L’épouvantail reste un grand classique que tous les chefs ressortent quand les choses se corsent.

Survivre à 39 jours d’ébriété électorale

CHRONIQUE / Il ne faut jamais reprocher à un politicien ce qu’il peut dire en période électorale. Jamais. Des spécialistes parlent même d’un état d’ébriété électorale, qui expliquerait tout.

Bref, il paraît qu’il faut tout pardonner aux Legault, Couillard, Lisée, Massé et cie après 39 jours de campagne. Même les coups bas. Même une orgie de promesses évaluées à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Il n’empêche. Ce matin, quand le nouveau premier ministre François Legault va réaliser l’ampleur de ce qu’il a promis, dans le feu de l’action, on lui prédit un beau vertige. Une autre réforme de la santé? Un nouveau mode de scrutin, alors que celui qui existe l’a si bien servi? Soudain, Monsieur aura peut-être envie d’imiter l’ancien président américain Ronald Reagan, qui s’était écrié, en prenant conscience de la tâche qui l’attendait. 

— Je pense que je vais réclamer un recomptage.

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Blague à part, le Québec reste un mystère.

Environ un tiers des Québécois avouent qu’ils croient aux fantômes. Mais à peine 10 % admettent qu’ils font confiance aux promesses électorales.

Peu importe. En 2018, ça n’empêchait pas tous les partis politiques de promettre, encore et encore. Vous faites du Ju-Jintsu? Vous n’êtes pas satisfait des entreprises de covoiturage? Vous en avez marre de faire des lunch pour vos enfants? Vous voulez un festival de musique metal à Québec? Un dé en minou qui sent la poupourlotte de fraise?

Cette année, il y avait une promesse électorale pour vous.

Bienvenue à l’heure de la micro-promesses ciblée. Au royaume de la politique à la carte. Pas grand-chose pour lutter contre le changement climatique. Mais des CHSLD climatisés. Mur à mur. Qui peut dire si quelque sous de plus ne pourront pas charmer les 43 électeurs blonds aux yeux bleus ayant complété une scolarité collégiale, qui conduisent une wagonnette grise, qui portent des bas blancs et qui sont affligées d’un léger strabisme? Pas vous, j’espère?

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Cherchez l’erreur. Un tiers des Québécois avouent qu’ils croient aux extraterrestres. Mais à peine 18 % admettent qu’ils font confiance aux politiciens.

On dira que les politiciens n’aident pas leur cause. Au début, ils promettent tous une campagne propre. Mais avec le temps, ils se mettent tous à brandir la peur. Surtout quand ils deviennent désespérés.

Philippe Couillard n’a pas résisté à la tentation d’accuser François Legault d’être un séparatiste caché. Un grand classique, que tous les chefs libéraux ressortent quand les choses se corsent. Mais les élections de 2018 ont vu le grand retour d’une vedette que l’on croyait disparu à jamais : l’épouvantail communiste.

À deux semaines de la fin, le chef du Parti Québécois Jean-François Lisée a entrepris d’associer Québec solidaire à une formation communiste. Ce cri du cœur a trouvé un relais inattendu chez l’animateur Jeff Fillion, qui s’est mis à prédire une «vague communiste». La très lucide chroniqueuse Denise Bombardier a même suggéré que «Québec solidaire est une copie des partis communistes occidentaux qui ont plongé le XXe siècle dans le totalitarisme.»

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Il ne faut jamais reprocher à un politicien ce qu’il peut dire en période électorale. Jamais. La faute à l’état ébriété électorale. Paraît que ça expliquerait tout. Même que pour aider le premier ministre Couillard à digérer sa cuisante défaite, nous lui offrons cette blague, en guise de consolation.

«Après des heures passées à poireauter à l’urgence, une citoyenne finit par laisser exploser sa colère.

— Assez c’est assez! Je m’en vais dire ma façon de penser au premier ministre Couillard. Je vais l’engueuler! Peut-être même que je vais l’étrangler, hurle-t-elle, avant de sortir en vitesse, en direction de l’Assemblée nationale. 

Une heure plus tard, la dame est de retour à l’urgence, la tête basse. Sur place, les autres personnes s’étonnent.

Alors, que s’est-il passé? demande un vieux Monsieur. N’étiez-vous pas parti pour étrangler Couillard?

La dame lui répond tristement.

— Cette file d’attente-là était encore plus longue.»