Les tornades du week-end ont donné de la crédibilité aux alertes d’Environnement Canada.

Un avertissement du ciel

CHRONIQUE / Quand l’alarme de tornade a retenti sur mon cellulaire vendredi, ma fille mangeait son macaroni dans la cuisine. Ma fille qui a peur du vent et des orages. Chaque fois que la maison craquait à cause d’une rafale, elle rentrait la tête dans les épaules. « C’est quoi ce bruit, papa ? » T’en fais pas ma chérie, c’est juste le vent qui souffle. Je la rassurais, sûr de mon fait, sans me douter qu’à quelques kilomètres de chez moi, des vents furieux arrachaient des toits et jetaient des maisons à terre dans le Mont-Bleu et à Dunrobin.

Plus tard, j’ai vu ce père de famille à la télé. Il racontait comment la tornade a arraché le toit de son logement, dans le Mont-Bleu. Il a retenu le bras de sa fille pour éviter qu’elle parte au vent. La pluie rendait sa prise humide et glissante. Juste au moment où le père allait lâcher prise, le vent a cessé. Je le regardais pleurer à la télé. C’était à vous arracher le cœur. De le voir ainsi revivre les événements, son bras droit levé vers le ciel comme s’il essayait encore de retenir la petite. Une petite qui, comme la mienne, a peur des bourrasques.

Je n’ai pas pris l’alerte de tornade au sérieux. J’ai fait comme les autres fois où mon cellulaire a sonné : rien. En me disant que ça allait être une tempête de vent. Dans le pire des cas, on manquerait d’électricité pour quelques heures. Environnement Canada a gagné de la crédibilité avec les événements du week-end. Plus personne ne prendra ses alertes de tornade à la légère.

Maintenant, est-ce qu’on prendra plus au sérieux la menace que font peser les changements climatiques sur notre société ? Là, j’en doute.

Lorsqu’il s’agit du climat, c’est le monde entier qui ignore les signaux d’alarme. Je suis tombé sur une vidéo spectaculaire en fin de semaine. Des scientifiques ont filmé un iceberg de 10 milliards de tonnes qui se détachait de la banquise au Groenland. Un événement climatique majeur qui contribuera un peu plus à l’élévation catastrophique du niveau de la mer dans le monde.

Les glaciers qui fondent, les zones entières du globe qui deviennent des déserts, le pergélisol qui menace de fondre en Sibérie, libérant de puissants gaz à effet de serre emprisonnés depuis des millénaires dans des lacs gelés. La bande-annonce d’un film de catastrophe défile tous les jours sous nos yeux. On devrait assister à une mobilisation générale. Mais pour une raison que j’ignore, on ne réagit pas. Moi, le premier. C’est l’apathie générale.

Les belles résolutions de l’accord de Paris sur le climat se sont vite évanouies. On peut bien dire que Donald Trump a saboté l’accord. La vérité, c’est que le gouvernement de Justin Trudeau, qui promettait de faire mieux que l’ancien, est revenu aux cibles fixées par le régime conservateur et anti-climat de Stephen Harper.

Pour ramener la question du climat à l’ordre du jour, il faut que des crues printanières engloutissent des quartiers entiers de Gatineau ou qu’une des pires tornades de l’histoire du Canada anéantisse des centaines de foyers. En voyant les images de dévastation, j’ai repensé aux propos de Manon Massé, la co-porte-parole de Québec solidaire.

Elle disait que la dette la plus pressante à rembourser, c’est celle qu’on a envers l’environnement. Vérification faite, il semble que la preuve scientifique n’est pas clairement établie entre la recrudescence des tornades et le réchauffement. N’empêche que le coup de vent du week-end sonnait comme un avertissement du ciel.