Gare au biais de confirmation

CHRONIQUE / Notre cerveau est une prodigieuse machine à apprendre, mais il peut aussi nous jouer de bien vilains tours. Et bien que nous aimions croire que nous sommes des êtres rationnels, le fait est que nous commettons très souvent des erreurs de raisonnement qui nous enferment dans une illusion de connaissance et d’objectivité. Nombre de ces erreurs relèvent de ce que nous appelons les biais cognitifs, c’est-à-dire des déviations systématiques et inconscientes de la pensée logique et rationnelle par rapport à la réalité.

Dernièrement, il a beaucoup été question du glyphosate dans les médias. De nombreuses informations ont été diffusées sur le sujet, notamment pour nous mettre en garde contre les dangers potentiels de cet herbicide sur la santé humaine. Aux dires de certaines personnes, le produit serait cancérigène. Mais qu’en est-il vraiment ? Pour en avoir le cœur net, j’ai fait une petite recherche sur Internet et ce que j’y ai découvert risque peut-être de vous surprendre.

Mais avant de vous en dire plus, il me faut admettre que je suis de ceux qui n’aiment pas les produits chimiques. Lorsque vient le temps de magasiner mes fruits et mes légumes, par exemple, je me tourne volontiers vers les produits biologiques. Idem pour les produits ménagers. Bref, n’ayons pas peur des mots, j’ai un gros préjugé défavorable envers les produits chimiques — et inversement un préjugé favorable envers presque tout ce qui est « naturel ».

Pour autant, je me suis dit que cela valait la peine que je suspende mon jugement le temps d’effectuer une recherche sur Internet, question de voir ce qu’en dit la science. Et je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps, car au fil de mes lectures, j’en suis très rapidement venu à la conclusion qu’il n’y avait aucune raison de s’alarmer au sujet du glyphosate. Certes, le produit est bel et bien classé comme cancérigène « probable », mais les doses auxquelles nous sommes exposés sont si peu importantes que cela ne semble pas la peine d’en faire toute une histoire.

Cela dit, puisque je suis loin d’être un spécialiste de la question, je préfère vous renvoyer à cet excellent texte de mon collègue Jean-François Cliche, au Soleil. Pour peu que vous soyez disposé à l’entendre, je crois que son analyse devrait suffire à vous convaincre que le glyphosate ne représente pas une menace grave et directe à la santé humaine.

Pour ma part, je voulais cependant vous faire prendre conscience de l’importance de mettre de côté ses préjugés lorsque vient le temps de lire et de relayer des informations sur les réseaux sociaux. Dans le cas du glyphosate, il m’apparaît assez clair que la plupart des gens qui ont cru bon partager un point de vue alarmiste sur la question étaient en réalité en proie au biais de confirmation, c’est-à-dire cette fâcheuse tendance que nous avons tous à privilégier les informations qui tendent à confirmer nos opinions et à accorder moins d’importance à celles qui jouent en leur défaveur.

Moi-même, si je n’avais pas pris la peine de faire une recherche sur le sujet et de suspendre mon jugement, il y a fort à parier que j’en serais arrivé à une conclusion très différente. Puisque, comme je vous l’ai dit, j’ai un préjugé défavorable envers les produits chimiques, j’aurais certainement continué de croire que le glyphosate est un produit dangereux et que nous devrions le bannir sur-le-champ.

Bref, la vigilance est de mise, car comme je le disais d’entrée de jeu, notre cerveau peut parfois nous jouer de bien vilains tours. À notre insu, ce dernier aime bien prendre des raccourcis intellectuels et nous conforter dans nos propres préjugés. Autrement dit, méfions-nous de cette tendance qu’a notre cerveau à vouloir constamment nous donner raison, et ce, même lorsque ce n’est pas le cas.

N.B. Ce texte porte exclusivement sur les dangers potentiels du glyphosate sur la santé humaine, donc il est inutile de me faire remarquer que Monsanto, l’entreprise qui fabrique ce pesticide, entretient des pratiques commerciales douteuses, ou encore que le Roundup appauvrit les sols. C’est bien possible, mais là n’est pas mon propos dans ce texte.