Le visage du racisme

CHRONIQUE / Dernièrement, sur sa page Facebook, un ami a livré un témoignage que je tenais absolument à partager avec vous. Il s’agit d’une histoire vraie et d’une triste démonstration de ce qu’il convient d’appeler le racisme ordinaire.

Avec son accord, je vous fais lire l’intégralité de son récit afin que vous puissiez bien comprendre ses diverses implications. À noter que l’ami en question est d’origine libanaise et de confession musulmane, ce qui aura évidemment son importance dans le déroulement des événements.

« Hier nous sommes allés à Coaticook et c’était une journée parfaite. Enfin, presque.

Alors que nous étions là, humains dans la nature qui contemplions le paysage et tombions, encore plus, en amour avec ce beau coin de pays.

Un enfant, quatre ans au plus, énergique, beaux cheveux bouclés noirs et le petit teint basané, jouait comme tous les autres enfants. Il lançait des pierres dans l’eau et avait un malin plaisir à vouloir vaincre ces petits totems en pierre construits ici et là par des visiteurs sur le bord de la rivière. Il devait y en avoir une centaine.

Une dame, âgée d’environ 60 ans, sort d’entre ses lèvres : ‘‘un futur terroriste’’.

Les parents ont entendu, le père est intervenu, moi aussi ainsi qu’un autre homme, également de confession musulmane. Nous voulions faire savoir à cette dame que ce sont des paroles blessantes et qui ne se disent pas. Elle a cherché à se justifier en disant que ‘‘par ici, chez nous, on ne détruit pas les structures’’. Il apparaît évident que son racisme nauséabond altère son jugement au point d’oublier que ce n’est qu’un enfant de quatre ans qui s’amuse. Comme tous les autres petits blonds sur le site.

Voilà. Elle a fait son commentaire déplacé aux membres de cette famille qui n’ont rien demandé et qui, en bons Québécois, voulaient passer une journée à Coaticook et faire aimer ce pays à leurs enfants. Mais cette dame n’a pas vu cela. Elle a vu un ‘‘futur terroriste’’.

J’aimerais bien vous dire qu’il s’agit d’un acte isolé, mais malheureusement non, c’est le quotidien de beaucoup de Québécois et Québécoises de confession musulmane qui ont le malheur de croiser, un moment ou un autre, un ou une raciste sur leur chemin. Par exemple, lors du long week-end de la Saint-Jean, nous sommes partis en famille à un chalet. Il y avait des festivités dans le village le plus proche pour la Fête nationale. 

Nous nous sommes abstenus d’y aller par crainte de tomber sur une seule personne raciste, une remarque déplacée, qui gâcherait notre bonne humeur et ce beau séjour. Nous nous sommes donc privés de ‘‘s’intégrer’’ à cause de ceux et celles qui crient sans cesse que nous ne le faisons pas. »

Pour moi, ce récit parle de lui-même et montre bien ce que constitue le nouveau visage du racisme et de l’intolérance. Il ne s’agit plus de prétendre que certaines « races » seraient intrinsèquement supérieures à d’autres, mais de faire passer certaines personnes (ou groupes) à travers un processus d’altérisation qui finit par les enfermer dans des petites cases dont elles ne peuvent plus se sortir. 

Elles deviennent ainsi victimes de diverses formes de préjugés et de discrimination, à commencer par l’incapacité à s’intégrer harmonieusement à une société qui ne les considère plus que comme des « terroristes en puissance ».

On me rétorquera peut-être qu’une anecdote personnelle ne prouve rien. C’est vrai, sauf que des anecdotes comme celle-ci, probablement tous les Québécois de confession musulmane pourraient vous en raconter au moins une. Qui plus est, mon objectif n’était pas d’accuser tous les Québécois d’être des racistes – ce qui serait évidemment tout aussi ridicule que prétendre que tous les musulmans sont des terroristes, mais simplement de montrer le véritable visage du racisme.

Un racisme ordinaire, banal et insidieux, qui s’incarne le plus souvent dans des petits gestes ou des petites remarques dont nous ne mesurons pas très bien les effets sur celles et ceux qui en sont victimes. Et c’est notre responsabilité à tous d’en prendre conscience afin d’endiguer le problème.