Caroline Calvé était de passage dans une école primaire de Gatineau, vendredi, pour offrir une conférence dans le cadre du programme « Des filles qui ont du chien ».

Tu seras une sportive, ma fille

CHRONIQUE / J’écoutais l’olympienne Caroline Calvé vanter les vertus du sport à de jeunes filles du primaire vendredi matin, à Gatineau. Et c’était beau. Tellement que les larmes me sont montées aux yeux.

Je n’y peux rien. Deux choses m’émeuvent aux larmes dans la vie : les enfants et le sport. Et là, les deux éléments étaient réunis dans le discours de motivation improvisé de Caroline Calvé, 6e en surf des neiges aux JO de Sotchi.

Juste pour vous mettre dans le contexte, Caroline Calvé a un parcours atypique d’athlète. Elle a commencé à faire du surf à 22 ans. À un âge où d’autres se seraient trouvées trop vieilles pour le faire.

« Mais j’ai compris que c’était une excuse, l’âge. J’ai décidé de réaliser mon rêve de faire de la compétition. » Une prolifique carrière a suivi, marquée de victoires en Coupe du monde, et de deux participations aux Jeux olympiques.

La surfeuse des neiges s’adressait aux participantes d’un programme visant à réhabiliter le sport féminin dans les écoles primaires de l’Outaouais. Intitulé Des filles qui ont du chien, cette initiative a été lancée par un prof d’éducation physique d’Aylmer, Éric Lafrance.

La surfeuse des neiges, Caroline Calvé, motive les jeunes filles à persévérer dans le monde du sport.

Le sport féminin vit depuis longtemps dans l’ombre du sport masculin. C’est vrai sur la scène internationale. Vrai aussi dans les écoles du Québec où les programmes sportifs destinés aux gars — hockey, football — reçoivent le gros de l’argent. Alors que les équipes féminines crèvent de faim.

C’est ainsi que six fois plus de filles que de gars lâchent le sport à l’adolescence. Un constat qui a poussé Éric Lafrance à créer un programme destiné exclusivement aux filles. Il l’a démarré tout petit à l’école Euclide-Lanthier. L’initiative a grossi, grossi. Pour gagner une dizaine d’écoles. Vendredi, elles étaient 200 fillettes dans le gymnase de l’école Grande-Rivière. Même si c’était journée pédago, elles s’étaient rassemblées pour faire du sport : judo, zumba, danse, bubble soccer…

Qui de mieux que Caroline Calvé pour motiver ces jeunes filles ?

L’athlète a évoqué les femmes qui lui ont donné le goût du sport. Sa copine qui faisait du ski alpin. Sa grand-mère adepte de yoga. Ses cousines qui faisaient de la planche à voile. « Ces femmes-là m’ont montré que c’était possible pour une fille d’aimer le sport. »

Et pour celles qui n’ont pas eu la chance d’avoir des modèles aussi inspirants, ajoute-t-elle, il y a des programmes comme Des filles qui ont du chien. « De voir qu’un gars de chez nous a voulu donner la place qui leur revient, aux filles, c’est formidable. Malheureusement, cette initiative risque de ne pas voir le jour l’an prochain. Manque de sous, commission scolaire qui ne veut plus débourser... Je ne connais pas tous les détails, mais ça serait une grande perte que de voir ce programme disparaître. » J’espère aussi de tout cœur que la commission scolaire maintiendra ce programme.

Je reviens au discours de Caroline Calvé.

Au bout qui a ému mon cœur de sportif sur le déclin. « J’ai appris à gagner et à perdre en équipe, a-t-elle raconté aux fillettes. J’ai appris à encourager les autres et à accepter d’être encouragée. Quand les blessures m’ont ralenti, j’ai appris à être plus douce envers moi-même. À accepter que je ne serais pas bonne tout le temps. J’ai compris que pour surmonter un obstacle, le secret est de faire des petits pas. De chercher simplement à faire de son mieux. Même les jours où c’est plus difficile. »

Je l’écoutais, et je pensais à ce poème de Rudyard Kipling que j’affectionne : Tu seras un homme, mon fils. À toutes ces petites filles qui buvaient ses paroles, Caroline Calvé disait : tu seras une sportive, ma fille.