Olivier Bernard, alias le Pharmachien

Le règne de la déraison

CHRONIQUE / Olivier Bernard, alias le Pharmachien, a récemment été victime d’une campagne de salissage et d’intimidation relativement à certains de ses écrits.

On lui reprocherait notamment ses prises de position dans le dossier des injections de vitamine C pour les personnes atteintes de cancer. Son crime : avoir écrit un article dans lequel il affirme qu’il n’existe à ce jour aucune preuve scientifique de l’efficacité de ce « traitement ». Il n’en fallait évidemment pas plus pour soulever l’ire de celles et ceux qui aimeraient bien y croire.

Le cancer est un sujet sensible. Je comprends donc très bien pourquoi les propos du Pharmachien ont suscité un certain émoi chez les partisans des injections de vitamine C. 

Et pour l’avoir moi-même vécu avec ma fille cadette – à l’âge de 5 ans, on lui a diagnostiqué une leucémie –, je sais que lorsque nous ou un de nos proches est atteint de cancer, nous serions prêts à faire n’importe quoi – ou presque – pour favoriser la guérison. Pour autant, cela ne justifie pas les comportements irrationnels, et encore moins les insultes.

La réalité n’est pas toujours plaisante. Elle peut même parfois s’avérer assez décevante, mais elle n’en demeure pas moins la réalité. 

Et la réalité, si on lit bien sur le sujet, c’est que nous ne disposons, à ce jour, d’aucune preuve quant à l’efficacité de la vitamine C injectable sur les patients atteints de cancer. 

Pire, certaines données préliminaires suggèrent même que la vitamine C à haute dose pourrait nuire à l’efficacité de la chimiothérapie. 

Principe de précaution oblige, je pense donc que la bonne chose à faire serait de NE PAS recommander les injections de vitamine C, et ce, jusqu’à ce que nous ayons procédé à des analyses plus poussées.

Pour en revenir au Pharmachien, considérant son degré d’exposition médiatique, je n’ai aucune misère à imaginer le « char de marde » qu’il doit recevoir quotidiennement, et ce, simplement parce qu’il ose remettre en question les idées reçues et les croyances irrationnelles qui circulent un peu partout sur Internet. 

Moi-même, dans une moindre mesure, j’ai quelques fois été la cible de commentaires malveillants lorsque j’ai osé soutenir l’efficacité des vaccins, ou encore la non-dangerosité du glyphosate sur la santé humaine. Parce que j’ai défendu la science, autrement dit.

Mais comme j’ai eu l’occasion de le dire dans une autre chronique, la science ne nous offre que très rarement les réponses que nous souhaitons, ce qui, en soi, explique assez bien pourquoi elle est aussi impopulaire – tout comme celles et ceux qui la défendent. 

Et comme j’aime bien le rappeler, notre cerveau peut aussi nous jouer de bien vilains tours, notamment en nous enfermant dans une illusion de connaissance et d’objectivité. 

Nous aimons tous avoir raison. C’est un fait, mais cela devient réellement un problème lorsque nous refusons obstinément de remettre en question nos croyances, et ce, même lorsque les faits tendent à nous donner tort.

La leçon à en tirer, c’est que nous pouvons tous tomber dans les pièges tendus par notre cerveau. Nous sommes tous sujets à l’erreur et aux biais cognitifs. C’est pourquoi nous devrions faire acte d’humilité et accepter que nous sommes généralement beaucoup moins rationnels que nous aimerions le croire.

Mais la bonne nouvelle, c’est que la science permet de nous prémunir contre tout cela. La démarche scientifique, parce qu’elle repose sur la suspension du jugement, permet effectivement de discerner le vrai du faux, ou à tout le moins d’écarter les hypothèses les moins crédibles. 

Elle permet par ailleurs d’éviter les écueils que sont le dogmatisme et le subjectivisme. Faire de la science, c’est donc accepter de s’en remettre aux faits, indépendamment de nos préférences personnelles.

Dans le cas contraire, c’est le règne de la déraison, un peu comme ce à quoi nous venons d’assister dans le débat opposant le Pharmachien aux partisans des injections de vitamine C. 

Pour ces derniers, en effet, il semble très difficile d’accepter la réalité, au point où certains d’entre eux préfèrent s’enfermer obstinément dans leurs croyances irrationnelles… et dans les attaques personnelles.