La campagne électorale commence officiellement jeudi.

Sérieusement… maintenant?

CHRONIQUE / Ça y est! Que vous aimiez ça ou non, la campagne électorale commence officiellement ce jeudi avec une visite du premier ministre chez le lieutenant-gouverneur. Vous allez me dire que les partis sont en campagne depuis six mois à cause des élections à date fixe et que ce n’est pas très… populaire? Pas moi, et je m’explique.

Voyez plutôt ce qui se passerait si le gouvernement n’était pas obligé de se présenter devant l’électorat le 1er octobre. Les libéraux auraient allongé la sauce dans la cinquième année de leur mandat, dans l’espoir de remonter dans les sondages. Nous en serions rendus aujourd’hui à spéculer sur la date des élections. En décembre? Comme Jean Charest en 2008? En janvier après le congé de Noël, un discours inaugural et un remaniement ministériel? Nous passerions tout l’automne à spéculer inutilement, ça n’aurait pas empêché les libéraux de faire une série d’annonces alléchantes tout le printemps et l’été, comme ça se faisait dans le passé, tous partis confondus. 

Pire encore, il aurait fallu ramener les députés à l’Assemblée nationale en septembre pour une session parlementaire-bidon, où les élus se seraient invectivés en attendant les élections.

Merci donc aux élections à date fixe, on sait maintenant où on s’en va. Le gouvernement nous a présenté un budget bonbon le printemps dernier, et tout le monde s’est lancé sans attendre. Nos élus ont passé l’été dans les régions, d’une épluchette de blé d’Inde à l’autre, et ça n’a dérangé personne. C’est même une bonne chose que les ministres et les députés aient passé beaucoup de temps dans les régions en cet été préélectoral. Ça les a sortis de la bulle parlementaire et ça leur a ouvert les yeux sur la réalité des gens.

Le vrai débat électoral a repris cette semaine. Nous aurons 39 jours pour choisir le prochain gouvernement. 

De son côté, le directeur général des élections a pu préparer le processus électoral sans gaspiller d’argent inutilement sur des dates théoriques d’élections. Et dans quatre ans, ce sera la même chose, sauf si le gouvernement est minoritaire et qu’il doit retourner devant le peuple plus tôt que prévu. Même chose à Ottawa, où Justin Trudeau devra affronter l’électorat en octobre 2019. 

Alors… pour ou contre les élections à date fixe? Personnellement, j’y demeure favorable, d’autant plus que c’est plus équitable. Comme la date est fixée à l’avance, le gouvernement est incapable de prendre le Parlement par surprise et de déclencher les élections au moment où ses adversaires s’y attendent le moins. C’est ce qu’avait fait Jean Charest en novembre 2008, lorsqu’il a surpris tout le monde et déclenché les élections pour le 8 décembre. Je n’ai jamais aimé cette façon de faire. Dans le monde du sport, ce serait comme donner à un coureur la responsabilité du signal de départ, ce qui lui accorderait un avantage indéniable sur ses adversaires.

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J’aime les jeux de mots, ce qui m’amène à vous expliquer mon titre et mon premier paragraphe. «Sérieusement», c’est le slogan de campagne du PQ, en suivi à l’autodérision à laquelle le parti s’est prêté plus tôt. «Maintenant», c’est celui de la CAQ, qui appelle l’électorat à l’urgence d’un changement politique cette année. «Populaires», c’est le slogan de Québec solidaire qui se veut plus près du peuple.

C’est comme si les trois partis d’opposition s’étaient donné le mot pour des slogans aussi courts. Tous, sauf les libéraux, qui ont opté «Pour faciliter la vie des Québécois».

On pourrait rassembler tout ça dans une seule phrase :

«Sérieusement, pour devenir populaire maintenant, il faut faciliter la vie des Québécois».

C’est mon effort, si vous trouvez mieux, écrivez-moi!