Le chef de la CAQ, François Legault, que les sondages donnent gagnant le 1er octobre, promet à son tour une réforme rapide du mode de scrutin.

Toujours quelque chose qui gosse

Pourrait-on imaginer un système électoral qui fasse davantage de place aux bonnes idées qu’aux batailles de partis et de candidats locaux?

C’est la question qu’on ne pose jamais chaque fois qu’on parle de réformer le mode de scrutin. 

Les réformes dont on parle visent surtout à mieux refléter la volonté populaire dans le résultat des élections. 

C’est un objectif noble. Le système actuel donne souvent des majorités gouvernementales déconnectées de la réalité. Tout le monde (sauf le Parti libéral) pense qu’il est possible de faire mieux.  

Une des pistes serait qu’une partie des députés ne soient pas élus, mais nommés sur la base du pourcentage de vote de leur parti. Cette «proportionnelle mixte compensatoire» fonctionne dans plusieurs pays d’Europe. 

C’est intéressant, mais toutes nos tentatives de réforme du mode de scrutin semblent vouées à l’échec. 

La tentation de profiter d’un pouvoir sans partage finit par avoir raison des promesses de changement. René Lévesque a échoué deux fois, puis Jean Charest au début des années 80. 

Le chef de la CAQ, François Legault, que les sondages donnent gagnant le 1er octobre, promet à son tour une réforme rapide. 

«On ne fera pas comme [Justin] Trudeau», assure-t-il. M. Trudeau avait promis, mais a vite renoncé.

Spécialiste des systèmes politiques à l’Université Laval, Louis Massicotte voudrait bien, mais croit qu’il y a encore «loin de la coupe aux lèvres». Tout le monde est pour la «vertu», mais la réalité finit par rattraper les élus, rappelle-t-il.

Le chef de CAQ risque de se buter aux mêmes difficultés que les autres avant lui: 

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1. Une formule de proportionnelle est plus difficile à «vendre» à la population.

Il y a des députés élus, d’autres pas, des candidats défaits pourraient se retrouver à l’Assemblée nationale, voire au Conseil des ministres. Il faut faire des calculs de proportion. C’est plus compliqué.   

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2. C’est encore plus difficile à «vendre» aux députés.

Un chef a beau vouloir, quel élu aura l’abnégation de voter la disparition de sa circonscription pour faire place à des députés qui seraient nommés? Les libéraux y voient un risque de perte de représentation des régions. 

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3. L’absence de consensus sur les modalités techniques empêche souvent d’aboutir. Ça peut aussi être un excellent prétexte pour laisser tomber si la volonté politique s’émousse à cause des résistances intestines. Parlez-en à Justin Trudeau.

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Peut-on imaginer un système qui ferait davantage de place aux idées? 

Je trouve la question d’autant plus pertinente que beaucoup de citoyens s’apprêtent cet automne à voter contre leurs idées et affinités naturelles par pure stratégie pour battre le gouvernement. Le contraire d’un vote pour des idées.

À Radio-Canada en fin de semaine, l’humoriste-commentateur François Parenteau (ex-Zapartiste) déplorait (à la blague, mais pas tant que ça) qu’il faille choisir un parti politique comme un forfait de câble. Il y a toujours quelque chose qui nous gosse d’inclus. Il a donné l’exemple de Météomédia et du «3e lien promis aux automobilistes radicalisés de la Vieille Capitale». C’est pas fin ça.

Ne pourrait-on pas voter plutôt sur des idées, demandait-il? Le parti qui aurait le plus d’idées populaires formerait le gouvernement et devrait appliquer aussi les bonnes idées des autres.

Voter sur des idées? Aucun état ne s’y est jamais essayé, rapporte le professeur Massicotte. Le plus proche, ce sont les États-Unis et la Suisse avec leurs référendums, mais avec de faibles taux de participation, signe d’une certaine lassitude. 

C’est déjà difficile d’amener les gens voter, imaginez si le bulletin de vote devenait un long questionnaire. Même les citoyens seraient contre. 

La liberté est exigeante et la nature humaine un peu paresseuse. 

Les gens sont occupés à autre chose ou pas toujours intéressés par le détail de la chose publique. Ils préfèrent déléguer. Laisser d’autres décider à leur place, même au prix parfois des idées qui gossent.