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Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Que les voitures soient à essence, électriques ou volantes, si on ne brise pas la dépendance à la voiture, on aura toujours des problèmes de circulation.
Que les voitures soient à essence, électriques ou volantes, si on ne brise pas la dépendance à la voiture, on aura toujours des problèmes de circulation.

Un ciel rempli de voitures volantes

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Ce sont des choses qu’on ne voit jamais dans les publicités d’automobiles : du trafic, d’énormes stationnements laids, la facture du garage. La réalité est moins enivrante que faire croire qu’on roule toujours sur des routes vides.

Le manque d’audace des gouvernements est assez frappant quand on regarde les ambitions des constructeurs automobiles. Alors que Québec et Ottawa souhaitent interdire la vente de voitures à essence après 2035, plusieurs marques visent un virage bien avant cette date qui n’est, finalement, pas très contraignante.

Ford, Mini, Fiat, Volvo, Bentley, Land Rover, toutes des marques qui veulent faire un virage entièrement électrique ou hydrogène d’ici 2030 et même 2025 dans certains cas, dont Jaguar. Volkswagen souhaite même supplanter Tesla et devenir le numéro 1 des voitures électriques d’ici 2025. 

Pendant ce temps, le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charrette, se veut rassurant, j’imagine, en disant qu’après 2035, les voitures hybrides pourront encore être vendues.

Ceci dit, il ne faut pas se leurrer, le virage électrique ne règlera pas tous les problèmes reliés à l’automobile. Certes, on va éliminer bien des gaz à effet de serre. Du moins, au Québec. Plusieurs pays recourent malheureusement encore au charbon pour produire leur électricité. Comme dans le « bon vieux temps ».

Mais ce n’est pas tant les GES qui m’intéressent ici, même si c’est un enjeu super important. Les constructeurs automobiles ne s’intéressent pas seulement au virage électrique, mais aussi aux voitures volantes. Ça semble de la science-fiction, mais il faut oublier le modèle de Retour vers le futur et regarder un peu plus vers les drones. 

Bon, il y a BMW qui a testé en juin dernier une voiture qui se transforme en petit avion – ou est-ce un avion qui se transforme en voiture –, mais la plupart des prototypes empruntent davantage aux drones. Électriques en plus!

Le directeur général européen de Hyundai, Micheal Cole, déclarait même, il y a quelques jours, que la voiture volante serait même commune d’ici 2030. Même la marque Cadillac a présenté un prototype.

Et dire que, pendant ce temps, le gouvernement Legault croit que construire un nouveau tunnel autoroutier à Québec est une vision d’avenir pour les 100 prochaines années. 

Nouvelle mobilité, nouvel urbanisme

La transition vers des « voitures volantes » ne sera sûrement pas aussi facile que le laisse entendre Hyundai. Leur coût les réservera sûrement aux plus riches pendant un moment, ça prendra probablement plus qu’un permis de conduire de classe 5, il faudra prévenir plusieurs enjeux de sécurité, entre autres. Et si ça arrive, il faudra revoir les infrastructures. 

J’ai repensé à l’essai Ville contre automobiles d’Olivier Ducharme, publié chez Écosociété l’hiver dernier. Le chercheur écrit dans son introduction : « Tout le monde a été touché par l’arrivée et l’implantation de l’automobile. Plus personne ne peut ignorer sa présence, pas même ceux et celles qui parviennent à vivre sans, mais qui doivent tout de même vivre tous les jours selon ses règles. »

Piétons, cyclistes, transports en commun, tout est construit afin de prioriser l’automobile. L’auteur rappelle, avec raison, à quel point les quartiers, depuis 1945, ne sont plus bâtis selon des standards piétonniers, mais automobiles. 

Malgré tout, c’est une question de temps avant que l’âge de l’automobile individuel s’effrite. Peut-être pas aussi rapidement que 2030, probablement pas même, mais le gaspillage d’argent, d’espace, de ressource et de temps avec l’automobile va forcer des changements.

Tout ça semble un peu utopiste en ce moment alors que la tendance des ventes automobiles n’est vraiment pas à la baisse. Sauf qu’environnementalement et économiquement, on va finir par frapper un mur.

Les bouchons de circulation sont probablement une des plus stupides créations de l’humanité. On s’entête quand même à les perpétuer.

Ce qui est fascinant dans le parcours historique présenté par Olivier Ducharme, c’est à quel point aucune promesse pour régler le trafic n’a fonctionné. Il faut lire les discours des maires et ministres des années 1950 ou 1970 qui croyaient fermement régler une bonne fois pour toutes les bouchons avec telle nouvelle autoroute, tel agrandissement d’un boulevard. Ça ne marche pas. Et on sait pourquoi. Il y a plein d’études sur le sujet. 

Pour diminuer le trafic, il faut diminuer le nombre de voitures. Ça ressemble à une tautologie, mais comment peut-on croire qu’on va diminuer le trafic si on construit des quartiers qui exigent encore plus d’automobiles? Que les voitures soient à essence, électriques ou volantes, si on ne brise pas la dépendance à la voiture individuelle, on aura toujours des problèmes de circulation.

Quand une famille a besoin d’une automobile pour aller porter leurs enfants à la garderie à l’autre bout de la ville, le problème est clairement que la garderie est à l’autre bout de la ville. C’est une question politique si un quartier n’a pas de services (dépanneur, pharmacie, garderie, transport en commun, épicerie, café, parc). 

La majorité des quartiers à Sherbrooke, mais aussi à Trois-Rivières ou Saguenay nécessite une voiture, parce qu’il y a rarement des services de proximité à moins de 800 mètres. On ne parle pas de zones rurales ici, mais de milieux urbains de plus de 100 000 personnes. On crée notre propre dépendance à l’automobile.

À l’inverse, on voit de plus en plus d’expériences positives de quartiers urbains repensés pour que l’automobile soit secondaire, voire inutile. 

S’il y a une leçon à retenir des erreurs avec l’automobile, c’est peut-être de revenir à un urbanisme, en ville, avec la marche comme étalon de mesure, pour reprendre l’expression d’Olivier Ducharme. 

En fait, plus les moyens de transport vont faciliter les grandes distances, comme éventuellement les voitures volantes, plus les quartiers devront avoir des services de proximité accessibles, puisque ces drones seront moins compatibles aux courtes distances.

Les moyens de transport vont probablement toujours évoluer, mais la marche restera toujours. Même quand on inventera la téléportation, les gens vont marcher quand même. 

Je ne sais pas à quel point je rêve de piloter une voiture volante un jour, mais je rêve qu’on en profite pour revoir notre façon de se déplacer. S’il y a autant de voitures-drones qu’il y a de véhicules, ça sera environ deux millions de drones dans le ciel de Montréal. Peut-être 150 000 dans le ciel de Sherbrooke?

Ça ne passera pas inaperçu! Je ne peux pas croire que lorsque je vais regarder le ciel, je vais juste voir des drones à queue-leu-leu.