En Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, des études ont démontré que l’obligation de porter le casque pouvait avoir un effet négatif sur la pratique du vélo, en particulier chez les jeunes.

T’as pas mis ton ti-casque?

CHRONIQUE / Volte-face surprenante cette semaine de l’Institut national de santé publique du Québec qui ne recommande plus le port obligatoire du casque à vélo. Une décision pleine de bon sens, à mon avis.

Vous savez ce qui m’horripile le plus dans le vieux débat sur l’obligation de porter le casque ? Trop souvent, je trouve qu’on met tous les cyclistes dans le même paquet. Allez hop, le casque obligatoire pour tout le monde ! Comme si le vélo était un sport dangereux en tout lieu et en toutes circonstances. Comme s’il n’y avait pas de nuances possibles.

Il m’arrive d’enfourcher mon vélo pour aller m’acheter une pinte de lait au dépanneur. J’évite comme la peste le chemin Pink, véritable coupe-gorge pour les cyclistes. Je préfère rouler pépère dans les petites rues du Plateau. Je respecte la signalisation à la lettre. Si je mets un casque ? Mais non. Pourquoi mettrais-je un casque pour rouler à trois coins de rue de chez moi ? N’empêche que c’est la première chose que notera le petit monsieur ou la petite dame en me voyant rouler, cheveux au vent.

Monsieur, vous n’avez pas mis votre casque ? Et ça m’énerve.

Au lieu de prendre mon char, de brûler des gaz à effet de serre, je pédale tranquillement jusqu’au dépanneur. Je ménage l’environnement, tout en faisant potentiellement économiser des frais au système de santé.

Et qu’est-ce que je me fais dire ?

T’as pas mis ton ti-casque.

Y m’énerve, les intégristes du ti-casque.

Je fais du vélo depuis que je suis haut de même. J’ai été courrier à vélo dans les rues de Montréal. J’ai roulé hiver comme été dans le trafic, sans jamais avoir d’accident. J’ai été chanceux, vous dites ? J’ose revendiquer que j’ai aussi été prudent. Après tout ça, vous allez me faire la leçon sur le port du casque ? Merci, je suis assez grand pour y voir seul.

Dans ce débat, j’en ai contre ceux qui sont incapables de faire la différence entre un gars qui fait du vélo de montagne dans le parc de la Gatineau (mets ton casque), le cycliste de compétition (vive le casque !), la madame qui s’aventure sur le chemin Pink (casque, pas de casque, n’y allez pas madame !), le ti-cul qui apprend à pédaler (mets ton casque, fiston) et moi qui roule pépère jusqu’au dépanneur pour acheter une pinte de lait… pas de casque.

Alors oui, je suis ravi d’apprendre que l’INSPQ met de l’eau dans son vin après avoir milité pour le port obligatoire pendant des années. En Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis, des études ont démontré que l’obligation de porter le casque, si attrayante au premier abord, pouvait avoir un effet négatif sur la pratique du vélo, en particulier chez les jeunes.

À quoi bon faire porter un casque à tout le monde, si à la fin, il y a moins de gens qui pédalent ? Vaut peut-être mieux risquer quelques blessures à la tête si c’est le prix à payer pour une population en meilleure santé.

Au lieu d’y aller avec l’obligation, l’INSPQ recommande d’intensifier la sensibilisation. J’en suis. Presque 80 % des jeunes Québécois de 5-9 ans portent déjà le casque. Tout porte à croire qu’ils en conserveront l’habitude en grandissant.

Pendant qu’on se déchire sur des histoires de casque, on oublie de parler de vrais enjeux de sécurité à vélo. De l’importance, par exemple, de construire des aménagements sécuritaires dans nos villes. À Gatineau, on a vu cette semaine qu’il se trouve encore des gens pour concevoir le réaménagement d’une artère aussi importante que le boulevard Saint-Joseph sans y inclure une piste cyclable. À Copenhague, où il y a des aménagements sécuritaires partout, la plupart des cyclistes ne portent pas de casque. Pas besoin.