Dieu est mort

CHRONIQUE / Critiquer les religions n’est pas toujours chose aisée, même en 2019. Mon ami Guy Perkins, alias Perks, l’a appris à ses dépens alors que dans le cadre du docu-série Mais Pourquoi ? , animé par Maripier Morin, il a été présenté ni plus ni moins comme un extrémiste, et ce, simplement parce que dans une émission consacrée au fait religieux, il a osé critiquer les croyances religieuses, le tout sur fond de plaidoyer en faveur de la pensée rationnelle et critique. Se positionner du côté de la science serait donc une forme d’extrémisme ?

Comme des milliers d’autres Québécois, Guy est athée. Je le suis aussi. Mine de rien, l’athéisme est très répandu, notamment dans la communauté scientifique, mais rares sont celles et ceux qui en parlent ouvertement. Cela est d’autant plus déplorable que l’athéisme est souvent présenté à tort comme une « croyance comme les autres ». Or, l’athéisme n’est pas une croyance, mais constitue, au contraire, une forme élémentaire de scepticisme qui consiste à refuser de croire lorsqu’il n’y a pas de preuves. L’athée n’est donc pas un croyant, mais un non-croyant. L’athée ne veut pas croire, il veut savoir. Et s’il ne sait pas, il suspend son jugement.

Mais qu’en est-il de Dieu ? Il est assez commun chez les croyants de considérer que les athées ne disposent d’aucune preuve au sujet de l’existence ou de la non-existence de Dieu. Immédiatement, ils en déduisent que ces deux hypothèses seraient équiprobables. Ici encore, il s’agit d’une erreur. D’abord, il importe de rappeler que le fardeau de la preuve repose toujours sur celles et ceux qui affirment l’existence de Dieu, et non l’inverse. Ensuite, je m’en voudrais de ne pas mentionner que les prétendues « preuves » en faveur de l’existence de Dieu se sont toujours avérées insatisfaisantes et insuffisantes, pour ne pas dire risibles.

Je ne vais évidemment pas étayer tout l’argumentaire ici, mais, en somme, si les croyants affirment que Dieu doit exister, c’est parce que l’ordre et la complexité qui règnent dans la nature ne peuvent être le résultat du hasard. Il doit donc y avoir une intention consciente dans la nature puisque cette dernière obéit à des lois et à une finalité. Nous ne sommes pas ici pour rien ; notre présence est le résultat du travail d’une intelligence supérieure qui veille sur nous et qui se soucie de notre bien-être.

L’idée est séduisante, j’en conviens, mais se trouve malheureusement contredite par les faits et le travail des scientifiques. La théorie de l’évolution, par exemple, permet tout à fait de comprendre et d’expliquer les mécanismes à l’œuvre dans la nature, sans qu’il soit pour cela nécessaire de faire intervenir une quelconque forme d’intelligence, et encore moins un principe finaliste. En dépit de certaines apparences, la nature n’a donc pas de plan précis. Voilà ce que nous enseigne la science.

Ainsi, bien que nous n’ayons à proprement parler aucune preuve de l’inexistence de Dieu, il appert que son existence est hautement improbable, voire carrément impossible. En effet, si Dieu existait, ne devrait-on pas pouvoir le prouver d’une façon ou d’une autre ? Ne devrait-on pas percevoir ou mesurer ses manifestations en nous et autour de nous ? C’est du moins la prétention de certains croyants, mais leurs démonstrations font malheureusement défaut. Alors, combien de fois les croyants devront-ils échouer à démontrer l’existence de Dieu avant que nous nous sentions autorisés à conclure qu’il n’existe pas ?

Tout cela me fait un peu penser à Nietzsche, que je vais me permettre de paraphraser et de reprendre à mon compte. Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué… avec notre science. Ayons maintenant le courage d’assumer notre geste. Le courage d’assumer la vérité. Et la force d’accepter le tragique de l’existence.

Après, chacun demeure évidemment libre de croire – ou de ne pas croire – en ce qu’il veut, mais il serait néanmoins temps de briser le tabou qui entoure les religions et les croyances irrationnelles. Dire que Dieu n’existe pas n’a rien d’intolérant ou d’extrémiste. Et la science n’est pas un système de croyances, mais nous force au contraire à regarder la réalité en face.