Jean-Marc Salvet
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lundi en conférence de presse
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, lundi en conférence de presse

Tous inquiets

CHRONIQUE / Samedi, alors qu’il était interrogé sur le scénario effrayant de l’Institut national de santé publique du Québec selon lequel la grande région de Montréal enregistrerait jusqu’à 150 morts par jour cet été si on déconfinait dans la situation actuelle, le premier ministre du Canada s’est dit inquiet. Il n’allait tout de même pas dire l’inverse! Qui n’est pas inquiet pour Montréal?

Accuser Justin Trudeau d’ingérence pour cela, comme l’a fait le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, c’était clairement chercher à alimenter des querelles à des fins politiques et détourner l’attention de vrais drames.

Ce scénario de l’Institut national de santé publique du Québec dévoilé en fin de journée vendredi est d’autant plus effrayant qu’il ne tient même pas compte des décès qui surviendraient encore dans les CHSLD cet été.

Des experts du Québec se disent inquiets. Le Parti libéral du Québec, Québec solidaire et le Parti québécois se disent inquiets. Et le Bloc québécois estime que Justin Trudeau devait se taire? C’est bien sérieux, ça?

Si on voulait couper les cheveux en quatre, on pourrait dire que le premier ministre du Canada aurait été mieux avisé d’employer le qualificatif «sérieux»; qu’il aurait été préférable qu’il dise que cette projection de l’Institut national de santé publique indique une possibilité qu’il faut prendre très au sérieux. Mais cela n’aurait rien changé au fond des choses.

On peut être indépendantiste, autonomiste ou tout ce que l’on voudra et ne pas se hérisser chaque fois que Justin Trudeau ouvre la bouche et qu’il semble laisser prise à une réplique potentielle. Il a le droit de s’exprimer autant que les experts, autant que le Parti libéral du Québec, autant que Québec solidaire et autant que le Parti québécois, ainsi qu’autant que les citoyens.

Le chef du gouvernement canadien est député d’une circonscription montréalaise, qui plus est.

De l’ingérence fédérale parce qu’il est premier ministre du Canada? Justin Trudeau n’a tout de même pas dit qu’il ne faisait pas confiance aux différents volets du plan de déconfinement du gouvernement de François Legault! En répondant à une question, il a dit être inquiet. Rien de plus.

Comble de malheur politique pour Yves-François Blanchet, le premier ministre du Québec s’est lui-même dit «inquiet», lundi. «À Montréal, la situation n’est pas sous contrôle. Elle est inquiétante. Je veux être très clair, là : on est tous inquiets de la situation à Montréal. Moi le premier. Donc, il n’y en a pas des plus inquiets, puis des moins inquiets», a déclaré François Legault.

«On est tous inquiets. Que ça soit les spécialistes du fédéral ou les spécialistes du provincial ou du municipal, on est tous inquiets de Montréal.»

C’est après avoir exprimé son inquiétude que M. Legault a assuré que le scénario pessimiste de l’Institut national de santé publique du Québec ne se produirait pas parce que le déconfinement dans la grande région de Montréal serait repoussé une nouvelle fois, au-delà du 25 mai, s’il le fallait.

Alexandre Cusson, un OPNI dans le ciel

Changeons de sujet pour en aborder un plus strictement (ou plus étroitement) politique : le désistement d’Alexandre Cusson et le couronnement de Dominique Anglade à la tête du Parti libéral du Québec.

Si on pouvait déjà écrire le 19 mars dans cette chronique que le report des courses à la direction engagées au Québec et au Canada était susceptible de permettre à un candidat comme Alexandre Cusson de renoncer à mener la sienne jusqu’au bout, c’était tout simplement parce que sa campagne était mal partie et qu’il n’avait encore rien fait pour se distinguer.

Et aussi parce que la nécessaire suspension de la course libérale due à la pandémie — suspension qu’il avait lui-même réclamée très officiellement — était de nature à lui compliquer l’existence sur le plan personnel, puisque tous les candidats engagés dans les courses qui avaient cours à ce moment-là ne pouvaient pas se permettre de mettre leur vie entre parenthèses pendant des mois et des mois. M. Cusson avait quitté son poste de maire de Drummondville en janvier pour se lancer dans cette compétition.

En annonçant lundi qu’il abandonnait la course à la direction du PLQ, il a noté qu’il n’est pas «indépendant de fortune» et qu’il ne lui est pas possible de passer plusieurs mois sans aucune rémunération.

N’empêche que politiquement parlant, Alexandre Cusson avait un très gros problème.

Il s’est lancé avec un boulet au pied et n’est jamais parvenu à s’en débarrasser. Non seulement avait-il raté sa première entrée en scène à Sherbrooke en novembre, lors d’une réunion militante des libéraux, mais il demeurait encore des semaines plus tard un objet politique non identifié, un OPNI.

M. Cusson était entré à reculons dans cette course et cela paraissait.

Pour plusieurs libéraux, son principal atout était de ne pas être... Dominique Anglade. C’était beaucoup à leurs yeux, mais cela ne constitue nullement un programme politique.

Mme Anglade a vaincu sans péril. Un OPNI est passé dans le ciel politique québécois. La première femme cheffe du PLQ triomphe donc sans gloire.

Elle a néanmoins le grand mérite de se lancer dans une aventure sur la scène provinciale sans même avoir une toute petite garantie de succès à l’heure actuelle.