière en cours, celle de 2021-2022, que celui prévu dans le dernier budget du ministre Eric Girard. Son ministère ne s’avancera pas à éclaircir cette situation avant des mois sans doute, mais si le passé récent est garant d’un certain avenir, c’est vraisemblablement ce qui se produira.

En bout de course, ce sont les contorsions pour retrouver l’équilibre budgétaire qui pourraient être moins difficiles que prévu.

Politiquement, cela facilitera la tâche du gouvernement Legault avant les prochaines élections générales.

Leitão et Marceau

La phrase clé du dernier budget d’Eric Girard était la suivante : «Un degré d’incertitude très élevé pèse sur les prévisions.» Il l’est beaucoup plus en période troublée, certes, mais il arrive très régulièrement que les prévisions du ministère des Finances doivent être ajustées, voire carrément changées. C’est le propre de tout exercice du genre, faut-il croire.

On peut d’ailleurs le constater aisément. L’année financière terminée le 31 mars 2019 affichait un surplus budgétaire de 8 milliards — de 4,8 milliards après les versements effectués au Fonds des générations. Or, le ministère des Finances avait prévu au tout départ qu’il faudrait puiser 1,5 milliard dans la réserve de stabilisation pour ne serait-ce que parvenir à l’équilibre financier.

En juin 2017, on découvrait soudainement un «surplus-surprise» de 2,5 milliards pour l’année financière terminée au 31 mars. Dans son budget déposé à peine quelques semaines plus tôt, le ministre des Finances d’alors, Carlos Leitão, anticipait pourtant un surplus 10 fois moins important, soit de 250 millions.

En novembre 2013, le ministre des Finances du Québec du temps, Nicolas Marceau, avait révélé que le déficit serait de 2,5 milliards de dollars, alors qu’il affirmait deux mois avant pouvoir atteindre l’équilibre budgétaire. Les prévisions n’avaient pas été justes.

Rappel : Les prévisions sont des «prévisions». Elles sont à prendre avec des pincettes.

Pour donner de la perspective aux prévisions erronées, rappelons cependant que le budget total du Québec était de près de 100 milliards par année en 2015 et qu’il est de quelque 120 milliards aujourd’hui.

Une précision

Un dernier mot sur les chiffres de 2020-2021 : puisqu’une réserve de stabilisation d’environ 8,7 milliards sera appliquée comme prévu au déficit de l’an dernier, celui-ci ne sera pas finalement en réalité de 6,2 milliards, mais de 3,2 milliards — selon ce qui est prévu aujourd’hui.

Ce déficit serait quasi inexistant sans le versement de quelque 3 milliards au Fonds des générations. Ce ne serait pas une bonne idée de ne pas effectuer ce versement, mais cela illustre que le Québec se tire relativement bien d’affaire dans les circonstances.

Et mieux que prévu il y a seulement deux mois.