Le père Noël

Tuer le père Noël

CHRONIQUE / Ma mère est entrée avec une question : « Le père Noël, tu crois qu’il fait comment pour apporter des cadeaux à tous les enfants en une seule nuit ? »

J’ai été prise par surprise. Je ne m’étais jamais posé la question. Je croyais au père Noël, un point c’est tout. Je ne m’intéressais pas à toute la logistique de la patente.

« Je ne sais pas », ai-je tout bêtement répondu. Et c’est alors qu’elle a déballé toute la vérité derrière LE mythe par excellence. « OK », fut ma seule réaction. Je n’ai été ni choquée, ni triste ni déçue et encore moins traumatisée. Pour tout dire, je trouve même que tout ça fait une histoire un peu plate à raconter…

Si je vous la raconte quand même, c’est qu’une amie, autour d’un café il y a plusieurs jours, m’a avoué que sa plus grande, qui est présentement en deuxième année, l’a questionnée pendant qu’elle préparait les patates pilées. « Le père Noël, est-ce qu’il existe pour vrai ? »

J’imagine que pour tout parent qui s’évertue à faire croire à ses enfants au sympathique barbu au costume rouge Coca-Cola depuis des années, cette interrogation de « grand » provoque un petit pincement au cœur. Ça souligne la fin d’une époque, celle de la naïveté, de l’innocence, voire d’un peu de magie.

Je trouve néanmoins que ma chum a servi à sa fille une réponse fort pertinente : « Toi, qu’est-ce que tu en penses ? As-tu envie de croire au père Noël ? »

De la pensée magique à la pensée concrète

Effectivement, quand l’enfant commence à émettre des doutes sur l’existence de papa Noël, l’une des méthodes les plus douces pour l’amener tranquillement à en faire son deuil est de lui retourner ses questions, croient plusieurs spécialistes, dont la psychologue Nathalie Parent.

« Jusqu’à l’âge de 7-8 ans, l’enfant est dans la pensée magique, imagine plein de scénarios et s’invente des histoires. Après, il développe la pensée concrète qui lui permet de rassembler des faits pour obtenir une conclusion logique. C’est lorsque l’enfant atteint cet âge qu’il pose beaucoup de questions à ses parents », explique-t-elle sur le site Educatout.

Elles tourneront d’abord autour de faits concrets, tels « Comment le père Noël peut entrer chez nous puisque nous n’avons pas de cheminée ? Comment passe-t-il dans la cheminée avec son gros ventre ? » Retourner la question à l’enfant permet de « susciter son imaginaire et ses fantasmes autour du sujet ».

« Si celui-ci ne donne pas de réponse et que l’adulte ne sait que dire, il peut toujours s’appuyer sur la magie de Noël pour répondre, surtout quand l’enfant est [encore] dans [un] mode de pensée [magique avant 7-8 ans] : “Ça doit être la magie !” ou “Il est magique n’est-ce pas ?” », poursuit-elle.

Viendront ensuite des questions plus élaborées : « Comment fait-il pour distribuer tous les cadeaux aux enfants dans toutes les maisons ? », « Comment peut-il fabriquer tous les jouets ? », « Pourquoi papa n’est jamais présent quand le père Noël arrive ? » « L’enfant cherchera alors à trouver les réponses à ses questions, il aura des doutes mais il voudra continuer d’y croire encore. […] Le processus se fera naturellement car, petit à petit, l’enfant entendra des choses qui vont ébranler ses croyances, mais il gardera ce qu’il sera prêt à prendre et à digérer », dit Mme Parent.

« Par contre, si les questions deviennent trop insistantes et que le jeu de la magie n’est plus drôle, par exemple : “Maman, papa, dites-moi la vérité ! Je sais que le père Noël n’existe pas pour vrai à cause de...”, à ce moment, ça ne sert à rien de continuer à faire semblant puisque l’enfant ne veut plus jouer », ajoute-t-elle.

À ce moment, question de ne pas briser le lien de confiance, il vaut mieux dire toute la vérité. 

Méthode douce

Si vous voulez tout de même préserver un peu de magie, vous pouvez toujours faire comme Charity Hutchinson, cette mère de famille américaine qui a partagé sur son compte Facebook une adorable façon d’expliquer à ses enfants que le père Noël n’existe pas, rapporte-t-on dans le Huffington Post. Elle a proposé à ses enfants, lorsqu’ils ont émis des doutes sur son existence, de devenir père Noël à leur tour. 

« Tu as vraiment grandi cette année, physiquement, mais aussi dans ton cœur. D’ailleurs, ton cœur est si grand que je pense que tu es prêt à devenir un père Noël ! 

Tu t’es probablement rendu compte que la plupart des pères Noël que tu vois sont simplement des gens déguisés. Des copains t’ont peut-être dit que le père Noël n’existe pas. Beaucoup d’enfants disent ça parce qu’ils ne sont pas encore prêts à ÊTRE un père Noël. Toi, si.

Je crois que le moment est venu d’accepter TA première mission de père Noël ! », propose-t-elle. 

L’enfant choisit alors une connaissance, souvent un petit voisin. Sa mission est de découvrir, sans attirer l’attention, ce que l’autre désire, avant de le lui offrir, dans un joli papier cadeau, et sans être vu. Il ne devra jamais révéler qu’il est l’auteur du cadeau, car un père Noël ne fait pas les choses pour qu’on lui dise merci mais par bonté de cœur.

Cute au boutte, n’est-ce pas ?