L’alimentation est au cœur des défis climatiques qui se posent, ce qui permet à chacun d’apporter sa contribution.

T’as-tu ton tofu?

CHRONIQUE / Pis? Vous avez profité de mon absence pour vous faire une liste longue comme le bras d’initiatives écologiques à mettre en place d’ici 2020?

Cool. Hâte d’entendre ça.

J’espère que vous avez dosé ça selon votre réalité quand même. T’sais, changer des habitudes alimentaires, de consommation, de déplacements, de gestion de nos petites et grandes ressources, c’est un peu comme une diète ou un programme de gym de janvier, si tu vires fou, ben tu vires fou, mais tu vires pas longtemps.

« Moi, j’ai pas l’intention d’arrêter complètement de manger de la viande. J’ai diminué de beaucoup, j’en mange vraiment moins qu’avant, mais arrêter complètement, je ne pense pas, non. »

Elle, c’est mon amie Isa, une fille qui fait attention à son alimentation et sa santé, hyper soucieuse d’environnement, qui consomme avec parcimonie, compense ses émissions de gaz à effets de serre quand elle voyage et qui se lève toujours d’un bond dans les soirées en criant « Hey! C’est ma toune! »

Bref, Isa est une personne relativement normale, elle aime bien le poulet à toutes les sauces, et une fois par année, elle a une crise de steak saignant.

Je remonte le temps de quelques mois, ben Isa, c’est moi, mais puissance 10 parce que presque chaque semaine je nous préparais le meilleur tartare de bœuf de la galaxie et que des merguez sur le feu de grande joie avec une bière froide, c’est bon en chien.

C’était. Je me reprends, « c’était » bon en chien.

Un moment donné, ma blonde est revenue à la maison, elle venait de dépasser une remorque remplie de cochons qui s’en allaient pas nécessairement chiller à l’abattoir, pis elle a décrété que la viande, c’était fini.

Dit de même, ma blonde a l’air d’une despote et moi d’une béni-oui-oui, ce qui n’est pas loin de la vérité, mais en fait, ça faisait déjà un bout qu’on avait réduit notre consommation de viande et que je lui parlais de mes aspirations végétariennes, ce à quoi elle répondait systématiquement « j’haïs le tofu, ça goûte rien ».

On mange du tofu assez régulièrement depuis le mois d’août, beaucoup de légumineuses, full pois chiches, des noix, pas mal plus de fruits et de légumes, des œufs et encore des œufs parce que nos poules sont assez susceptibles, elles n’aiment pas pondre pour rien.

Nos limites à nous sont là, pour l’instant du moins, on mange les œufs de nos poules, on boit le lait de nos chèvres. Pis si ma blonde s’avère assez rigide sur la viande, le poisson et les fruits de mer; moi, je l’avoue, je demeure flexible hors des murs de ma maison. Si tu m’invites chez toi (invite-moi donc!) je vais manger ce qu’il y a aura au menu, pis si on va manger une pizz dans une place de pizz traditionnelle, je vais manger de la all-dressed avec du pepperoni. De toute façon, pas sûre que c’est de la viande tant que ça le pepperoni.

Si c’est plate, le végétarisme?! Bonne question.

Sérieusement, j’avais un peu la chienne (c’est presque une chronique canine, je sais) de m’ennuyer du grésillement et de l’odeur de la viande qui cuit, de la protéine facile au centre de l’assiette aussi.

Pis finalement? Ben finalement j’ai repris goût et plaisir à cuisiner. S’entend, je cuisinais déjà. Beaucoup. Mais un moment donné, tu paresses un peu sur l’élaboration de tes menus, tu tombes dans la facilité steak-blé d’Inde-patates, tu connais tes saveurs par cœur.

Le végétarisme, ça m’a ramenée dans la recherche, dans la créativité, dans d’autres goûts pis d’autres façons de penser mon assiette. Ça m’a aussi rapprochée un peu plus encore de mon désir d’être un peu plus d’équerre avec mon environnement, notre environnement.

Mais ça, c’est mon bout à moi, à ma vitesse et mes conditions, après des années et des mois de réduction de consommation de viande.

Isa, elle, prend son chemin à elle, vous aussi.

L’important, c’est qu’on aille tous à la même place, avec cette même conscience.

La production de la viande est responsable à l’échelle mondiale de 18 pour cent des émissions globales de gaz à effets de serre. Envie de réduire tout doucement ou plus drastiquement votre consommation de viande? Une visite sur le site du Lundi sans viande pourrait assurément vous guider dans votre démarche.

www.lundisansviande.net/