Lutte à finir avec un lave-vaisselle... et autres bébelles

C’était lui ou moi.

Dans le coin droit, masqué de mystère et de quelques années de loyaux services, un lave-vaisselle qui ne voulait plus laver de vaisselle. Dans le coin gauche, une fille qui n’avait pas envie d’aller magasiner des électroménagers ou de reprendre du service devant l’évier.

Une lutte à finir, carrément, alimentée non seulement par un entêtement génétique, mais également par une publication de ma blonde sur les réseaux sociaux où on me voyait agenouillée à côté du lave-vaisselle, une pince à la main, prête à me salir les mains, certes, mais pas à entacher ma réputation.

Parce que je suis née avec un marteau et un coffre d’outils dans les mains, moi, madame. 

Bon, peut-être pas née, mais y a dans l’album familial une vieille photo sépia de moi en salopette carreautée, j’ai une boîte à lunch dans une main, un petit coffre à outils dans l’autre, je m’en vais sur un chantier avec mon père du haut de mes 4 ans. Je me souviens d’avoir planté des clous dans le plancher d’une maison qui n’avait pas encore de murs. (Je suis déjà repassée devant, ça tient encore debout des décennies plus tard!)

Peu importe, sortons du chantier, ce que je voulais dire, c’est que ça va de soi que chez nous, depuis la nuit des temps et que je suis partie dans mon premier appartement, y a forcément un marteau, deux ou trois pinces (dont des long-nose), une variété de tournevis pis un plat de margarine avec un paquet de clous, de vis pis de gogosses qui peuvent toujours servir pour installer une étagère, improviser un meuble, réparer une chaise, une porte ou un lave-vaisselle.

En fait, c’est vrai pis c’est pas vrai. Le lave-vaisselle, j’avais jamais touché à ça, et même si j’ai appris quelques vagues notions sur les circuits électriques dans un cours d’exploration technique en secondaire 3, me sentais pas très à l’aise devant la grosse machine.

Mais ses lumières clignotaient comme dans un show rock des années 80, le cycle se lançait quelques secondes puis s’arrêtait invariablement en laissant un pouce d’eau dans le fond de la bête. Elle me défiait.

« On va en acheter un autre », m’a lancé ma douce moitié avant d’amorcer le magasinage en ligne.

« Over my dead body beubé! »

Je sais. Obsolescence programmée, que vous allez me dire.

Vrai que depuis des années les choses ne sont plus fabriquées pour durer.

Mais on n’est plus programmés pour les réparer non plus. Souvent, on n’est même plus programmés pour attendre qu’elles rendent l’âme avant de les remplacer.

« Hey chéri.e, on refait la cuisine?! On en profite pour changer les carreaux, les électros, le gazebo, l’auto, les marmots? »

Du neuf, c’est toujours tentant, ça calme nos désirs de changements sans trop d’engagements, si ce n’est sur la marge de crédit, le tas de cochonneries et les ressources.

Et si on se modérait sur la marge et le tas, histoire de se préserver les ressources? La base de tout, toujours, cette réduction à la source.

Je sais, il y a de ces trucs sur lesquels on a l’impression de n’avoir aucun contrôle. Le jour où ma tablette est morte, j’ai su que je n’allais pas la ressusciter, j’en ai fait mon deuil. Mais je ne l’ai pas remplacée... et je ne m’en porte pas plus mal.

Depuis, j’ai décidé que chaque bris allait être traité à la pièce. Ça se répare? On répare. C’est terminé? Est-ce que ça doit absolument être remplacé? Par du neuf? De l’usager? De la location ou de l’emprunt de temps en temps?

Des fois, c’est surprenant, quand on évalue réellement nos besoins, on réalise qu’ils sont finalement peu nombreux.

C’est le cas du lave-vaisselle, qui ne sera pas remplacé lorsqu’il rendra l’âme, mais ça il ne le sait pas encore. Ma blonde non plus d’ailleurs, on tient ça mort.

Là, grâce à ma patience légendaire (des jours d’entêtement en vérité), une clé Allen, des pinces et un technicien ben d’adon au téléphone, j’ai trouvé le bobo et remplacé la boîte de contrôle pour le tiers du prix d’un neuf. 

Première ronde, Bolduc, qui va se reposer de tout ça. On se rejase en février. 

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En moyenne, chaque Canadien produit environ 400 kilos de déchets par année, c’est l’équivalent d’à peu près 10 lave-vaisselle.

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Pas né. e. s avec un marteau entre les dents?

En Estrie, l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) a récemment fait paraître un bottin rassemblant toutes les ressources pour la réparation d’objets divers, incluant les entreprises privées, les groupes d’entraide, les coopératives d’échanges, de prêts d’outils, les tutoriels et sites internet, les ressources offrant de la formation et les options disponibles pour disposer des objets qui ne se réparent plus. Ailleurs au Québec, vérifiez auprès de l’ACEF de votre région, des centres de loisirs ou de formation.

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Il existe dans toutes les régions du Québec des Accorderies dont la mission est de contrer la pauvreté et l’exclusion sociale en mettant à la disposition des gens des services individuels et des activités d’échanges. Vous pouvez y dénicher du savoir-faire et y proposer le vôtre.

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Il existe aussi différentes ressources d’échanges et de prêts d’outils dans chaque communauté, juste pour éviter de surconsommer dans la scie sauteuse à outrance.