Près de 80% des emplois et 65% des citoyens de Québec seront à portée de marche du futur réseau.

Très impressionné

CHRONIQUE / Après les déboires de la dernière année, les attentes pour ce projet de transport structurant étaient élevées. Le résultat n’a pas déçu, bien au contraire. J’en suis très impressionné.

Les fuites des derniers jours nous y avaient préparés, mais on ne pouvait soupçonner l’ampleur de ce qui s’en venait. 

23 km de tramway, 17 km de trambus (autobus articulé électrique), nouveaux Métrobus et corridors en voies exclusives, 5000 stationnements incitatifs de plus, etc. 

Chacun de ces éléments est en soi significatif, mais le tout est plus grand que la somme des parties. 

On sent pour la première fois un véritable effort pour rejoindre des citoyens des banlieues jusqu’ici laissés pour compte dans l’offre et dans les projets de transport en commun.

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On a aussi compris que la proximité du service, sa fréquence, sa vitesse et sa fiabilité sont toutes essentielles dans la décision d’un citoyen de prendre ou pas le transport en commun.

La seule véritable déception est l’absence de lien avec Lévis. On comprend que ça viendra, mais en attendant, il manque un convive important.

Pour ma part, la plus grosse surprise est ce tronçon de tramway entrant en tunnel à l’angle Laurier/Lavigerie pour ressortir près de Quatre-Bourgeois et filer jusqu’à la rue Legendre/boul. Charest. 

Cela permettra d’intercepter des navetteurs à l’entrée ouest de la ville et d’offrir un accès rapide vers Laurier et le centre-ville. C’est le genre «d’offre» qui intéressera beaucoup d’automobilistes. C’est d’autant plus heureux qu’on avait peu parlé de la desserte de l’Ouest lors des audiences publiques de l’été dernier. 

Les projets immobiliers du Groupe Dallaire (Phare et secteur IKEA/Legendre) sortiront «gagnants» du nouveau réseau de transport. Tellement que le promoteur a accepté de payer le tunnel du tramway qui plongera devant son Phare.

Faut-il y voir du favoritisme? Je ne crois pas. C’est un cas (il y en a beaucoup) où l’intérêt particulier peut coïncider avec l’intérêt public. 

Près de 80% des emplois et 65% des citoyens de Québec seront à portée de marche du futur réseau. Si le Groupe Dallaire est gagnant, une majorité d’employeurs et de citoyens le sont aussi.

En annonçant 215 millions $ pour la réalisation d’un plan d’affaires, le gouvernement Couillard confirme que le projet de Québec passe en vitesse supérieure. 

L’étape cruciale du «go ou no go» qui suit habituellement les études de faisabilité/opportunité est considérée comme déjà franchie. Les travaux du défunt SRB n’auront pas servi à rien. Le projet de troisième lien n’a pas encore franchi cette étape.

Version officielle 

La version officielle veut que les professionnels de la Ville, du RTC et du comité-conseil sur la mobilité durable n’auront mis que quelques semaines à accoucher d’une première version du projet, le 21 décembre dernier.

«C’est parce qu’on est bon», a expliqué en boutade le maire Labeaume.

Peut-être, mais la question demeure: à quel moment le maire a-t-il appris que le gouvernement Couillard était prêt à payer pour un tramway? 

Que savait-il pendant la campagne, lorsqu’il a affirmé que le projet de transport structurant auquel il travaillait ne serait pas un tramway? 

«Je le savais avant les élections qu’il y avait de l’ouverture pour quelque chose de gros», m’a répondu M.Labeaume quand je lui ai reposé la question. 

«Le tramway était une hypothèse, mais je pouvais pas le promettre, j’étais en élection», a-t-il ajouté, énigmatique. 

Au lendemain de l’échec du SRB, le printemps dernier, M. Couillard a reçu le maire à son appartement pour le consoler et l’encourager à ne pas lâcher. 

«J’ai le goût», lui a dit le premier ministre. Le maire a alors donné le signal à son monde de poursuivre le travail amorcé depuis quelques années. 

MM. Couillard et Labeaume se sont revus à la fin de l’été, à la veille de la campagne. M. Couillard lui a alors proposé de voir loin et de voir gros. Il s’est aussi engagé à soutenir un projet structurant. La porte venait de s’ouvrir. 

Il n’est pas clair à quel moment précis le scénario du tramway a reçu un appui formel de M. Couillard, mais on comprend que c’était déjà dans l’air pendant la campagne et que les professionnels y travaillaient depuis plusieurs mois.

Ça aide à comprendre comment ils ont pu arriver à un projet aussi abouti que celui livré vendredi, projet qui mérite l’admiration et nos bravos.